Théâtre de la Cité Internationale du 31 mai au 12 juin / Théâtre Paris Villette du 15 au 26 juin

…Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’Into de Ziggy Stardust de Renaud Cojo

Pour rompre avec les habitudes

…Et puis j'ai demandé à Christian de jouer l'Into de Ziggy Stardust de Renaud Cojo

Avec ce spectacle, Renaud Cojo, qui aime à mixer les vocabulaires, expose sa passion pour David Bowie. Dans notre petit monde théâtral où la tendance est plutôt de se regarder comme des concurrents et où chacun s’accroche à son pré-carré, que ce manifeste aussi singulier que décoiffant, soit programmé conjointement dans deux théâtres de Paris, est pour le moins inattendu et mérite explications.

« Quand on n’a pas de pétrole, il faut avoir des idées ». Le vieux slogan de la France de Giscard reprend plus que jamais du service dans la France Sarkoziste en crise. Dans notre société libérale qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres, la situation du théâtre n’est guère florissante. Les plus riches le sont moins et les plus pauvres le sont encore plus et voient leur marge de manœuvre rétrécir comme peau de chagrin. Selon Pascale Henrot, la nouvelle directrice du Théâtre de la Cité Internationale, l’équation est simple et relève du principe des vases communicants : « Comme les subventions ne suivent pas l’augmentation du coût de la vie, tandis que le coût de fonctionnement des théâtres augmente, la marge artistique, elle, diminue ». Pour elle, et quelques autres, « il est de plus en plus problématique de dégager les finances qui nous permettraient d’accueillir décemment les compagnies, c’est à dire acheter leur spectacle, plutôt que de les inviter à la recette, ce que nous sommes le plus souvent contraints de faire ».

La mutualisation en réaction

Publiques, comme le Théâtre de la Cité Internationale, ou municipales comme le Théâtre Paris Villette ou celui de la Bastille, ces scènes là, menacées d’asphyxie sont d’autant plus indispensables qu’elles sont parmi les rares lieux où se montre aujourd’hui le théâtre de demain. Ce n’est, en effet, pas tout à fait un hasard si des créateurs comme Joël Pommerat ou Arnaud Meunier, furent d’abord et obstinément invités au
Théâtre Paris Villette que dirige Patrick Gufflet.

Coincés entre une politique ministérielle sans réelle visée, et une Municipalité qui a choisi de financer en priorité de nouveaux projets comme le 104, la Gaité Lyrique, ou encore la Maison des Métallos, les directeurs de ces trois théâtres, plutôt que d’essayer de tirer chacun pour soi un bout de subvention, ont décidé de former « une espèce de petit club » , d’unir leurs efforts pour continuer à être, chacun à leur manière, le creuset et le tremplin de la création.

Dans cette perspective, le spectacle de Renaud Cojo est le tour de chauffe d’un concept inédit, « la mutualisation ». Vu en Off Avignon, il séduit Patrick Gufflet tout comme Pascale Henrot. Au lieu de se livrer à une quelconque surenchère pour savoir lequel des deux accueillera le spectacle, ils décident de le faire à deux, de tout mettre en commun, dépenses, recettes, comme les moyens de communication.

Favoriser la rencontre des œuvres et du public

Pour l’un comme pour l’autre, au delà de l’aspect financier qui permet à l’artiste d’être accueilli dans des conditions décentes, ce qui n’est pas négligeable, c’est en retombées public et artistique que doit s’examiner l’expérience. Ce qui fait dire à Patrick Gufflet : « Comme on partage tout, si ça se passe mal nous partagerons les pertes, si ça se passe bien ce ne sont pas les bénéfices que nous partagerons, mais les profits de la réussite ». Ils auront surtout fait la preuve qu’il est plus payant artistiquement de réunir les impécuniosités, plutôt que de les gérer chacun pour soi dans son coin, qu’il est possible d’être différents dans ses visées artistiques et de se mettre d’accord pour défendre un spectacle, et en démultipliant le signal, lui donner plus de temps pour être vu et lui permettre d’élargir son public en touchant les spectateurs de chacun des deux théâtres. Car c’est de ça finalement dont il s’agit, organiser au mieux la rencontre d’une œuvre et du public.

Depuis qu’elle a succédé à Nicole Gautier, à la tête du Théâtre de la Cité Universitaire, Pascale Henrot a, au fil des saisons, imprimé sa marque, dévoilé ses affinités par des choix très diversifiés, en ouvrant davantage ses portes à la danse, aux objets scéniques à la lisière du théâtre et de la danse ou ceux proches de la performance tel « ….Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust ». Un spectacle qu’elle aime « parce qu’on y voit le travail de l’artiste à l’œuvre ». En 1972, David Bowie inventa Ziggy Stardust, un personnage étrange qui le mena aux limites de la schizophrénie. Tour à tour, metteur en scène, comédien, lui-même et Ziggy Stardust, Renaud Cojo interroge les limites du moi, comme celles du théâtre.

Un spectacle en puzzle

« C’est vraiment hors champ par rapport au théâtre », précise Patrick Gufflet qui se dit touché par ce qu’il y a à la fois d’intime et d’humain dans ce spectacle « conçu comme les pièces d’un puzzle qu’il revient au spectateur de rassembler. Par ses divers éléments, moniteurs sur la scène, caméra stylo, vidéo, il correspond à ce que nous faisons ici ».
Depuis plus de vingt ans, à l’orée du Parc de la Villette, Patrick Gufflet fait la part belle aux artistes qui interrogent les écritures et les formes nouvelles par lesquelles s’exprime la pensée contemporaine, et avec son programme « X réseau » propose à des créateurs de tous horizons d’expérimenter les voies d’Internet à partir de la question : « Internet peut-il être une scène pour les arts vivants ? ». A la faveur du spectacle de Renaud Cojo, ce sont de nouvelles relations au public qu’il explore : « Par sa nature qui touche au monde très particulier des fans, le spectacle nous a incité à sortir du cadre habituel et à effectuer tout un travail et organiser toute une série d’événements en lien avec les réseaux sociaux d’Internet ».

Par les innovations qu’il suscite, autant que par sa facture et son titre ….Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy stardust intrigue et incite à aller y voir d’un peu plus près.

Crédit photo : Marc Ginot

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre...

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