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Critiques / Théâtre

Cabaret Brassens au Studio de la Comédie-Française

par Dominique Darzacq

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Certes les mœurs et les humeurs sont changeantes et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la « bienpensance », mais qui eût dit, au début des années cinquante, que la chanson de Georges Brassens « Le Gorille », interdite d’antenne à la radio , serait pour le plus grand plaisir du public, le clou final d’une soirée Cabaret à la Comédie-Française ? A l’époque, celui qui, selon son copain et poète, René Fallet, « grattait sa guitare comme on secoue des portes de prison », n’avait pas encore très bonne réputation, ce qui ne l’empêcha pas, Dieu merci, de sculpter à partir de mélodies pas si simplistes qu’il y paraît, quelques chefs-d’œuvre de forte saveur poétique qui restèrent à jamais fichés dans l’oreille et la mémoire collective.

Flâneur inadapté au monde dans lequel il vivait, « le jour où je suis rentré dans le droit chemin je me suis aperçu que je n’étais pas fait pour ça », Brassens en toute irrévérencieuse humanité, brosse le portrait acerbe des institutions qu’il abhorre, vilipende l’hypocrisie d’une société peu à son goût, chante la vie qui va et ne va pas, les mécréants, les filles de joie, les femmes infidèles, les calamiteux, les veuves pas si éplorées et bien évidement les amoureux qui s’bécot’nt sur les bancs publics.

Thierry Hancisse, maître d’œuvre de ce cabaret Brassens, conçu dit-il « comme un bœuf entre copains » et pour nous faire savourer « la précision de la langue, la subtilité de la musique qui laisse poindre les émotions sans les forcer », a eu non seulement la bonne idée de mélanger tubes et chansons moins connues, mais aussi de les faire réorchestrer par Benoît Urbain qui les teinte de subtiles et pertinentes touches jazzy que n’aurait pas reniées Brassens, « né, disait-il, avec Django Reinhardt, Armstrong, Duke Ellington »

Un plaisir communicatif et partagé avec le public

En scène, côté musique, Benoît Urbain au piano et à l’accordéon, Paul Abirached à la guitare, Olivier Moret à la contrebasse. A la chanson, Sylvia Bergé, Eric Génovèse, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Jérémy Lopez, six comédiens déliés, véritables larrons en foire, heureux et comme chez eux du côté de chez Brassens, que ce soit en solo, en duo ou en chœur. Tous, chanteurs aussi accomplis et qu’excellents comédiens, s’échangent les couplets comme on se passe le ballon à la récréation et font merveille dans des partitions qui leur vont comme un gant.

De La Mauvaise réputation , à La Femme d’Hector , en passant par Le Bistrot (Julie Sicard) Le Mouton de panurge (Sylvia Bergé) , La Traîtresse (Hervé Pierre), La Mauvaise herbe ( Eric Génovèse) , Le Cocu ( Jérémy Lopez) , pour ne citer que quelques-unes de la vingtaine de chansons, ce cru, Brassens concocté avec un plaisir communicatif, par cette petite bande de la Comédie-Française, est gouleyant à souhait et à consommer toute affaire cessante et sans modération .

Cabaret Georges Brassens, direction artistique Thierry Hancisse, avec Sylvia Bergé, Eric Génovèse, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Jérémy Lopez. Et les musiciens, Benoît Urbain, Olivier Moret, Paul Abirached. Durée 1h10

Studio de la Comédie-Française jusqu’au 15 juin tel 01 44 58 98 58.

Photo ©Cosimo Mirco Magliocca

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