Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, au Théâtre Sarah Bernhardt, du 11 au 19 septembre.

Faustus in Africa ! par William Kentridge et Handspring Puppet Company.

Plus que jamais, le monde dans les mains des Méphistophélès en herbe.

Faustus in Africa ! par William Kentridge et Handspring Puppet Company.

Trente ans après sa création, le plasticien sud-africain William Kentridge et la Handspring Puppet Company réactivent leur Faustus in Africa ! : esthétique teintée de nostalgie et relecture percutante de Goethe toujours d’actualité.

Initiée après l’abolition de l’apartheid, la collaboration entre les acteurs et marionnettistes sud-africains de la Handspring Puppet Company, et leur compatriote William Kentridge, plasticien majeur venu du théâtre, crée entre 1992 à 2001 quatre spectacles. Trente ans après sa création, voici qu’ils recréent ce Faustus in Africa !, relecture acide et joueuse du mythe goethéen.

Faustus in Africa ! déploie sa version du pacte avec le diable lors d’un safari haut en couleur, récit mêlant animations, marionnettes sculptées, musique et inventivité scénique, ne serait-ce que dans le jeu des échelles, les figurines étant portées à hauteur de bras par des comédiens athlètes qui incarnent respectivement la voix de leur pantin de bois loquace - Faust, Gretchen, Hélène, le serviteur devenu dictateur. Elevées à vue, les marionnettes marchent en majesté sur un piédestal d’honneur, révélant les vivants. Et Méphistophélès est le manipulateur en chef, acteur et marionnettiste, non au sens propre mais au sens figuré et moral puisqu’il ne joue avec nulle effigie et mène la danse avec plaisir et engouement cyniques, le sourire aux lèvres.

Ce Faust - Eben Genis - est un mélancolique cherchant désir et satisfactions, le plaisir du vivant et l’incarnation de la chair. Aussitôt dit, aussitôt fait, ce diable de Méphistophélès lui fait signer un contrat sur son bras ensanglanté - métaphore des violences que réservent l’existence et ses aléas.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Il semblerait, l’homme étant un loup pour l’autre, définitivement hostile, cherchant opiniâtrement le conflit et la guerre, l’usurpation des terres et des pays, l’amoindrissement des consciences, infligeant douleurs, souffrances, tortures et morts. Faut-il passer outre toutes les peines - oubli et effacement - pour un avenir éclairé ? Difficile.
Méphisto fait courir Faust de plus en plus vite pour chasser Hélène et Gretchen. Il lui fait parcourir, ici et là, le continent africain, que le spectateur suit avec amusement, surprenant la flèche vivante des déplacements prévus. Juste vision de Kentridge - dessins et projections ludiques et pleines d’humour -sur l’ambiance coloniale de l’époque où les Blancs ont tous les pouvoirs, les Noirs aucun, alors que la liste des morts de ceux-ci s’allonge.

Dans un univers de safari où l’argent-roi corrompt les Faust cupides et leur appétit aveugle, en Afrique comme ailleurs, selon l’actualité de notre présent instable. La pièce didactique évoque les questions existentielles. Et les oeuvres d’art africain dérobées par le colonialisme sont restituées peu à peu.

Les marionnettes d’Adrian Kohler sculptent, entre autres, la fanfare en mouvement - instruments à vents, trombones et trompettes élevées, tels les anges sonnant l’éternité sous la vie céleste : un souvenir de vieille fanfare coloniale populaire qui jouait pour accueillir Nelson Mandela enfin sorti de prison. Costumes déchirés, instruments abîmés de fanfares désuètes, tels sont les vestiges des anciennes colonies françaises ou anglaises. Et la Fanfare de l’Enfer de Méphisto, « ou d’Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, voulant contrôler la planète », au détriment des plus fragiles.

L’atmosphère renoue avec les années 1940/50 du cinéma hollywoodien - offices et meubles de bois, téléphone à fiches des standardistes, costumes gris souris des bureaucrates. Si les couleurs sont pléthore aujourd’hui, elles n’en cachent pas moins l’ombre intérieure d’un monde tristement désenchanté.

Faustus in Africa ! William Kentdrige, Handspring Puppet Company, dans le cadre du Festival d’Automne, au théâtre Sarah Bernhardt, du 11 au 19 septembre. Mise en scène William Kentridge, collaboration artistique à la mise en scène Lara Foot, conception et direction des marionnettes Adrian Kohler, Basil Jones (Handspring Puppet Company), direction associée des marionnettes et des répétitions Enrico Dau Yang Wey, scénographie Adrian Kohler, William Kentridge, animation William Kentridge, construction marionnettes Adrian Kohler, Tau Qwelane, costumes marionnettes Hazel Maree, Hiltrud von Seidlitz, Phyllis Midlane, effets spéciaux Simon Dunckley, conception des décors Adrian Kohler, construction des décors Dean Pitman pour Ukululama Projects, peinture et habillage des décors Nadine Minnaar pour Scene Visual Productions, traduction Robert David Macdonald, texte additionnel Lesego Rampolokeng, musique James Phillips, Warrick Sony, conception sonore Simon Kohler. Avec Eben Genis, Atandwa Kani, Mongi Mthombeni, Wessel Pretorius, Asanda Rilityana, Buhle Stefane, Jennifer Steyn.

Crédit photo : Jeff J Mitchell

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Véronique Hotte

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