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Critiques / Théâtre

Britannicus de Jean Racine

par Corinne Denailles

Intrigues de palais et amours en otage

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Ah que les fils sont ingrats ! Regardez ce Néron qui voit rouge pour une histoire d’amour et écarte d’un revers de main, un peu brutal, celle qui lui a donné le jour, qui l’a cajolé, qui lui a tracé un avenir de rêve, l’a porté à bout de bras, allant jusqu’à usurper la place légitime de son demi-frère Britannicus pour y asseoir le petit Néron. Pauvre Agrippine qui nourrit un serpent dans son sein ! Evidemment son Néron n’est pas dupe et a bien deviné que tant d’amour maternel n’était que le masque d’une aspiration démesurée à tout régenter dans l’ombre. De l’affrontement de ces deux monstres le fils sortira vainqueur, sans doute ayant bien appris des leçons maternelles. Le déclencheur de la tragédie, une histoire d’amour, évidemment. Néron est tombé raide amoureux de Junie, prise de guerre qu’il veut ravir à Britannicus et épouser. Le bon Burrhus aura beau tenter de l’en dissuader, il ne pourra empêcher Néron de commettre l’irréparable, excité par les délations du perfide Narcisse. Néron empoisonne Britannicus, allez ouste, du balai ! Junie, épouvantée et désespérée se donne la mort et Agrippine n’en mène pas large.

La scénographie de Stéphane Braunschweig mise sur un mélange de sobriété et de spectaculaire en noir et blanc avec un jeu de portes assez esthétique qui exprime bien l’esprit des lieux dominé par la suspicion, les intrigues et l’espionnite aigüe. C’est autour d’une imposante table de réunion que se font et se défont les alliances, que se manigancent les intrigues de nos palais.
Probablement gênés par le parti pris quelque peu rigoriste de la mise en scène, certains acteurs semblent engoncés dans la magnifique langue de Racine. Malgré son grand talent, Dominique Blanc ne semble pas bien à l’aise dans son costume de cadre supérieur ; son élocution un peu empruntée surprend, son jeu monochrome ne restitue pas la complexité et la violence du personnage d’Agrippine, femme de pouvoir redoutable, abattue en plein vol par son propre fils. Laurent Stocker incarne un Néron visiblement dérangé mais qui n’effraie pas vraiment car très en retrait, très retenu. Hervé Pierre donne à Burrhus une belle humanité, inattendue dans ce monde de brutes. Stéphane Varupenne incarne un doux Britannicus tendrement amoureux de la belle et lumineuse Junie interprétée à merveille par Georgia Scalliet qui magnifie les vers de Racine dans une diction chargée de sensibilité, alliance parfaite de tension intérieure et d’émotion. Si la mise en scène et la direction d’acteurs mettent en valeur l’intrication des jeux de pouvoir et des jeux amoureux, elles frisent parfois le guindé et brident l’expression des émotions et le souffle tragique de la pièce. Néanmoins le spectacle reste de haute tenue.

Britannicus de Jean Racine, mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig ; lumières Marion Hewlett ; son, Xavier Jacquot ; avec Clotilde de Bayser, Laurent Stocker, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Georgia Scalliet, Benjamin Lavernhe, Dominique Blanc. Elèves comédiens : Théo Comby Lemaitre, Hugues Duchêne, Laurent Robert. A la Comédie-Française jusqu’au 23 juillet 2016 à 20h30. Durée : 2h. Résa : 01 44 58 15 15.

Photo Brigitte Enguérand

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