Accueil > En ce temps-là l’amour...de Gilles Segal

Critiques / Théâtre

En ce temps-là l’amour...de Gilles Segal

par Dominique Darzacq

Quand l’amour et la dignité déjouent la barbarie

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

C’est en 2001, dans la mise en scène de Georges Werler , que ce texte - publié chez Lansman - fut porté à la scène par Gilles Ségal lui-même, auteur et comédien récemment disparu (juin 2014). Assis devant un magnétophone, un vieil homme dont les mains tremblent trop pour écrire, s’adresse à son fils qui vit aux Etats-Unis. Après bien des hésitations, il a décidé de lui raconter un souvenir jusque-là enfoui dans le secret de sa mémoire. Celui d’une bouleversante et déchirante histoire où l’amour et la dignité humaine déjouent la barbarie et la mort. D’un temps « où l’amour était de chasser les enfants » et qui, selon Pierre-Yves Desmonceaux qui joue la pièce actuellement au Lucernaire, est une mise en abîme de la transmission. « Si tout spectacle est transmission, celui-là l’est plus que tous, parce qu’indispensable. Comment l’ayant lu/vu ne pas vouloir éperdument continuer la chaîne » explique-t-il. Pour bien nous faire sentir que c’est aussi la force et la beauté d’une écriture qu’il veut nous transmettre, il a troqué le magnétophone pour le livre qu’il feuillette de temps en temps, comme on revient au texte pour se rassurer.

Debout une petite valise fatiguée à ses pieds, le peu qu’un déporté pouvait emporter, il nous mène dans ce train qui roule en direction d’Auschwitz où un père dans un ultime élan de tendresse, s’ingénia à tout apprendre de la vie à son fils âgé d’une douzaine d’années. Pendant les sept jours qui les conduisaient « vers l’avant-dernier cercle de l’enfer, le dernier avant ceux qui mettent les pères dans les conditions de voler le pain des enfants », de Mozart à Spinoza en passant par les mathématiques, la grammaire, l’éclosion du printemps, la reine d’Angleterre, le mariage, la liberté et même l’humour, « la seule chose qui manque à Dieu », il tenta de lui transmettre l’essentiel de ce qui aurait pu faire un homme.

Soucieux d’éviter tout pathos, Pierre-Yves Desmonceaux opte pour une mise en scène et un jeu un brin trop minimaliste, mais qui, du moins, a le mérite de bien nous faire entendre une parole d’intense humanité qui aborde, non sans quelques subtils éclats d’humour, et avec pudeur, le délicat et douloureux sujet des traces indélébiles laissées par la Shoah et les réactions de l’individu face à l’inacceptable.

En ce temps-là l’amour… de Gilles Ségal, mise en scène et jeu Pierre-Yves Desmonceaux (durée 1h)

Théâtre du Lucernaire jusqu’au 16 novembre tel 01 45 44 57 34
Puis en tournée

Photo ©Eric Blaise

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.