Bugging d’Etienne Rochefort
Le poids du vécu urbain

La musique est une expression du corps. Elle émane de lui, de ses rythmes cardiaque et respiratoire. Elle le nourrit en quelque sorte par les mouvements qu’elle induit en lui et qu’il extériorise. Toute chorégraphie est, en priorité, la permission accordée au corps de s’exprimer pleinement.
Le langage corporel est d’abord spontané. Les signes anatomiques (clignement d’œil, grimace, haussement d’épaule, bouche ouverte…) qu’il pratique ne sont pas codés avec les précisions des signifiés de la langue parlée ou écrite. Hormis le cas de certains gestes, attitudes, mimiques admis symboliquement par une communauté.
Même si la danse contemporaine a permis de modifier la perception des publics, une majorité de spectateurs a conservé le réflexe de chercher dans un ballet une trame narrative plus ou moins rassurante. Avec « Bugging », Etienne Rochefort choisit des disciplines liées au street art et toutes ses variantes dansées de : breakdanse, freestyle, hip hop, house, krump, popping, voguing… Il en vient à la conclusion évidente que ces pratiques ne permettent nullement de traduire un scénario avec personnages et rebondissements.
Ses trois chorégraphies enchaînées, réalisées avec neuf interprètes, se centrent donc uniquement sur des mouvements qui s’emparent de chaque personne. Sur un plateau nu, les unes et les autres se présentent sous l’aspect de gens atteints d’un tic, d’un toc, de tremblements, de tressautements… ainsi qu’il en va de qui est en conflit avec sa vie, sa santé, son entourage, le monde environnant. Image collective de réactions individuelles face aux agressions physiques et mentales que la société nous inflige en permanence. Un travail répétitif qui n’évite pas une certaine monotonie mais qui permet à chaque protagoniste de montrer son énergie et son engagement intégral au projet.
Sur des musiques électroniques denses de Mondkopf, en solo, en duo, trio ou tous ensemble, les danseurs, en combinaisons colorées pastel déclinent des parcours où s’exprime leur réaction viscérale aux dérèglements environnants. Ils sont portés par les univers sonores de ce compositeur qui explore aussi bien des espaces galactiques que des moments scandés par des rythmes lancinants ou des allusions à la dimension spirituelle de certaines musiques anciennes d’églises et de monastère. On y vogue dans des silences habités comme dans des lancinements énergétiques.
Durée : 1h
Jeune public dès 8 ans
A l’affiche :
30-31.05.2024 Condition publique (Rose des Vents) Roubaix
Chorégraphie, mise en scène : Étienne Rochefort ;Musique, interprétation : Mondkopf ;
Distribution : Hendrick Ntela, Joël Brown, Juliette Bolzer, Luka Seydou, Marine Wroniszewski, Cheick Hahmadou Kâ, Megan Deprez, Sylvain Lepoivre, Yanis Khelifa
Lumière, scénographie :Olivier Bauer ;Costumes : Annabelle Saintier ; Production : Cie 1 Des Si / POLE-Sud (Strasbourg) / CCN Ballet de l’Opéra national du Rhin – CCN (Mulhouse) / Viadanse et Le Dancing – CCN de Bourgogne-Franche-Comté / MA Scène nationale (Chalon-Sur-Saône) / L’arsenal – (Val-de-Reuil) / Les 2 Scènes (Besançon) ;
Aide : Caisse des Dépôts et Consignations, ADAMI, Chaillot – Théâtre national de la Danse
Photo © Laurent Philippe



