Du 22 janvier au 22 février 2026, au Théâtre de La Tempête, Cartoucherie 75012.

Edouard III de William Shakespeare, traduction Jean-Michel Déprats et Jean-Pierre Vincent, mise en scène de Cédric Gourmelon.

Belle reconnaissance du goût sensible d’un art de conter que le public a plaisir à voir et à écouter.

Edouard III de William Shakespeare, traduction Jean-Michel Déprats et Jean-Pierre Vincent, mise en scène de Cédric Gourmelon.

Edouard III conte l’histoire d’un roi, de sa jeunesse exaltée jusqu’à l’âge de la sagesse acquise par des décennies de présence sur les champs de bataille : le temps nécessaire à la transmission du flambeau à son fils, le Prince Noir.

Selon Jean-Michel Déprats, traducteur et connaisseur de l’œuvre de Shakespeare, la pièce n’a jamais été représentée ailleurs qu’en Angleterre, si elle l’a été ; imprimée à Londres en 1596. La violence du traitement des Écossais, irrecevable à l’époque, est une des raisons de sa mise au ban.

Bien que Shakespeare pourrait ne pas en avoir écrit l’intégralité, il est l’auteur de la majeure partie du texte. Les éditions d’Oxford et de Cambridge l’ont intégrée dans les œuvres complètes. Le drame est hétéroclite au style tragique, poétique, épique et tragi-comique, entre Shakespeare et Marlowe.

Le metteur en scène et directeur de la Comédie de Béthune - Centre dramatiques national des Hauts-de-France, Cédric Gourmelon, réunit des comédiens inter-générationnels d’origines diverses pour créer la pièce élisabéthaine, entre invention, théâtralité, machinerie et plaisir du jeu. Et le plaisir aussi de dire, de raconter et de transmettre à un public en éveil.

La pièce raconte les principaux épisodes du règne d’Édouard III, Roi d’Angleterre, de ses amours de jeunesse tourmentées à ses victoires sur le Roi Jean de France. Un conquérant, roi devenu légendaire de son vivant.

Dans la première moitié, se succèdent des séquences d’une grande intensité dramatique aux enjeux psychologiques : la partition est intime et poétique, telle la passion amoureuse non réciproque du Roi envers la Comtesse de Salisbury. En découlent tension, douleur, souffrance et mélancolie entre patience et impatience que Vincent Guédon, rôle titre éponyme, exprime avec foi.
La deuxième moitié traite des premières batailles de la Guerre de Cent Ans menées par Édouard III sur le sol français : des récits de combats menés en coulisses et sur la scène, avec écrans de brouillard - fumigènes à volonté sur les soldats qui s’affrontent en nombre.

Après la passion amoureuse obsédante et sans issue du début de la pièce, sur le ton tragique, la guerre s’installe dans toute sa brutalité sur un ton apparemment plus léger, dit le concepteur. "Les guerriers sont entre eux, comme si, pour les Rois programmés pour la conquête et la guerre, l’amour et les sentiments intimes relevaient de la véritable épreuve de l’existence et qu’il leur fallait réussir à la surmonter pour être pleinement souverains".

Une pièce chevaleresque sur l’amour et la guerre qui charme le public contemplant sur une scène épurée, panneau de bois et petite porte pour les scènes d’aveux amoureux et ouverture plus grande de panneaux latéraux de bois encore quand il s’agit d’apprécier les champs de bataille à la manière des tableaux de maître, et la majesté des costumes et des cuirasses guerrières moirées.

Face public, le plus souvent, les acteurs déclament avec force et puissance, ponctuant leurs discours de silences que chacun apprécie à sa juste valeur - partenaire ou adversaire, et le public en même temps avec le personnage. L’écoute attentive du verbe déclamé avec tact et minutie impose le respect ; ce qui peut ralentir parfois un rythme qui gagnerait encore à être plus enlevé.

Or, la fresque reste somptueuse dans sa mise en mouvement précise et vivifiante grâce à la présence intense de Vincent Guédon mais aussi de Zakary Bairi, Laurent Barbot, Jessim Belfar, Marc Bertin, Vladislav Botnaru, Guillaume Cantillon, Victor Hugo Dos Santos, Manon Guilluy, Fanny Kervarec, tous des personnages caractéristiques de belligérants dans l’âme.

Belle reconnaissance du goût sensible d’un art de conter que le public a plaisir à voir et à écouter.

Edouard III de William Shakespeare, traduction Jean-Michel Déprats et Jean-Pierre Vincent, mise en scène de Cédric Gourmelon, assistant à la mise en scène Louis Berthélémy, scénographie Mathieu Lorry-Dupuy, sons Julien Lamorille, lumières Marie-Christine Soma, costumes Sabine Siegwalt, travail sur le corps Isabelle Kürzi, coach vocal François Gardeil, collaboration à la dramaturgie Lucas Samain. Avec Zakary Bairi, Laurent Barbot, Jessim Belfar, Marc Bertin, Vladislav Botnaru, Guillaume Cantillon, Victor Hugo Dos Santos, Vincent Guédon, Manon Guilluy, Fanny Kervarec. Du 22 janvier au 22 février 2025, du mardi au samedi 20h, dimanche 16h, au Théâtre de La Tempête, Cartoucherie 75012 paris.www.la-tempete.fr
Crédit photo : Simon Gosselin.

A propos de l'auteur
Véronique Hotte

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook