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Critiques / Festival

Bartleby le scribe, une histoire de Wall Street d’Herman Melville

par Corinne Denailles

Je préfèrerais pas

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Grand débat sur la traduction du célèbre « I would prefer not to » du scribe Bartleby. Daniel Pennac et le metteur en scène François Duval ont choisi la version « je préfèrerais pas ». D’aucuns lui préfèrent « j’aimerais mieux ne pas » ou « je préfèrerais ne pas », écho de la syntaxe anglaise, signe extérieur plus flagrant de l’étrangeté du personnage qui, au terme de la courte nouvelle d’Herman Melville, reste un mystère clos sur lui-même. Ainsi, sans tapage, le scribe décline poliment, sur un ton de grande douceur, toutes les demandes de travail du notaire qui l’emploie. De refus en refus, Bartleby, lointain cousin de Meursault, l’étranger de Camus, s’enfonce irrémédiablement dans sa solitude à force de résistance passive, jusqu’à disparaître totalement, emportant avec lui la clé de son mystère. Son histoire se prête à tant d’interprétations sans qu’aucune ne soit satisfaisante, qu’on finit par penser que telle est sa fonction, susciter l’interrogation. Qui est-il celui-là qui refuse de jouer le jeu des hommes ? un fou ? Ce récit est-il une critique de la société ? une parabole kafkaïenne, philosophique, psychanalytique, biblique, pourquoi pas ? Ce qui intéresse Melville, ce sont les effets produits par un élément perturbateur. Bartleby est aussi une expérience littéraire.

Une belle lecture

En plein cœur de Wall Street, dans l’étude du notaire où s’agitent les deux clercs en place dont les noms, Dindon et Pincettes, renseignent sur l’image que l’auteur entend donner d’eux (et sur la dimension comique du texte), la seule présence muette de cet être transparent bouleverse l’ordre des choses. On ne sait ce qui touche et inquiète le plus du destin tragique de ce jeune homme ou des efforts du notaire pour entrer en communication avec lui, comprendre cette situation invraisemblable qui le conduira à déménager pour tenter de se séparer de ce fantôme d’homme. Mais en vain, et quand, lors d’une visite dans le parc de la prison où il est désormais enfermé, il le trouvera inanimé, la culpabilité finira de l’accabler.
Le texte de Melville a souvent séduit les metteurs en scène. Stéphanie Chévara (2003), David Géry (2005) en avaient donné des versions différentes mais toujours subtiles. C’est ici à une lecture, à peine mise en espace, que nous convient François Duval et Daniel Pennac. Sans aucun doute, l’écrivain est un grand lecteur, mais il semble tant démangé par l’art du théâtre qu’on aurait aimé qu’il aille plus loin, qu’il prenne quelques risques avec ce texte qui l’accompagne depuis toujours et dont il a probablement exploré les bouches d’ombre.

Bartleby le scribe, une histoire de Wall Street, d’Herman Melville, d’après la traduction de Pierre Leiris, mise en scène François Duval avec Daniel Pennac au théâtre du chien qui fume à 19h10. Tel : 04 90 85 25 87. Durée : 1h

© BM Palazon

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