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Critiques / Théâtre

Buffet à vif par La Belle Meunière

par Jean Chollet

Pour faire joyeusement table rase du passé

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On connaît à travers ses créations théâtrales les relations de Pierre Meunier avec la matière et les lois de la physique, intégrées à son jeu d’acteur en solo ou accompagné de complices, qui suscitent une écriture scénique exploratoire (Le Tas, Le Chant du ressort, La Bobine de Ruhmkorff …) en ouvrant sur des interrogations philosophiques et une poétique ludique et joyeuse. Cette nouvelle création, qui ne déroge pas à cet esprit en adoptant de nouvelles formes, est issue d’un premier volet créé en 2014, lors de “Sujet à vif “ au Festival d’Avignon. Celui-ci débute avec l’arrivée de deux compères, Pierre Meunier et Raphaël Cottin, danseur et chorégraphe, tentant avec difficulté de hisser sur un diable depuis la salle, une masse enveloppée de plastique, qui, se révèle, après déballage, être un buffet ancien ouvragé à deux corps, en bois épais avec vitre et miroir. Ils entreprennent d’abord un nettoyage de la poussière, le vident de son contenu, avant de procéder à son exploration, transformant progressivement son éventuelle réfection par une destruction systématique, à l’aide de marteau, masse, hache ou boule de démolition, avec une frénésie libératrice, qui relève du burlesque cher au cinéma muet, repérable dans les gestuelles et mouvements expressifs du duo, ponctués d’échos sonores de Radio Nostalgie. Le meuble éclate, implose, est réduit en morceaux épars de diverses dimensions ; les deux acolytes, dont on peut saluer la performance physique, abandonnent alors le plateau en donnant le sentiment du devoir accompli. Vient alors Marguerite Bordat, scénographe et plasticienne, collaboratrice de Pierre Meunier sur plusieurs créations, qui entreprend de reconstruire, à plat sur la scène, une nouvelle structure à partir des débris, avec l’aide de spectateurs sollicités pour cette entreprise. Ces deux aspects, placés sous le signe de l’humour et de la tendresse, ouvrent sur une dimension métaphorique et interrogative de l’état du monde. Détruire pour balayer l’horizon et échapper aux contraintes et obsessions ancrées dans un système, puis tenter de rétablir (ensemble) les possibilités incertaines d’une nouvelle existence, pour laquelle ce spectacle atypique, tonique et jubilatoire, laisse logiquement des points de suspension auxquels chacun peut tenter de répondre.

Les textes de Pierre Meunier sont publiés aux Solitaires intempestifs

Photo © Pierre Grosbois

Buffet à vif, conception et interprétation, Marguerite Bordat, Raphaël Cottin, Pierre Meunier, production La Belle Meunière et La Poétique des signes. Durée : 1 heure. Théâtre de la Bastille jusqu’au 1er juillet 2016.

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