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Apologie d’un mathématicien par le théâtre Complicite

par Gilles Costaz

Le grand art de Simon McBurney

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Qu’est devenu Simon McBurney, le directeur de la compagnie Complicite (en fait le mot Complicité choisi en hommage au théâtre français où McBurney s’est formé, mais les Anglais n’utilisent pas d’accent !) ? Ce très grand metteur en scène, dont nous avons tant aimé Mnemonic ou la version de Le Maître et Marguerite de Boulgakov qui ouvrit le festival d’Avignon en 2012, est comme aspiré par le monde anglophone, mais on le retrouvera cet été à Aix-en-Provence et, plus tard, aux Gémeaux de Sceaux. L’un des moyens de suivre sa trajectoire est de lire le texte français, par Florient Azoulay et Wilfred Bosch, d’Apologie d’un mathématicien (A Disappearing Number) qui vient de paraître – texte d’un spectacle de 2007, qu’on a pu voir à Nanterre en 2008.
Le spectacle part d’une histoire vraie et extraordinaire. En 1914, un maître de mathématiques, à Cambridge, reçoit une lettre d’un jeune Indien inconnu, Srinivasa Ramanujan. Cet employé, travaillant dans l’administration à Madras, envoyait un paquet de formules mathématiques qui ne payaient pas de mine, dans leur présentation un peu grossière, mais étaient stupéfiantes. C’étaient les découvertes d’un génie. Le professeur anglais invita l’inconnu qui, bravant les interdictions de castes, vint travailler à Cambridge. L’homme était un modeste mais tout à fait génial mathématicien. Il eut le temps de produire quelques avancées importantes mais mourut assez jeune. La pièce, que Simon McBurney a signée du nom de son équipe (Complicite), est constituée d’allers et retours entre plusieurs temps et plusieurs lieux de civilisation. Dans la première scène, qui se passe à l’époque actuelle, un homme d’affaires s’éprend d’une scientifique qui enseigne les théorèmes de Ramanujan et part en Inde sur ses traces – elle mourra là-bas. Ces différentes trames se croisent, constituant un récit multiple où s’opposent différentes formes de pensée et où s’inscrit une série d’étapes de notre Histoire.
Dans la belle traduction, si juste, si vive, de Florient Azoulay et Wilfried Bosch, l’œuvre de Simon McBurney n’est pas seulement un formidable texte pour des représentations fondées sur la polyphonie des langages et des techniques mais aussi une pièce d’une ample dimension, complexe et simple, savante et émouvante. Un tel texte pourrait être monté par d’autres équipes, prendre d’autres formes théâtrales. Puisque le thème des mathématiques nous y invite, l’on dira que l’infiniment petit et l’infiniment grand se sont, ici, donné rendez-vous.

Apologie d’un mathématicien (A Disapppearing Number) par Complicite et Simon McBurney, traduit de l’anglais par Florient Azoulay et Wilfried Bosch, préfacé par Marcus du Sautoy. La Table Ronde, 120 pages, 18 euros.

Photo Stéphanie Berger / Corbis.

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