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Chantiers d’Europe au Théâtre de la Ville

par Dominique Darzacq

Pour ne pas en finir avec l’utopie

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En publiant son ouvrage dans lequel, en 1516, il fustigeait les dérives de la société anglaise du XVIème siècle et inventait une île fabuleuse où tout était réglé pour le bonheur de chacun, Thomas More inventait l’Utopie. Un beau mot qui a servi de carburant aux avancées démocratiques mais que l’Europe d’aujourd’hui semble avoir mis sous le boisseau. Pourtant, en ces temps de repli sur soi, de rejet de l’autre, où face à la crise humanitaire, l’Europe préfère se faire terre d’écueils plutôt que terre d’accueil et flirte ici et là avec quelques bruns démons, il n’est pas mauvais de se souvenir que ce mot-là fête ses cinq cents ans cette année. Raison pour laquelle Chantiers d’Europe sous le titre « Utopie 500 » le met en exergue et comme piqûre de rappel aux manifestations programmées au Palais de Tokyo. Parmi celles-ci, Citizen Band qui, sous forme d’installation vidéo, est une ode à ceux qui, malgré l’exil, conservent des liens avec leur culture et savent aussi la partager. Pour sa part, avec Relic , le chorégraphe grec Euripidès Laskaridis, dans un esprit qui évoque le burlesque et le cabaret, nous interpelle sur notre acceptation de la différence et de l’inconnu.

Venus de Suède, de Pologne, d’Italie, de Grèce, mais surtout du Portugal, les invités de cette septième édition transcendent les frontières et les genres, nous parlent chacun à leur manière de l’Europe, celle d’hier, d’aujourd’hui, et pour certains tendent les fils entre les deux. C’est ainsi que le guitariste José Manuel Neto recrée l’ambiance des tavernes de Lisbonne, antres de ce chant populaire qu’est le fado. A ses côtés Cristina Branco et Camané, les deux plus grands" fadistes" de maintenant, mêlent l’intensité de leur voix le temps d’un somptueux concert .Pour sa part Paris – Sarah - Lisboa est le fil tendu entre le théâtre d’hier et celui d’aujourd’hui. A partir de ses écrits et de ses confidences, l’auteur Miguel Loureiro a composé un poétique portrait de notre légendaire Sarah Bernhardt, que la comédienne Astrid Bras fait revivre dans sa loge qu’en dépit de ses mutations le Théâtre de la Ville a su préserver.

De l’Europe d’hier, de ses mortelles déchirures, il sera question avec l’Album de Karl Höcker de la compagnie polonaise Teartr Trans-Atlantyk, un théâtre documentaire qui, à partir des photos d’un officier SS, en retraçant le quotidien des dirigeants du camp d’Auschwitz, démonte les rouages humains de l’Holocauste.
Basé sur les témoignages vécus, notamment de portugais émigrés en France, Un musée vivant des mémoires infimes et oubliées du Teatro Do vestido , évoque, sous l’angle de souvenirs intimes et personnels , les cicatrices laissées par la dictature de Salazar.

Quant à l’Europe d’aujourd’hui, terre d’immigration, elle sera présente notamment avec Carton rouge spectacle venu de Suède qui raconte les rêves de grandeur footballistique qu’ inspire le parcours de Zlatan à Léo un jeune réfugié fraîchement arrivé en Suède. De son côté, le duo grec Anestis Azas et Prodomos Tsinikoris avec Clean City donne la parole à cinq femmes de ménage issues de l’immigration qui avec une acide drôlerie donnent quelques coups de balai à nos stéréotypes sur la propreté. Et puisque prôner la découverte n’empêche en rien la fidélité, Chantiers d’Europe nous propose de retrouver l’italienne Marta Cuscunà, révélation de la dernière édition, qui poursuit son exploration des diverses figures de résistance féminine avec Sorry, boy, dialogue pour une actrice et quelques marionnettes.

Depuis le 20 avril et jusqu’au 18 juillet, le Grand Palais lève enfin le voile sur « le secret le mieux gardé de l’art moderne ». Celui de l’œuvre du peintre portugais Amadeo de Souza Cardoso (1887-1918), artiste à la croisée de tous les courants artistiques du XXème siècle, ami de Modigliani comme de Sonia Delaunay. Au-delà des influences fauves, impressionnistes, cubistes, rebelle aux étiquettes il a forgé une œuvre singulière entre tradition et modernité. En écho à la rétrospective du Grand Palais, Chantiers d’Europe propose une soirée de lecture de sa correspondance avec Sonia Delaunay, qui sera suivie d’une lecture par Hugues Quester de Scène de la haine manifeste révolutionnaire sur l’art et la société écrit par José Almada Negreiros, peintre et écrivain portugais.

De lectures en spectacles de théâtre, en passant par la danse , les concerts et les performances , en quelque vingt manifestations, Chantiers d’Europe trace le portrait d’une Europe ouverte, libre, inventive et pas du tout décidée à jeter l’utopie par-dessus bord !

Chantiers d’Europe du 11 mai au 3 juin
Théâtre de la ville tel 01 42 74 22 77 theatredelaville-paris.com

Photos Clean City © Cristina Georgiadou, Sorry, boy © Alessandro Sala

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