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Critiques / Théâtre

Debout dans la mer d’Anita Conti

par Gilles Costaz

Des vagues en plein visage

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On redécouvre Anita Conti (1899-1997) dans le monde de la littérature et, maintenant dans celui du théâtre, puisque Jeanne Champagne porte à la scène des extraits du livre Racleurs d’océan sous le titre Debout dans la mer. Poète, photographe, cinéaste, Anita Conti aimait la mer par-dessus tout et monta sur de nombreux bateaux, dont celui du commandant Cousteau, en un temps où l’on n’acceptait pas, ou presque pas, les femmes. Elle partagea surtout la vie des marins de chalutier, ceux qui vivent de la pêche, se battent avec les éléments et attrapent des tonnes de poissons avec la rudesse du monde où ils s’ébattent.

Le récit transposé ici conte un voyage fait en 1952, à bord du navire Bois-Rosé voguant en quête de bancs de morues et remontant jusqu’au Groenland. Seule femme à bord, Anita observe l’équipage, l’océan, marche sans cesse parmi les débris, la tripaille, qui collent au sol du pont, photographie tant bien que mal, s’interroge sur la beauté des mondes traversés et sur cette tuerie méthodique qui, en détruisant les espèces, va peut-être affamer les générations qui nous succèderont.

Des mots qui claquent comme des vagues

Le livre ne se prêtait pas facilement à une transcription scénique. Mais l’envie de rendre hommage à Anita Conti, née à Fécamp, fédéra, sur cette production, le théâtre de Fécamp et la compagnie de Jeanne Champagne. Le metteur en scène, bien qu’elle utilise quelques images filmées et surtout des sons pris à la surface de la mer (vagues, cris des baleines), a cherché une langue purement théâtrale et minimale, en plaçant une interprète unique sur un décor étroit à plusieurs niveaux. Sur cette plate-forme, l’actrice Gwenaëlle David, le cheveu court, habillée et chaussée de caoutchouc, enfilant parfois des gants poisseux, bondit, fait claquer le texte, évoque le mouvement vertical et latéral de l’être humain embarqué dans ce chalut que tout chahute. Elle sait aussi ne pas se laisser emporter par ses élans et donner du texte son secret, ses pensées en retrait, alors même les mots claquent comme des vagues. Le spectateur reçoit comme un paquet de mer en plein visage, ce qui est aussi une fête des mots porteuse de toute une pensée sur l’avenir de la planète.

Le théâtre de Jeanne Champagne est toujours riche de cette générosité du geste théâtral, de ce souci de la grande (et chaotique) famille humaine. Ceux qui suivent ses spectacles se souviennent notamment du très beau cycle qu’elle fit à partir des textes de Jules Vallès. Aujourd’hui, c’est une femme, son talent d’écrivain, son histoire, sa solitude altruiste parmi les êtres humains, qu’elle sort de l’oubli et fait renaître dans une sorte de théâtre catapulte. Avec le minimum, elle et sa fougueuse interprète expriment le maximum, quelque chose qui est entre l’étroit champ de vision de la longue-vue traquant une femme au lointain et le dessin épuré qui dit tout en quelques traits.

Debout dans la mer par la compagnie Théâtre Ecoute, mise en scène : Jeanne Champagne, scénographie et costumes : Gérard Didier, avec Gwenaëlle David, durée : 1 h 20, théâtre du Chaudron, cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 20 janvier, tél. : 01 43 28 97 04, reprise au théâtre Equinoxe à Châteauroux, en mai.

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