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Critiques / Théâtre

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand

par Jean Chollet

Philippe Torreton, pic et péninsule

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Après une tournée triomphale en France, cette nouvelle version de la célèbre pièce de Edmond Rostand, mise en scène par Dominique Pitoiset, s’installe à Paris jusqu’à fin juin 2014. Un accueil justifié, car à partir d’un postulat qui peut paraître à priori déroutant, cette création souffle un vent tonique et cohérent adapté sur cette œuvre majeure du répertoire français. En effet, en ouverture, l’Hôtel de Bourgogne où se situe le premier acte, est devenu foyer d’un asile psychiatrique contemporain dans lequel Cyrano, dos au public, déjà porteur d’une blessure à la tête, qui n’intervient pourtant qu’à la fin de la pièce, rencontre les personnages qui entourent son épopée jusqu’à sa mort. Un parcours qui semble ainsi apparaître sous une forme d’un flash back, dont il serait à la fois témoin et acteur.

Les cinq actes s’engagent ainsi dans l’ espace éclaté organisé par Kattrin Michel, confortant une atmosphère ambiguë et troublante, avec des localisations qui évoluent peu sur la durée du spectacle, lits hospitaliers, mobilier fonctionnels, tables de réfectoire et juke-box à la mesure des usages des personnages présents sur le plateau. Ceux-ci vêtus de tee-shirts, de débardeurs, joggings usagés, et chaussés de tennis, apparaissent dans un ailleurs incertain qui semble susciter leurs comportements. Seul, De Guiche en blouse blanche identitaire, poursuit Roxane de ses tentatives de mains aux fesses. La suite se déroule avec fidélité dans ce contexte, révélant un Cyrano soufrant davantage de sa disgrâce physique en fonction de l’amour secret qu’il porte à sa cousine Roxane, mais servant de messager et accompagnateur inspiré au jeune baron Christian dont elle est amoureuse et qu’elle épousera. A travers de nombreuses péripéties, Cyrano, bretteur ou chevaleresque, témoigne avec panache de sa générosité et de son esprit frondeur face aux puissants. Quinze ans plus tard, il meurt sans aveu dans le couvent où veuve s’est réfugiée Roxane, qui prendra toutefois conscience de sa “ généreuse imposture”.

Un grand interprète.

Un rôle écrasant, tenu ici avec force, brio et vitalité, par Philippe Torreton, qui, sous son nez disgracieux sans excès et sa moustache, vêtu (sauf au dernier acte) d’un “marcel ” libérant ses larges épaules, donne toutes les nuances du personnage sans grossir le trait, mais avec une profonde humanité. Il distille avec saveur les tirades célèbres attendues de tous et donne tout le poids et la puissance nécessaire au drame intérieur de ce personnage mythique. Il irradie tellement le plateau – mais comment le lui reprocher - que les interprétations de ses partenaires semblent passer sous l’éteignoir. On retiendra cependant, celles de la fraiche et spontanée de Roxane (Maud Wyler), de De Guiche (Daniel Martin) poussé avec truculence vers le burlesque, ou encore celle de l’acteur Montfleury (Jean-François Lapalus). Mais l’ensemble de la distribution s’inscrit avec cohérence dans les choix d’une mise en scène qui intègre musiques (de Beethoven au Groupe Queen), chanson (Les Trois cloches) et nouvelles technologies (scène du balcon en visioconférence), dont la réussite s’altère cependant parfois par une absence de nuances.

Cyrano de Bergerac, de Edmond Rostand, mise en scène Dominique Pitoiset, dramaturgie Daniel Loayza, avec Philippe Torreton, Maud Wyler, Patrice Costa, Daniel Martinh, Jean-Michel Balthazar, Brunbo Ouzeau, Martine Vandeville, Jean-François Lapalus, Gilles Fisseau, Nicolas Chupin, Adrien Cauchetier. Scénographie et costumes Kattrin Michel, lumière Christophe Pitoiset, coiffures Cécile Kretschmar.

(Durée : 2 heures 40).

Odéon-Théâtre de l’Europe jusqu’au 28 juin 2014.

photo Brigitte Enguerand

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