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Critiques / Théâtre

Dramuscules de Thomas Bernhard

par Dominique Darzacq

méchamment drôles et drôlement méchants

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« C’est pour le bonheur de retrouver Judith Magre et Catherine Salviat, et leur offrir la volupté d’un parcours d’une monstruosité sidérante », que Catherine Hiégel, invitée au Théâtre de Poche, a choisi quelques-uns des Dramuscules de Thomas Bernhard (1931- 1989). Elle a bien fait et visé juste. Tout à la fois grotesques et terrifiantes, clownesques autant que pathétiques dans leur certitude imbécile, ces deux-là, avec l’efficace complicité d’Antony Cochin, donnent tout leur jus vitriolé aux mini drames ou incidents de la vie concoctés méchamment par le dramaturge et au détour desquels tombent les masques.

Dans ces Dramuscules » ou Dramolettes selon la traduction allemande, constitués de quelques courtes pièces écrites entre 1978 et 1981, Thomas Bernhard, comme dans l’essentiel de son œuvre, règle ses comptes avec l’Autriche jugée réactionnaire et mal guérie d’un passé nazi qui n’en finit pas de se manifester, comme de mauvais remugles, à la faveur événements anodins ou de faits divers. Telles, par exemple, ces deux bigotes, faussement chic, missel à la main et devisant, après la grand-messe, autour de la vie de Mr Geissrathner « mort bêtement écrasé par un turc » et dont la conversation tourne pour finir en diatribe xénophobe à vous glacer les sangs. (Le Mois de Marie).

Avec cette pièce et Un mort, saynète dans laquelle deux femmes , revenant de leurs dévotions du soir, aperçoivent ce qu’elles croient être un cadavre recouvert d’un papier d’emballage, ou encore Match , monologue hystérique d’une femme qui tente d’attirer l’attention de son policier de mari planté devant un match de foot, Catherine Hiégel met en scène trois farces noires où, à travers la logorrhée quasi paranoïaque de ces « madame tout le monde », se dénoncent entre éclat de rire et effroi, le fascisme ordinaire et la xénophobie .

Le spectacle est ponctué, en son milieu, d’un intermède interactif au cours duquel Catherine Salviat, avec malice, interroge le public autour de citations à connotations racistes, de Voltaire aux hommes politiques contemporains, en passant par Kant , Jules Ferry…et bien d’autres ...Qu’importe que ce jeu de questions réponses soit un brin trop long, non seulement Judith Magre et Catherine Salviat sont épatantes et valent le détour, mais par ces temps de montée des extrêmismes et de l’intolérance, le spectacle sonne comme une alerte.

Dramuscules de Thomas Bernhard, mise en scène Catherine Hiégel, avec Catherine Salviat, Judith Magre, Antony Cochin durée 1h
Théâtre de Poche jusqu’au 9 mars tel 01 45 44 50 20

Photo ©Pascal Gely

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