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Critiques / Théâtre

Farben de Mathieu Bertholet

par Corinne Denailles

Un sujet passionnant

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Mathieu Bertholet a eu l’idée judicieuse de s’intéresser à l’histoire passionnante des chimistes Fritz et Clara Haber qui pose la question des rapports entre la science et la guerre. L’Allemand Fritz Haber a reçu le prix Nobel de chimie en 1918 pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac, découverte qu’il mettra au service de l’effort de guerre en fabriquant le terrible gaz moutarde. Il ne saura jamais que ses travaux permettront la fabrication du Zyclon B utilisé dans les chambres à gaz. Fritz et Clara tous deux d’origine allemande, se convertiront au protestantisme par désir d’intégration. Fritz était obsédé par l’idée d’être plus allemand que les Allemands et ne ménageait pas ses services au régime, revanche sur un monde qui le méprisait jusque là. En 1933, il sera pourtant renvoyé par le régime nazi. Clara fut la première femme docteur en chimie mais une fois mariée, son mari ne lui laissa pas l’occasion de poursuivre ses recherches et la confina dans sa cuisine. Elle n’était pas d’accord avec les agissements de Fritz, fidèle à la promesse formulée lors de la réception de son diplôme de « ne jamais agir de manière contraire à mes convictions. De poursuivre la vérité et de faire avancer la dignité de la science aux sommets qu’elle mérite ». On l’aura compris, Clara (dont le nom de jeune fille, Immerwahr, signifie « toujours juste ») refusait de mettre la science au service de la guerre. Frustrée en tant que femme et en tant que scientifique, écrasé par un mari autoritaire qui la trompait et se pavanait à l’envi, elle finit par mettre fin à ses jours, une semaine après la première attaque au gaz moutarde à Ypres.

L’histoire de ce couple est passionnante à bien des égards. Le problème est que Farben (« teindre » en allemand, « färbe » : couleur. Le titre évoque les différentes couleurs des gaz) ne raconte pas l’histoire de Clara Haber comme annoncée dans le programme mais celle de Fritz (Olivier Balazuc) ; elle n’est qu’une ombre, une apparition, dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’elle était opprimée par son époux. Odja LLorca interprète avec beaucoup de sensibilité le personnage auquel elle donne plus d’épaisseur qu’il n’en a en réalité. Pour le reste, Véronique Bellegarde tire ce qu’elle peut d’un texte confus et ampoulé bizarrement construit par fragments, retours en arrière, parsemé de scènes de genre censées évoquées une époque où l’on aimait rire et chanter, qui finissent par perdre complètement le spectateur. La déception est d’autant plus grande que le spectacle est servi par de bons comédiens dont le talent ne suffit pas à donner de l’esprit au texte.

Farben de Mathieu Bertholet, mise en scène et scénographie Véronique Bellegarde ; lumière, Philippe Sazerat ; image, Olivier Garouste ; costumes, Laurianne Sciméni ; musique, Médéric Collignon ; avec Olivier Balazuc, François Clavier, Hélène Delavault, Laurent Joly, Odja LLorca, Sylvie Milhaud. Au théâtre de la Tempête jusqu’au 13 décembre 2015, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h30. Durée : 1h30. Tél : 01 43 74 94 07.

© Philippe Delacroix

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