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Arlette Téphany, une grande figure du théâtre

par Gilles Costaz

Elle s’est éteinte à l’âge de 83 ans, le 31 juillet.

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Une grande figure du théâtre français vient de disparaître : Arlette Téphany, qui était née à Marseille en 1935. Après son passage par le Conservatoire de Paris, elle fut l’actrice phare de la compagnie de Guy Rétoré, la Guilde, au Théâtre de l’est parisien dont elle fut la co-fondatrice. Son interprétation de Jenny des lupanars dans L’Opéra de quat’sous, en 1969, fut tout à fait marquante. S’étant éloignée du TEP, elle fit du cabaret puis créa, avec Pierre Meyrand, la compagnie Théâtre en liberté, en 1974. Ce furent, pour le duo Téphany-Meyrand, de belles et héroïques années qui comprirent plusieurs chapitres : une longue présence au théâtre de Chelles, puis la direction du Centre dramatique du Limousin rebaptisé la Limousine, où tout se déroula dans un merveilleux acord avec le public (artisans exemplaires de la décentralisation, ils emmenaient leur troupe jusque dans les granges de la région), et enfin une nouvelle vie d’indépendance. Après la mort de l’immense comédien qu’était Pierre Meyrand, en 1999, Arlette Téphany fonda la compagnie ATPM. Elle ne connut pas de succès aussi fracassants que Les affaires sont les affaires de Mirbeau monté avec Meyrand en 1995, mais elle poursuivit sa voie de partage et de défrichage qui fut toujours la sienne. Douce, élégante, sensible, elle était à la fois une actrice d’un merveilleux éclat humain et un metteur en scène d’une finesse égale devant les classiques et les créations modernes qu’elle ne négligea jamais – alors que le système pousse chacun à préférer le répertoire. Obaldia, Dürrenmat, Bernhard, Nothomb, Duras sont certains des auteurs qu’elle sut monter avec sa grande intelligence des mots et du plateau. Il faut aussi la voir dans son contexte familial, proche de son frère Jacques Téphany et son neveu Julien Téphany, eux aussi artisans de théâtre, et dans leur activité multiple dans les lieux importants comme dans les salles les plus minuscules.
Ces dernières années, elle se consacra surtout à l’enseignement, au cours Périmony. Très engagée et solidaire, elle fut active au sein du Syndicat français des acteurs et participa fortement à la renaissance du Gala de l’Union des artistes. Si l’on veut retrouver sa voix sur YouTube, on peut l’entendre chanter, d’une voix assez canaille, Je n’aime que moi, qu’elle avait enregistré il y a fort longtemps pour un spectacle et un disque d’oeuvres de Boris Vian. C’est une facétie du destin. Car Arlette Téphany aimait passionnément les autres, et l’a prouvé tout au long d’une splendide carrière altruiste et aimante.

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4 Messages

  • Arlette Téphany, une grande figure du théâtre 2 août 16:47, par Jacques Téphany

    Merci Gilles pour ce beau et complet regard sur Arlette. Tu n’as rien omis ni oublié de la merveilleuse personne qu’elle était. Son travail pédagogique auprès des élèves du cours Périmony fut, pour elle, comme un troisième souffle dans la vie, ce qui n’est pas donné à tous. Elle nous laisse dans un vide inimaginé, inimaginable. De tels témoignages consolent de l’absence. Encore merci, Gilles. Si tu veux bien je lirai ces lignes lors de la cérémonie de mardi à Cavaillon, elles sont plus claires et nettes que ce que j’aurais pu faire.
    Toute ma vieille amitié vole vers toi.
    Jacques.

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  • Arlette Téphany, une grande figure du théâtre 2 août 19:09, par Gilles Costaz

    Je suis très sensible à ton message, cher Jacques. Non, le portrait n’est pas complet. Mais c’est l’image de ce que j’ai perçu et aimé chez Arlette Téphany. Si un peu de ce texte est lu aux obsèques, j’en serai honoré et me sentirai plus près de vous tous.

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  • L’un des derniers élèves... 2 août 20:38, par Georges Fichet

    J’ai la chance et le privilège d’avoir été l’un de ses derniers élèves à l’Ecole Périmony. Peut-être pas le plus brillant car je vais devoir repasser une audition le 10 septembre pour accéder à la seconde année. Dans le jury, un fauteuil sera cruellement vide... Mais je peux me vanter d’avoir été l’un des élèves les plus assidus à son cours de diction. Parfois, nous n’étions que 3 ou 4 à y assister et à profiter de son expérience et de ses connaissances. Je la reverrai toujours sortir de son taxi, marcher d’un pas lent avec sa canne vers la salle de cours. Dès qu’elle nous apercevait, son visage s’illuminait et elle semblait alors oublier ses maladies, ses souffrances et son handicap. Elle n’avait sûrement pas besoin d’enseigner pour vivre mais le faisait par passion et amour des futurs jeunes comédiens. Pour elle, j’ai eu envie de réécrire Faust : mais au lieu de vendre mon âme au diable pour retrouver une jeunesse éternelle, je l’aurais fait pour qu’Arlette retrouve elle, la santé et la jeunesse éternelle...

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  • années jeunesse à marseille d’Arlette Tephany 22 août 18:39, par Françoise Autran Mailhol

    Très proche d’Arlette durant notre scolarité au lycée Longchamp à Marseille, témoin de son amour du théatre et de ses études au conservatoire de cette ville dans la classe de Claude Lehman . Elle m’a fait part de sa passion en me décrivant sa vie d’après Marseille dans une correspondance entretenue pendant quelque temps . Ce n’était pas Arlette , mais "Tephany" comme J’étais "Mailhol" ainsi que nous appelait notre prof de lettres Mme Grand ! un épisode de la vie d’Arlette Téphany .....

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