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Critiques / Théâtre

C’est la vie de Peter Turrini

par Corinne Denailles

Jean-Quentin Châtelain, le prince du monologue

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Ce spectacle est le fruit d’une amitié entre l’auteur et le metteur en scène et d’une étroite collaboration avec le comédien qui a participé à l’adaptation du texte. Claude Brozzoni (un metteur en scène qui mériterait plus de reconnaissance) connaît l’Autrichien Peter Turrini depuis longtemps, dont il a mis en scène quelques textes depuis l’étonnant Elements moins performants en 1996, caractéristique de l’engagement politique de l’auteur. Turrini et Brozzoni ont curieusement beaucoup de points communs ; tous deux sont d’origines italiennes, issus de famille pauvre ; le père de Turrini était un menuisier très doué, "capable de tracer un cercle parfait à main levée sans regarder", le père de Brozzoni était maçon, l’écrivain comme le metteur en scène ont failli mourir en bas-âge. Brozzoni espérait bien qu’un jour Turrini concocte un texte personnel à son intention ; il lui a fallu attendre quelques années. C’est à 70 ans qu’il lui a enfin fait le cadeau espéré à travers un texte très personnel, biographique dans lequel il revient sur sa vie (1944-2014), un texte qui tient pourtant de l’autofiction car il dit de lui-même qu’il ne peut faire autrement que raconter des histoires, inventer dès qu’il ouvre la bouche pour se consoler du monde, "une absurde vallée de larmes", qui lui refuse l’entrée dans le monde de la séduction et l’oblige à s’isoler, pour échapper à la mère taiseuse, se soustraire au poids des relents nazis. Il confie que c’est en inventant les scènes d’amour qu’il ne pouvait pas vivre qu’il est devenu écrivain. Sur un mode souvent humoristique, il raconte ses déboires, ses difficultés, ses débuts d’écrivain et sa carrière, ses obsessions sexuelles, dans un langage très familier, parfois cru, sans effets de manche et nous touche par sa simplicité, sa sincérité et une sorte de candeur.

C’est le colossal Jean-Quentin Châtelain, le prince du monologue (on se souvient de Ode maritime de Pessoa mis en scène par Claude Régy, de Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas d’Imre Kertész mis en scène par Joël Jouanneau, de Bourlinguer de Blaise Cendrars, mis en scène par Darius Peyamiras) qui porte le texte, le roule, le scande, le rythme de cette voix si singulière, puissante, organique, au phrasé un rien traînant qui suit une ligne mélodique intérieure tout en s’accordant avec le tempo des deux musiciens Grégory Dargent et Claude Gomez qui ont composé une musique électro-rock volontairement datée, pas très inspirée et jouée à plein volume, ce qui non seulement est fort pénible mais oblige parfois le comédien à faire de la surenchère vocale. Comme il le dit lui-même, Jean-Quentin Châtelain est "un acteur archaïque, un conteur" qui "pratique le monologue comme une transe, comme un derviche tourneur" qui se laisse posséder par les mots et nous embarque dans son odyssée.

C’est la vie de Peter Turrini, traduction Silvia Berutti-Ronelt, Jean-Claude Berutti ; adaptation, Dominique Vallon, Jean-Quentin Châtelain, Claude Brozzoni ; mise en scène Claude Brozzoni ; composition et interprétation musicale, Grégory Dargent, Claude Gomez ; scénographie, Elodie Monet ; lumière, Nicolas Faucheux ; costumes, Pascale Robin. Avec Jean-Quentin Châtelain.
Au théâtre du Rond-Point à 18h30 jusqu’au 13 décembre 2015. Durée : 1h30.

le 19 janvier 2016 à la Maison des arts Thonon-Evian (74)
le 29 janvier 2016 auThéâtre du Briançonnais, Briançon (05)
3 au 13 février 2016 au Théâtre Saint-Gervais, Genève, Suisse

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