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Critiques / Théâtre

Chinoiseries d’Evelyne de la Chenelière

par Dominique Darzacq

Le rire aux larmes

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Issue du Nouveau Théâtre expérimental, comédienne et dramaturge née au Québec, Evelyne de la Chenelière, auteure de nombreuses pièces, traduite en plusieurs langues, fait du comportement de ses semblables le terreau de son inspiration. Elle en traduit les failles et les fractures d’une plume vive et cocasse en petite cousine de Dubillard. C’est en riant qu’elle aborde avec Chinoiseries la monotonie des jours de ceux que l’excès de prudence et la timidité rendent invisibles.

Dans un décor tubulaire aux fenêtres amovibles, dans deux appartements jumeaux vus en coupe, on les surprend d’abord au petit matin, lui, Monsieur Chiton, en marcel et chaussettes oranges, maugréant d’être affligé de bras trop longs,et d’un nom de mollusque, elle, Madame Potée cheveux noir en baguettes de tambour pour aller avec son asiatique kimono, affligée d’une sévère myopie qui certes arrondit les angles mais l’oblige à se tirer les yeux pour faire le point, apprend le chinois. Dans la journée quand elle ne va pas chez son brocanteur, Mme Potée n’a qu’une envie « casser la vaisselle et faire marcher la bouilloire » en se demandant « mais qu’est-ce que les gens font tant qu’ça ? ». Du reste, Monsieur Chiton qui s’est fait généalogiste dans l’espoir d’y découvrir un ancêtre grâce à qui on pourrait enfin le remarquer, se pose la même question. Monsieur Chiton et Madame Potée sont de toute évidence fait l’un pour l’autre. Ils en sont d’accord et même en rêvent. Mais ils ont beau être voisins de palier, s’épier derrière leur cloison, fantasmer l’un sur l’autre, échafauder des stratégies, se croiser dans l’escalier, rien à faire, « de coups croisés en coups manqués » c’est l’échec.

Pour mettre en scène ce drôle de couple d’étrangers intimes qui se côtoient sans se rencontrer, dialoguent par soliloque interposé, s’inventent des souvenirs communs, le metteur en scène Nabil El Azan suit au plus près la fantaisie d’une écriture qui emmêle, sur le même fil, la réalité du quotidien et la fantasmagorie, le burlesque et le tragique, qu’il enrubanne d’un ironique clin d’œil au cinéma, de Hitchcock, à Lelouch, en passant par Almodovar .

Monsieur Chiton a-t-il tué sa mère dont le souvenir l’encombre autant que ses bras ?, Madame Potée a-t-elle vraiment risqué sa vie et appelé Monsieur Chiton ? Fabuleux et extravagants « bourrichonneurs », Christine Murillo et Jean-Claude Leguay sèment le doute, brouillent les pistes, « chinoisent » comme larrons en foire, nous embarquent avec finesse dans les méandres d’improbables fantasmes où sous la cocasserie des situations, c’est toute l’épaisseur d’une vie solitaire et sans éclats qui se révèle. Aussi déchirants que désopilants, ils font de leurs chinoiseries, un moment de théâtre loufoque et poétique à ne pas manquer.
De plus, c’est à 19h30, on peut même y aller juste en sortant du boulot !

Chinoiseries d’Evelyne de la Chenelière, mise en scène Nabil El Azan avec Christine Murillo et Jean-Claude Leguay - durée 1h 15

Vingtième Théâtre - 19h30 du jeudi au samedi, dimanche 15h jusqu’au 8 mai
tel 01 43 66 01 13 www.vingtiemetheatre.com

Au Théâtre des Halles à Avignon les 11 et 12 mai à 20h

Photos © iFou

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