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Critiques / Théâtre

Das Weisse vom Ei (Une île flottante)

par Jean Chollet

Christophe Marthaler porte Labiche aux sommets

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”Aujourd’hui, c’est la mode, on se jette de la poudre aux yeux, on fait la roue … on se gonfle… comme des ballons. Et quand on est tout bouffi de vanité… plutôt que d’en convenir, plutôt que de se dire “ Nous sommes deux braves gens bien simples… deux bourgeois ” on préfère sacrifier l’avenir, le bonheur de ses enfants…”. Cette réplique de l’un des personnages de la comédie en deux actes d’Eugène Labiche, écrite en collaboration avec Edouard Martin, “ La Poudre au yeux ” (1881), donne la tonalité de ce portrait acerbe et cocasse de la petite bourgeoisie du XIXème siècle.

Les époux Malingear ont une fille, Emeline, les Ratinois un fils, Frédéric, les deux familles souhaitent, pour des raisons différentes, les marier rapidement. Pour y parvenir, au mieux de leurs intérêts personnels, ils engagent une surenchère prétentieuse de leur niveau social et de leurs comportements, croisant les mensonges et postures pour impressionner la partie adverse. En lui jetant de “la poudre aux yeux ”. Tous se retrouvent dans les mêmes postulats lâches et mesquins du paraître pour exister.

Couples franco – allemands

Sous ce titre bilingue, qui reflète ici les langues pratiquées respectivement par les deux familles (sous tirages franco-allemands), Christophe Marthaler fait également une allusion métaphorique à un dessert léger, dont la partie flottante échappe parfois à l’utilisation maîtrisée d’un accessoire de bouche et glisse ou dérive. Comme le fait le metteur en scène suisse, né dans le canton de Berne en 1951, en s’éloignant avec bonheur et des clichés accolés aux œuvres de Labiche (ou Feydeau). Dans le décor de sa fidèle complice talentueuse Anna Wiebrock, dont les différents plans et volumes sont peuplés d’accumulations d’objets divers évocateurs et de tableaux de famille, l’espace introduit un univers et un climat palpables adaptés à la représentation. Pas de portes qui claquent, une seule, escamotable en avant – scène, pour introduire une entrée dans un monde de médiocrité. Car dans sa mise en scène, Marthaler ralentit volontairement les actions et propos, pigmentés de silences, de musiques, de chansons et de sons, indissociables de sa pratique scénique, et étire le temps pour mieux laisser percevoir le vide existentiel qui anime une société petite – bourgeoise. Il le fait en associant avec subtilité et précision le burlesque et l’absurde, la satire et la tendresse, pour une peinture mordante et sans appel d’un microcosme social déréglé.

Face aux situations de cet échantillonnage humain désopilant, les rires jaillissent souvent liés aux interprétations savoureuses des huit comédiens - musiciens – chanteurs, épatants, qui donnent la mesure des personnages hauts en couleurs. Et lorsque à la fin du spectacle, ils vident le plateau, ils semblent faire place nette pour ouvrir sur un nouvel avenir plus harmonieux.

Das Weisse vom Ei (Une île flottante) d’après Eugène Labiche, mise en scène Christophe Marthaler, avec Marc Bodnar, Carina Braunschmidt, Charlotte Clamens, Raphael Clamer, Catriona Guggenbül, Ueli Jäggi, Graham F. Valentine, Nikola Weisse. Scénographie et costumes Anna Viebrock, lumière HeidVoeglinLights. Durée 2 heures 20. Odéon – Théâtre de l’Europe jusqu’au 29 mars 2015.

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