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Critiques / Théâtre

Chat en poche de Georges Feydeau

par Jean Chollet

Délire surréaliste

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Sous cette locution populaire signifiant “l’achat d’un objet sans vérifier son contenu”, se place cette œuvre de jeunesse de Feydeau (1888) comptant parmi les plus brillantes du maître du vaudeville. Ayant fait fortune dans l’industrie du sucre, Pacarel, aujourd’hui retraité, se pique de passion pour l’opéra. Il souhaite faire venir un ténor de l’Opéra de Bordeaux, pour être l’interprète d’un Faust de Gounod revisité par sa fille Julie. Un jeune homme, venant de Bordeaux, nommé Dufausset, se présente à son domicile où il est accueilli comme le chanteur espéré auquel le maître de maison propose 3500 francs mensuels pour sa contribution. En réalité, il s’agit du fils d’un ami de Pacarel venu à Paris suivre ses études en droit, qui, malgré son incapacité à interpréter “Salut, Demeure chaste et pure”, joue le jeu d’autant plus facilement qu’il tombe amoureux de Madame Marthe Pacarel. Une situation, à laquelle sont également mêlés le couple ami des Landernau et un potentiel fiancé de Julie, qui sert de fil rouge durant les trois actes, truffés de malentendus et de mensonges, d’imbroglios et de coqs à l’âne, portés par une folie verbale qui atteint les sommets de l’absurde. Pour un passage en revue jubilatoire d’une micro société qui court à sa perte, en ayant fourbi les armes de son auto - destruction.

L’inventivité de cet univers aux limites du surréalisme demande une mise en scène dont les rouages s’articulent avec précision. C’est le cas de cette nouvelle version réalisée par Anne-Marie Lazarini. Elle trouve une première résonance dans le décor architecturé et métaphorique de François Cabanat, dont le croisement de plans inclinés constituant l’intérieur des Pacarel reflète un monde déséquilibré. Ici, pas de portes qui claquent et hormis un escalier menant à l’étage, les personnages pénètrent l’espace comme des passes murailles, ajoutant à l’irréalité des situations, avec les ponctuations visuelles d’ étonnants sièges aux couleurs éclatantes qui semblent sortir d’un livre d’images. La représentation bénéficie ainsi d’un écho à la fois visuel et fonctionnel, mit au service d’une réalisation scénique qui, sans forcer le trait, révèle par ses variations de rythmes et son orchestration verbale les tonalités et les accents savoureux de la pièce. Avec, dans les costumes porteurs de modernité de Dominique Bourde, une interprétation homogène, inscrite dans une “mécanique ” adaptée, dont la lubrification devrait encore s’améliorer au fil des représentations.

Chat en poche de Georges Feydeau, mise en scène Anne-Marie Lazarini, avec Jacques Bondoux, Cédric Colas, Giulia Deline, David Fernandez, Frédérique Lazarini, Sylvie Pascaud, Dimitri Radochévitch. Décor et lumières François Cabanat, costumes Dominique Bourde. Durée : 1 heure 25 .

Théâtre Artistic Athévains Paris jusqu’au 23 janvier.

photos Marion Duhamel

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