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Critiques / Théâtre

Eichmann à Jérusalem, ou les hommes ordinaires ne savent pas que tout est possible par le théâtre Majâz

par Corinne Denailles

humain, trop humain

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Le sous-titre du spectacle indique clairement que l’objectif n’est pas du tout une reconstitution du procès d’Adolf Eichmann qui s’est déroulé en Israël en 1961 durant huit mois, bien que tous les propos soient authentiques, ceux du procureur Gideon Hausner, ceux de l’avocat d’Eichmann, ceux des témoins survivants. Eichmann est là et n’est pas là. Il s’agit en effet de regarder ce procès avec des yeux d’aujourd’hui et d’interroger le système qui fait que « cela » est possible, un système d’une banalité terrifiante qui permet à Eichmann de dire qu’il n’était qu’un maillon de la chaîne, qu’il n’était qu’un soldat obéissant aux ordres et qu’en conséquence il ne ressent aucune culpabilité d’avoir organisé le transport des Juifs dans les camps, d’avoir présidé à leur extermination. Le caractère ordinaire de l’accusé, un individu extrêmement normal, a conduit Hannah Arendt, qui assistait au procès en tant qu’envoyée spéciale du New Yorker, à parler « de la banalité du mal » ce qui lui valut une violente polémique.
Donc pas de représentation du procès, pas d’images. La parole circule entre les comédiens indifféremment, parfois le même fait questions et réponses ; ça va vite, comme pour empêcher justement tout idée d’incarnation des personnages. Les comédiens, en costumes de ville, interrogent les documents à leur disposition, les minutes du procès, des ouvrages ; ils reconstituent à l’aide de schémas les rouages du système. Ils se tiennent éloignés de tout pathos, dans l’exploration des archives, matière brute. Ainsi, Nous sommes invités à réfléchir à cette idée terrible que « les hommes normaux ne savent pas que tout est possible ». Ce dont pourtant nous ne cessons de faire l’expérience.
Le théâtre Majâz, fondé en 2009 par l’Israélien Ido Shaked et par la franco-libanaise Lauren Houda Hussein défend un véritable théâtre politique qui à partir de documents d’archive interroge notre présent et aussi la place et le rôle de l’artiste face aux soubresauts du monde. C’est un théâtre ambitieux, très maîtrisé, avec une très grande simplicité de moyens qui s’affranchit de l’austérité du propos et nous plonge au cœur d’un questionnement fondamental.

Eichmann à Jérusalem, ou les hommes ordinaires ne savent pas que tout est possible. Texte Lauren Houda Hussein, mise en scène Ido Shaked. Avec Laurend Houda Hussein, Sheila Maeda, Caroline Panzera, Mexianu Medenou, Raouf Raïs, Arthur Viadieu, Charles Zévaco. Dramturgie, Yaël Perlmann ; scénographie, Théâtre Majâz avec l’aide de Vincent Lefevre ; lumières, Victor Arancio ; son, Thibaut Champagne ; costumes, Sara Bartesaghi Gallo.
Au Théâtre du soleil, cartoucherie, du 8 au 18 décembre 2016. du mercredi au vendredi à 20h30, le samedi à 15h30 et 20h30, le dimanche à 15h30. Durée : 1h30.
reservations majaz.com

©Pascal Victor/ArtcomArt

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