Accueil > FRANCO FAGIOLI & JONAS KAUFMANN

Portraits / Opéra & Classique

FRANCO FAGIOLI & JONAS KAUFMANN

par Olivier Olgan

Deux voix magnétiques et jubilatoires

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Malgré la différence de répertoire et de tessiture, la puissance de leur timbre, leur magnétisme sur scène, et l’émotion palpable de leur chant les rassemblent. Franco Fagioli, contre-ténor argentin et Jonas Kaufmann ténor allemand se croisent en octobre au Théâtre des Champs Elysées, le 9 pour Fagioli, les 12 et 29 pour Kaufmann. Portraits croisés de deux voix héroïques, partageant une même vision et exigence de leur art.

Au-delà de la coïncidence de leurs engagements en octobre au Théâtre des Champs Elysées, rapprocher Franco Fagioli et Jonas Kaufmann n’a rien d’iconoclaste - ni d’improbable malgré les murs de stéréotypes que dressent volontiers les mélomanes entre les tessitures, le ténor et le contre-ténor, et leur répertoire, le baroque et le romantisme. Les deux stars - ils incarnent aujourd’hui ce qui se fait de mieux dans leur répertoire - ont de multiples points de convergence : magnétisme, exigence, éclectisme… et la capacité d’électriser le public bien au-delà du raisonnable. … Et une production en commun : Le Couronnement de Poppée de Monteverdi où sous la direction de Nikolaus Harnoncourt Fagioli incarnait Ottone, Kaufmann Nerone !
Autre point commun de ces deux bourreaux de travail à l’amplitude de répertoire aussi large que leur registre de voix : une reconnaissance rapide de leurs pairs – qui en parlent souvent merveilleusement comme la soprano Renata Scotto qui confessait sur Kaufmann « outre la qualité de la voix, superbe et égale sur toute la tessiture, il possède un legato que tous les ténors devraient avoir. Les couleurs, l’intonation, la diction sont parfaites. » Et de regretter qu’il ait l’âge de son fils ! Fagioli a beau être un concurrent de Max Emmanuel Cencic, ce dernier l’associe à tous ses ambitieux projets qu’il produit, autour de compositeurs délaissés comme Johann Adolf Hasse, Siroe, Re di Persia en 2013 , et surtout Leonardo Vinci, Artaserse en 2012 et Catone in Utica cet été où Cencic lui laisse le beau rôle et la possibilité de s’épanouir grâce à ses mezza voce et ses trilles à pleurer… en attendant le méconnu Adriano in Siria, de Pergolese le 4 décembre à l’ Opéra Royal de Versailles !

La ferveur qui les entoure se prolongera sans nul doute au Théâtre des Champs-Elysées ; elle ne doit pas gommer une reconnaissance tardive : le ténor allemand de 46 ans est célèbre seulement depuis une douzaine d’années – Paris l’a remarqué en 2004 - alors qu’il chante depuis qu’il en a vingt. Idem pour le contre-ténor argentin couronné d’un prix européen en 2003 qui connait enfin cette année à 34 ans la véritable consécration en France et sur disque qu’il mérite, près de quinze ans après ses débuts ! Patience qui forge une lucidité à toute épreuve sur l’hystérie collective qui s’empare de leur public et les invite à une évolution vocale et des prises de rôles savamment maitrisées.

La voix est une voiture

Une haute idée de leur responsabilité vis-à-vis du public, qu’ils souhaitent à leur manière élargir sans compromis ni facilité constitue une clé précieuse pour comprendre l’appétit de ces chanteurs à s’approprier de nouveaux rôles, avec la volonté revendiquée de ne pas tomber dans la routine et de sortir des chemins (re)battus notamment en mettant en lumière des œuvres méconnues. La démarche de pionnier est dans l’ADN baroque de Fagioli (inspiré par son modèle Cécilia Bartoli) comme en témoignent ces magnifiques récitals dédiés à Caffarelli* ou à Porpora** le maître napolitain de Farinelli et consorts. Ce refus de la facilité était aussi revendiqué par Kaufmann quand nous l’avions rencontré : « Je ne crois pas aux étiquettes qui classifient et cantonnent un interprète en fonction d’un style. » et de filer la métaphore de l’automobile. « La voix est une voiture qui a besoin de tous types de routes pour s’épanouir. » En témoigne son récital Puccini intitulé crânement Nessum Dorma (le 29 au TCE et au disque Sony Classical) où le ténor ne se limite pas aux tubes, mais brosse un portrait complet du compositeur, piochant avec bonheur de magnifiques arias dans l’ensemble de son œuvre notamment de jeunesse. Son agenda ne serait- ce qu’en France et en Grande-Bretagne prouve sa capacité à jongler entres les langues et les compositeurs pour ne pas être enfermé dans une spécialité : Strauss et Puccini en octobre, Carmen, à nouveau après les Chorégies cet été à Covent Garden en novembre, Berlioz en décembre à l’Opéra Bastille, Wagner le 19 mai à nouveau au TCE…

La fusion du corps et de la voix

Tous deux arpentent la scène avec grâce et tranquillité, insistant sur l’importance du jeu d’acteur et l’indispensable fusion du corps et de la voix. « En récital comme à l’opéra, nous confiait Kaufmann : la voix ne doit pas juste sonner, c’est à elle de traduire une atmosphère. Le jeu d’acteur permet par d’infimes nuances – pas toujours visibles par le public - de moduler tout en termes de couleur ou de climat. » Fagioli ne dit pas autre chose quand il insiste volontiers sur sa formation à la technique traditionnelle du bel canto.

Deux champions du répertoire et du disque. En témoignent le « transfert » comme on dit dans le football, de Kaufmann de Decca (Universal) à Sony classical … et plus récemment en juin la prouesse de Fagioli à être le premier contre-ténor à rejoindre le prestigieux label Deutsche Grammophon (Universal). Pour leur première collaboration, il tient le rôle-titre dans Orfeo ed Euridice de Gluck, dirigé par Laurence Equilbey, proposée dans la version originale de Vienne de 1762 où il confirme à la fois un tempérament magnifique et sa parfaite maîtrise vocale dans des pyrotechnies nécessitant parfois plus de trois octaves ! Cet enregistrement rejoint les versions de référence alors que celui en mai de Catone in Utica (Decca Universal) confirme que le compositeur Leonardo Vinci a trouvé l’interprète idéal pour le sortir définitivement de l’oubli, ne serait-ce que par l’aria « Vo solcando un mar crudele « et ses 7 minutes de vocalises ininterrompues !

Quand à Kaufmann, il transforme tout ce qu’il chante en miel que ce soit en incarnant Radâmes dans Aida, qu’il vient d’enregistrer avec Antonio Pappano (cd Warner) et, en références absolues en vidéo : Werther mis en scène par Benoit Jacquot (Bastille Decca) ou Parsifal mis en scène par François Girard (Sony classical). En ces temps si bousculés, l’industrie du disque mais aussi l’Opéra au cinéma (Pathé et UGC) peuvent remercier ces héros empathiques et généreux qui savent contenter (tout en l’exacerbant) l’impatience de leurs publics !

Franco Fagioli contre-ténor
-  Récital, le 9 octobre, Théâtre des Champs Elysées : http://www.theatrechampselysees.fr/saison/recital-de-chant-grandes-voix/franco-fagioli
Andrea Marcon direction, ensemble Venice Baroque Orchestra

Il est temps de réserver
-  Pergolese, Adriano in Siria, le 4 décembre, Opéra de Versailles, http://www.chateauversailles-spectacles.fr/spectacles/2015/pergolese-adriano-siria
Jan Tomasz Adamus, direction, Capella Cracoviensis,

Actualités disques
-  Gluck, Orfeo ed Euridice, Laurence Equilbey direction, Accentus, Insula Orchestra (Archiv)
-  Vinci, Catone in Utica, Riccardo Minasi direction, Il Poro di Oro (Decca)

Playlist : http://culturebox.francetvinfo.fr/festivals/festival-dambronay/franco-fagioli-festival-dambronay-2015-la-voix-soleil-226627

Jonas Kaufmann, ténor
-  Récital Puccini, Nessun dorma, 29 octobre, Théâtre des Champs Elysées : http://www.theatrechampselysees.fr/saison/recital-de-chant-grandes-voix/jonas-kaufmann
Jochen Rieder, direction, Staatskapelle Weimar

-  Ariane à Naxos, Richard Strauss, 12 octobre, Théâtre des Champs Elysées : http://www.theatrechampselysees.fr/saison/opera-en-concert-oratorio/ariane-a-naxos
Kirill Petrenko, direction, Bayerisches Staatsorchester

Il est temps de réserver
La Damnation de Faust, Hector Berlioz, du 5 au 20 décembre 2015, Opéra Bastille https://www.operadeparis.fr/saison-15-16/opera/la-damnation-de-faust
Philippe Jordan, direction, Orchestre de l’Opéra de Paris
Wesendonck Lieder, Richard Wagner, le 19 mai 2016, Théâtre des Champs Elysées http://www.theatrechampselysees.fr/saison/orchestres-associes/orchestre-national-de-france-2
Daniel Gatti, direction, Orchestre National de France

Actualités disques
-  Puccini, Nessun dorma, Jochen Rieder, direction, Staatskapelle Weimar (Sony Classical)
-  Verdi, Aida, Antonio Pappano, direction, Orchestra e coro dell’accademia nazionale di santa Cecilia (Warner Classics)

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.