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Chantiers d’Europe au Théâtre de la Ville

par Dominique Darzacq

Poétiques et politiques

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« Ils sont venus déguisés en « amis »/ d’innombrables fois mes ennemis/ foulant la terre séculaire./…Et jamais la terre n’a adhéré à leur talon… ». C’est avec la parole du poète grec Odysseus Elytis, Prix Nobel de Littérature, que le Théâtre de la Ville donne, ce 10 mai, à la Maison de la poésie, le coup d’envoi de ses Chantiers d’Europe. Rien de plus judicieux en effet que de nous le faire entendre aujourd’hui et dans la nouvelle traduction d’une de ses meilleures propagandistes, Angélique Ionatos dont la voix solaire est l’alliage adéquat du verbe de ce lumineux poète. « Ses mots ont irrigué mon chant » se plait à dire la musicienne chanteuse contrainte à l’exil du temps des colonels. « Privée de mon pays, j’ai compris tôt que ma vraie patrie, la seule qu’on ne pouvait me prendre, c’était ma langue. Alors je me suis mise à composer de la musique sur les textes des poètes que j’aimais ». Parmi eux, Elytis fut son meilleur fanal. C’est avec elle que Chantiers d’Europe nous invite, en lecture et en musique, à un voyage en archipel dans l’oeuvre d’Elytis.

C’est une toute autre chanson d’amour à la Grèce que fait entendre le spectacle Sangs (Emata) de la Vasistas Company & Argyro Chioti. Celle d’une génération obligée de vivre avec ses fantômes et ses malaises et à travers laquelle il est question des périls de l’oubli et de la Grèce d’aujourd’hui.

Outre la Grèce, l’Italie et le Portugal, pays régulièrement invités, la Turquie et la Pologne, « deux pays qui font aussi l’Histoire de l’Europe », sont à l’affiche avec notamment côté turc Persona non grata de Ceren Ercan qui montre comment les idées préconçues et la pression familiale mettent en péril une histoire d’amour entre un égyptien et une jeune femme turque (25-26 juin) et L’Arbre magique , un théâtre d’ombres et de marionnettes qui sur les mannes de karagheuz parle tout à la fois de la mémoire, de l’orient et de l’Occident , de la confrontation du bien et du mal (20-21 juin).

Pour sa part, le collectif polonais Komuna Warszawa retient l’attention en s’emparant de Paradise Now ?, un des spectacles phares du Living Theatre, troupe expérimentale créée au mitant du siècle dernier par Julian Beck et Judith Mélina. En 1968, ce spectacle happening avait mis le feu aux poudres du Festival d’Avignon. Aurait-il le même impact aujourd’hui ? C’est, à sa façon et posée d’une autre manière, la question que soulève la troupe polonaise qui à travers cette recréation « interroge les changements survenus dans le théâtre et la politique » et se demande par la même occasion si « l’art communautaire a encore un sens et s’il peut changer le monde ».

Chantiers d’Europe n’élargit pas seulement le cercle des pays invités, mais aussi celui de ses partenaires auxquels s’ajoutent aujourd’hui La Cité Universitaire qui fête ses quatre-vingt-dix ans et accueille quatre manifestations théâtrales et musicales. Parmi celles-ci : La Simplicité trahie (12-13 juin) un spectacle de marionnettes réalisé par Marta Cuscunà qui retrace l’histoire des origines de la lutte féministe au XVIème siècle et une étonnante création musicale conçue par Noiserv (alias le musicien portugais David Santos). Une pièce pour 40 pianos exécutée par les résidents musiciens de la Cité Universitaire, tous de nationalité différente, qui joueront en même temps sur 40 pianos installés dans 40 résidences de la Cité (13-14 juin).

Cerise sur le gâteau, cette 6ème édition s’ouvre largement au jeune public et nous fournit une belle occasion de retrouver la Sicilienne Emma Dante et sa version pas vraiment politiquement correcte de Blanche Neige (Blanche-Neige, les hauts et les bas. Tout public à partir de 8 ans, le 20 aux Abbesses). Le lendemain, toujours aux Abbesses, et sous l’égide du musicien portugais Paulo Lameiro, Concert pour bébés s’adresse à toute petite enfance.

18 jours, 20 spectacles de théâtre, marionnettes, danse, musique, cinéma, assortis de nombreuses lectures et conférences, telle peut se résumer une manifestation qui au-delà des chiffres entend affirmer le nécessaire partage de l’art et se veut, ainsi que le dit Emmanuel Demarcy Mota, « espace de rencontres, de croisements, d’échanges entre artistes et publics, un laboratoire où la recherche et l’essai sont les étapes primordiales du devenir ».

Chantiers d’Europe du 10 au 18 juin

Théâtre de la Ville tel 01 42 74 22 77 theatredelavile-paris.com

Et les lieux partenaires : La Maison de la Poésie, Le Monfort, Théâtre Paris-Villette, Nouveau Théâtre de Montreuil, Le CentQuatre, Le carreau du temple, La Cité Internationale.

Photos : Bloods (sangs) ©Vassilis Macris ,
La Simplicité trahie ©Alessandro Salacessuralas

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