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Critiques / Théâtre

Berlin Kabarett de Stéphane Druet

par Corinne Denailles

Une évocation aux sombres échos

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Fille d’un diplomate puis armateur américain et d’une comtesse aux origines cosmopolites, Marisa Berenson, d’abord mannequin, a tourné peu de films mais avec de grands réalisateurs qui l’ont rendue célèbre (Mort à Venise de Luchino Visconti, Cabaret de Bob Fosse, et surtout Barry Lindon de Stanley Kubrick). Elle est la tenancière du cabaret imaginé par Stéphane Druet personnage très différent de celui qu’elle incarnait dans Cabaret, plus sombre, plus complexe.
Pour l’occasion, la petite salle en sous-sol du théâtre s’est transformée en véritable cabaret des années 1930. Les fauteuils ont laissé place à des tables où l’on peut consommer pour de vrai. Un orchestre accompagne le spectacle avec des musiques de Kurt Weill, entre autres, évidemment. Une loge dissimulée derrière un rideau. Il fait chaud, très chaud dans cette ambiance discrètement enfumée. Stéphane Druet (heureux lauréat des Molières 2018 pour son Histoire du soldat), assume les références telles les images du film de Bob Fosse, L’Opéra de quat’sous de Brecht ou encore l’Ange bleu immortalisé par Marlène Dietrich. Le cabaret des années 1930 en Allemagne, c’est un lieu interlope où se croisent artistes et nazis, c’est l’expression de la décadence d’une société qui est en train d’enfanter un monstre. Femme d’autorité, Kirsten dirige la boîte sans aucun état d’âme ; elle abrite artistes juifs ou homosexuels tout en « rendant des services » aux nazis en échange de protection ; pour finir, quand le national-socialisme prendra le pouvoir, elle perdra la main et sera contrainte à la dénonciation de ceux qu’elle protégeait. Avait-elle le choix ? Vaste question. Le metteur en scène propose une évocation qui fonctionne bien d’un point de vue esthétique et résonne sombrement aujourd’hui, quand les nationalismes de tous poils renaissent un peu partout.
Au cœur du spectacle, un personnage et un artiste sidérant, Viktor, le fils travesti de Kirsten, interprété par l’Argentin Sebastiàn Galeota, complice de Stéphane Druet depuis une dizaine d’années. Il est chanteur, danseur, acrobate, chanteur, animé d’une énergie débordante. Au cinéma on dirait qu’il crève l’écran. Il a une présence folle, un regard noir intense, un corps magnifique, élégant, d’une grâce subtile. Il exprime à lui seul toute la dureté, la désespérance et la décadence de l’époque qu’il masque derrière une bonne humeur de façade et une vitalité incroyable. Le spectacle lui doit beaucoup.

Berlin Kabarett de Stéphane Druet. Musiques de Kurt Weill, Stéphane Corbin ; costumes, Denis Evrard ; lumières, Christelle Toussine ; scénographie, Stéphane Druet. Avec Marisa Berenson, Stéphane Corbin en alternance avec Simon Legendre, Sebastiàn Galeota, Jacques Verzier ou Hugo Chassaniol, Victor Rosi. Au Poche-Montparnasse jusqu’au 15 juillet du jeudi au samedi à 21h, dimanche à 17h30. Durée : 1h20. Résa : 01 45 44 50 21.

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