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Don Juan revient de guerre de Ödön Von Orvath

par Dominique Darzacq

Dans le tumulte du Off Avignon

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« Aujourd’hui nous sommes de plus en plus dépendants de la diffusion de nos spectacles » explique Guy-Pierre Couleau directeur à Colmar du Centre dramatique national d’Alsace et metteur en scène de la pièce d’Horváth « Don Juan revient de guerre », l’un des 1336 spectacles à l’affiche du Festival Off Avignon.

Participer au Festival Off, qui ne cesse de croître sans forcément embellir l’avenir de ceux qui y participent, est tout à la fois une sacrée galère et un risque. « Oui, venir en Off reste une affaire techniquement compliquée et la profusion des spectacles proposés en fait une jungle » confirme Guy-Pierre Couleau pour qui en ces temps de disette financière venir en Off est un risque d’autant plus nécessaire que les éventuels acheteurs ne se déplacent plus guère en région préférant venir faire leur marché au Festival d’Avignon. Cependant, il n’était pas question pour Guy-Pierre Couleau « de faire le Off, pour le Off » et d’aller n’importe où. Pour lui, face à la pléthore des propositions, il était important d’être dans un lieu repérable comme le sont le Théâtre Girasole, La Manufacture, Les Lucioles, Le Petit Louvre, ou encore, un des cinq lieux permanents d’Avignon où le public a l’habitude d’aller et sait ce qu’il va voir. Ce fut donc le Théâtre des Halles d’Alain Timar qui, outre sa bonne réputation, accueille les spectacles sans faire payer de loyer mais en coréalisation, c’est-à-dire à la recette. Un choix qui permet tout à la fois de limiter les risques financiers et d’augmenter les chances du spectacle d’être vu.

Créée en 2014 dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre Don Juan revient de guerre de l’austro-hongrois Horvath, est une pièce qu’il aime particulièrement et qui lui tient à cœur de montrer pour ce qu’elle peut nous dire aujourd’hui. « Lorsque Horvath écrit sa pièce en 1937, il est en exil, les nazis ont déjà brûlé ses livres, et le racisme est à son comble. Mais pour écrire sa pièce, il préfère revenir en arrière. Don Juan, qui au sortir de la guerre 14 -18 a perdu de sa superbe, va son chemin sur une Allemagne en ruine et en crise à la recherche de son amour perdu. A travers ses déambulations, Horváth nous montre comment l’idée de revanche, les ravages de l’inflation font le lit de la haine de l’autre et du fascisme ». Une pièce qui sonne comme une alerte et fait la part belle aux femmes puisqu’elle met en scène trente-cinq femmes pour un seul homme. Trente-cinq destins différents que l’auteur retrace sans concession. « Je n’ai, écrivait-il, rien embelli, rien enlaidi. J’ai tenté d’affronter sans égard la bêtise et le mensonge ».

Ecoutant les recommandations d’Horváth qui souhaitait que ses pièces soient jouées « de manière stylisée », et avec « peu de comédiens », Guy-Pierre Couleau déploie sa mise en scène dans un espace qui suggère la précarité d’un petit théâtre au front et aux côtés de Don Juan, pour interpréter les femmes rencontrées, juste deux comédiennes à qui il revient d’incarner les différentes facettes d’un introuvable idéal. Désespérément accrochées au passé ou tentant de reconstruire l’avenir, aristocrates ou veuves de guerre, elles sont « nos guides dans la quête illusoire de Don Juan au cœur de sa propre perdition, de ses fantasmes et de ses peurs ».
Oui, décidément, ce Don Juan là a beaucoup de choses à nous dire. Il suffit d’aller y prêter l’oreille.

Don Juan revient de guerre de Ödön Von Horvath. A 20h
Théâtre des Halles du 4 au 26 juillet www.theatredeshalles.com

Photos :1©André Muller , 2 ©Laurent Schneegans

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