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André Marcon

par Dominique Darzacq

Très singulier Chevalier dans les filets de la Locandiera

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Vingt cinq ans après le mémorable Mariage de Figaro au Théâtre de Chaillot, André Marcon retrouve Dominique Blanc au Théâtre de l’Atelier où est présentée à partir du 6 septembre La Locandiera de Goldoni mise en scène par Marc Paquien. Une comédie cruelle où les larmes affleurent sous le rire et où l’on voit Mirandolina, séduisante et spirituelle aubergiste, tendre les filets dans lesquels finit par se prendre un chevalier qui se clame l’ennemi juré des femmes. Un personnage bien singulier qu’André Marcon, de la distance à la brûlure, dessine d’un trait tout à la fois sobre et vibrant.

Un rôle façonné par touches « comme un peintre compose un tableau », sans autre idée préalable que l’attention à l’œuvre. « La seule décision que je prenne est de ne pas en prendre, de ne pas décider que le personnage aura telle ou telle couleur, mais intérioriser le texte de manière que ce soit la parole de l’auteur qui dicte son comportement, son état d’esprit » explique André Marcon pour qui, seul ce travail « d’ardente patience », permet de renouveler sans cesse l’approche du personnage, de ne pas « refermer le rôle sur des mécanismes mais au contraire continuer à se laisser surprendre » et, pour être surpris et que le spectateur le soit aussi, « il faut laisser la parole décider ».

La tonicité comique de Goldoni

Ici, précisément, celle de Goldoni à laquelle « pourrait s’appliquer la remarque de Ricardo Mutti à propos de la parole verdienne : Nette et galbée comme une sculpture de Michel Ange », estime André Marcon, séduit non seulement par un Goldoni « au regard clinique empreint d’humanité dont la plume sans fioriture révèle d’un trait précis chaque personnage », mais aussi par l’architecture d’une pièce « construite tel un édifice, réplique après réplique, où tout est organique et nécessaire, pulsé sans bavardage par une tonicité comique ».

Si dans cette auberge, où Mirandolina agence ses pièges, Goldoni y fait se rencontrer toute une population bigarrée et y oppose un comte parvenu et un marquis désargenté, « ce n’est pas pour se livrer à une quelconque analyse sociologique, mais pour régler quelques comptes en se moquant d’une société installée, soit dans les titres, soit dans l’argent ou encore dans les principes », tel ce Chevalier qui se refuse à tout commerce avec les femmes. Mais si Goldoni raille, il le fait « sans s’ériger en juge. Ainsi fait Molière, ainsi fait Tchékhov. Après, dans le travail, on a peut-être tendance à se croire plus intelligent que l’auteur, à juger le personnage, mais Goldoni, lui ne juge pas. La souffrance du Chevalier est bien plus réelle que sa misogynie. Elle n’est qu’un masque qu’il porte devant lui. Cependant, c’est toujours par la fenêtre du rire que s’échappent les strates de la douleur et de la mélancolie »

Une place publique pour berceau de vocation

De Planchon à Luc Bondy en passant par Lassalle, Vincent, Lavaudant, Grüber, l’itinéraire d’André Marcon suit les contours d’un paysage théâtral haut de gamme qu’il a, par sa présence d’acteur singulier au jeu sobre et dense, contribué à dessiner. Pour autant, il ne faut pas attendre de lui quelques effets de manche. Rebelle à l’emphase, à la ville comme à la scène, André Marcon n’est pas de ceux qui s’épanchent. Peu enclin à parler de soi, il préfère parler de ses rencontres marquantes et dont il faut entendre qu’elles l’ont enrichi. Celle du metteur en scène Klaus Michael Grüber, « une manière de poète qui ne faisait pas de direction d’acteurs, mais leur demandait d’assister à son étreinte amoureuse avec l’auteur », en l’occurrence Büchner pour La Mort de Danton . Celle aussi et surtout de Michel Bouquet avec qui il a joué « No man’s land » de Pinter mit en scène par Roger Planchon. « En tournée, nous étions toujours ensemble. Pendant trois mois, je l’ai écouté me parler magnifiquement du théâtre et de l’art de l’acteur. Cette rencontre a été pour moi aussi importante que celle de Jean Dasté, je retrouvais la même exigence devant l’œuvre et le spectateur ».

Jean Dasté, fondateur de la Comédie de Saint-Étienne et père d’une décentralisation qui cultivait les utopies du théâtre populaire, était tout à la fois maître et sourcier des vocations et parmi celles-ci, celle du stéphanois André Marcon, « j’avais dix ans lorsque je l’ai vu jouer sur une place publique, immédiatement j’ai su que c’était là, dans cette lumière là que je voulais être ». Une curieuse lumière en effet qui fait disparaître la personne au profit du personnage. « Jouer est une façon de se débarrasser un peu de soi » .

De la Comédie de Saint-Étienne où il fit ses débuts, au TNP Villeurbanne où il resta trois saisons pour y jouer Shakespeare, Molière et Pinter, en passant par Le Théâtre Eclaté d’Annecy dont il fut avec Alain Françon, Evelyne Didi et Christiane Cohendy, un membre fondateur, ce fut d’abord pour André Marcon la vie en troupe. Des moments appréciés qui n’empêchent pas l’envie d’aller y voir ailleurs, de faire des détours par le cinéma pour lequel « il n’a aucun mépris » et travaille ses rôles comme au théâtre, « j’ai le même respect pour les répliques de cinéma, si pauvres et banales soient-elles, que pour un vers de Racine ». Au total une quarantaine de films avec, notamment, Coline Serreau, Jacques Rivette, Alain Tanner, Olivier Assayas.

Un attachement amoureux aux auteurs

Si au cinéma c’est le réalisateur qui détermine les choix, « c’est lui qui crée l’œuvre », au théâtre c’est l’auteur, c’est à lui que va en priorité les attachements d’André Marcon, et bien sûr à Valère Novarina, auteur au verbe comme pris de boisson , dont la plume semble une cornue en fusion et dont il est un des rares à en extraire les pépites du sens. Depuis Le Monologue d’Adramélech en 1984 , « qui fut un choc et un éblouissement immédiat », le comédien n’en finit pas d’explorer ce « théâtre pour l’oreille » qu’il sait prendre le temps d’écouter et dans lequel il se sent chez lui. « Ce délire à la fois comique et pathétique, cette parole pulsée par le trognon était celle que j’attendais ». Heureux de sa rencontre avec Novarina , « travailler avec des auteurs de son temps est capital », il ne l’est pas moins de son compagnonnage avec Yasmina Réza de qui il a joué trois pièces. Auteure habile à habiller de drôlerie la désespérance, « mal comprise en France », en qui il voit, « puisqu’il faut bien des grands témoins », un subtil mélange de Labiche et Tchékhov. « J’aime sa capacité à être dans le temps présent » remarque André Marcon qui jouera la saison prochaine dans la nouvelle pièce de Yasmina Réza, Comment vous raconter la partie.

Mais pour l’heure, et sans qu’il y ait contradiction tant est réel « l’attachement amoureux pour l’auteur qu’on joue », le comédien est, de toutes ses fibres, goldonien, s’enchante tout à la fois du plaisir de faire rire, « la récompense suprême pour un comédien », et d’une comédie qui s’offre « comme une polyphonie des sentiments ».

Un "octuor" scintillant que, de toute évidence, Goldoni a écrite en imaginant André Marcon dans le rôle du Chevalier et Dominique Blanc dans celui de Mirandolina. Ce qu’avait sans doute deviné Marc Paquien, qui a su les entourer d’une troupe à l’unisson, et pour qui remettre face à face ces deux-là vingt cinq ans après est aussi une manière « de donner corps et réinvestir autrement la mémoire du théâtre ». Un investissement dont les dividendes sont versés cash en éclats de rire sertis d’un subtil et brillant plaisir de pur théâtre.

Au théâtre de l’Atelier à partir du 6 septembre tel 01 46 06 49 24 .
www.theatre-atelier

crédit photo Artcomart

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