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Critiques / Théâtre

D’après L’Idiot de Fédor Dostoïevski

par Corinne Denailles

un spectacle en mal d’inspiration

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Le prince Mychkine, dernier rejeton d’une lignée aristocrate, est de retour à Saint-Pétersbourg après un séjour en Suisse où il est allé tenter de soigner son épilepsie. Il constate lui-même que souvent on le prend pour un idiot sans bien savoir si cela est lié à sa maladie ou à son tempérament. Dès son arrivée, il s’empresse de renouer avec ses seuls parents, la famille du général Epantchine, son épouse Daria et leurs trois filles, dont Aglaïa la plus jeune lui fera les yeux doux. Mais c’est sans compter l’attraction qu’il ressent pour la mystérieuse Nastassia Filippovna qui conduira à la tragédie.
Humble, doux, sincère, empathique, doué d’une grande intuition, de pressentiments
troublants, le prince est un monument de bonté confronté à la mesquinerie et la cupidité des hommes, figure christique qui échoue à susciter le Bien, comme le Christ a échoué, animé d’une foi indéfectible en l’humain et en l’amour, à l’instar d’Aliocha Karamazov. A ceci près que le personnage de Mychkine est plus complexe. Il incarne la force du Bien qui ne parvient pas à réformer les hommes ; il pourrait être un saint laïque si on ignorait les relations que l’auteur entretenait avec la religion. Son « idiotie » serait l’expression de son innocence, de la pureté de son âme.
Le récit enchaîne une succession de scènes dans lesquelles les relations explosives entre les personnages sont source de conflits violents que Mychkine s’emploie à apaiser malgré l’agressivité des uns et des autres à son égard qu’il semble ignorer. Il se liera d’amitié avec Rogojine rencontré lors de son voyage de retour, moujik vulgaire et violent qui le trahira sans susciter de haine chez le prince qui échappera pourtant à son couteau grâce à une nouvelle crise d’épilepsie.
L’idiot, paru en 1868, c’est mille pages d’une narration foisonnante d’une grande complexité, un voyage presque halluciné au terme duquel le lecteur doit travailler à reconstruire la cohérence souterraine. L’adaptation au théâtre de cette somme romanesque est un défi difficile à relever sans commettre de trahison. Joël Jouanneau l’avait brillamment relevé en 1996 (avec Philippe Demarle dans le rôle du prince). On ne sait pas très bien comment Thomas Le Douarec a travaillé ; il n’est fait mention d’aucun traducteur, l’adaptation ne rend pas vraiment compte de la complexité du roman et la langue manque de style. Il semble n’avoir retenu que le vacarme des altercations. Les comédiens surjouent, crient beaucoup plus qu’ils ne disent le texte. Par contraste avec tant d’agitation, la sobre et candide interprétation du prince Mychkine par Arnaud Denis sauve un peu la pièce, le comédien a saisi l’essence de son personnage. Thomas Le Douarec s’est montré par le passé bien plus inspiré.

L’Idiot de Fedor Dostoïevski, texte et mise en scène Thomas Le Douarec. Avec Arnaud Denis, Thomas le Douarec, Caroline Devismes, Fabrice Scott, Marie Lenoir, Marie Oppert, Solenn Mariani, Daniel-Jean Colloredo, Bruno Paviot. Décor, Laurent Machefert/ Matthieu Beutter ; costumes, José Gomez ; lumières, Stéphane Balny ; son, Mehdi Bourayou. Au théâtre 14 jusqu’au 30 juin 2018. Durée : 2h20. Résa : 01 45 45 49 77.

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