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Alexandre Tharaud défie Glenn Gould

par Olivier Olgan

50 ans après Glen Gould, Alexandre Tharaud livre sa version des Variations Goldberg au disque et en images sur Arte le 8 novembre à 18H.

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Avec ses Variations Goldberg, Alexandre Tharaud a osé aller plus loin même s’il avait de quoi être intimidé par ce qu’il considère comme un « sommet de la littérature pour clavier » déjà enregistré par les plus grands avec les instruments les plus divers (clavecin, orgue, orchestre, ou formation de jazz). Il délivre une intégrale avec l’ensemble des reprises, soit plus de 75 minutes de musique au disque (cd Erato) avec des tempi que certains, habitués voire obnubilés par ceux de Gould (et de quelques autres) ne lui pardonneront pas.

Il s’est aussi engagé à les inventer en images avec la complicité du réalisateur Stéphane Aubé - le film du dvd accompagnant le cd est diffusé le 8 novembre sur Arte-, n’hésitant pas à utiliser le playback pour autoriser des plans et des travellings audacieux impossibles lors d’un enregistrement direct pour ce qu’il nomme « un travail cinématographique en studio ».

Autant dire que pour cet engagement artistique total, Alexandre Tharaud a pris tous les risques. Celui d’abord de prendre sept mois sabbatique sans concert pour se donner du temps et de l’espace pour les méditer, même si ces variations constituent depuis sa jeunesse un accompagnement quotidien, elles sont les premières notes qu’il joue pour se mettre en doigts. Ensuite il a peaufiné en concert l’énergie nécessaire pour les murir avec un public différent pour en palper la moindre réaction et y répondre. Pour les capter enfin au disque, il s’y est repris à deux fois, à deux mois d’intervalle pour là aussi en maitriser les impacts sur son jeu, afin ne pas être à la merci d’un changement d’humeur, ou d’une déconvenue post studio face à ce kaléidoscope si mouvant. Le pianiste investit les 30 variations comme autant de portraits de l’âme, comme autant de facettes de l’humanité. Ni tout à fait la même ni tout à faut une autre comme disait Baudelaire. C’est dire l’humilité qui s’empare de l’interprète qui tente de les apprivoiser comme des êtres chers, tantôt lointains, tantôt si proches. Car c’est bien une leçon de vie à laquelle nous convie Tharaud, celle de la réinvention permanente d’un cycle transcendant un thème ‘excessivement simple’. « Ni mort, ni naissance, les Goldberg ne s’arrêtent jamais » annonce d’emblée le pianiste au début du film en guise d’introduction.

Inviter l’image

Autre paradoxe, inviter l’image. Cet artiste qui n’aime pas se voir ou qui estime que la musique d’opéra sera toujours plus puissante qu’une mise en scène a accepté de faire un film de son corps à corps avec les Goldberg. C’est comme cela que la caméra du réalisateur Stéphane Aubé le capte : faisant corps avec son instrument, filmé sous tous les angles, des plus vertigineux (sous les mains ou devant les doigts, au cœur du piano avec les marteaux en action) aux plus poétiques (flouté, ou baigné d’une lumière irradiante). L’image est ici au service de la musique, tentant d’en capter la fabrication au cœur de la machine pianistique et d’en proposer à travers un montage très serré, inspiré du film d’action, une architecture cohérente. Aucune mièvrerie dans ce travail de la matière sonore et visuelle. Le résultat en fera peut être hurler certains (au prétexte que l’image perturbe plus qu’elle n’implique, que le playback perceptible renforce un certain maniérisme du musicien) , mais il fera aussi découvrir d’autres facettes passionnantes impossibles à voir pendant un concert : la virtuosité du pianiste pour surmonter les croisements de doigts (l’œuvre a été écrite pour deux claviers), les multiples atmosphères possibles au fil des variations, le travail mécanique du piano, …. Le film plonge l’auditeur « dans une immense arche constitué de la première à la dernière note, revendique Tharaud, « qui nous dépasse tous, proche de la transe, qui provoque une forme de méditation particulière, presque sacrée. » Il faut saluer l’audace du pianiste et du réalisateur qui arrivent à gommer l’aridité présumée de ces Goldberg pour plonger l’auditeur dans une véritable métamorphose musicale, aux multiples perspectives et recommencements.

Le film de Stéphane Aubé sera diffusé sur ARTE le 8 novembre à 18h

Dates de tournée
• 12 novembre, Divonne, Esplanade du Lac http://www.ferney-voltaire.fr/agendas/variations-goldberg-bach
• 23 novembre, Paris : Philharmonie 1 http://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/recital-piano/15187-alexandre-tharaud
• 1er décembre, Le Havre, Le Volcan http://www.levolcan.com/spectacles/alexandre-tharaud
• 2 février 2016, Rouen, Théâtre des arts, http://www.operaderouen.fr/saison/15-16/alexandre-tharaud/
• 5 février 2016, Aurillac, Théâtre, http://www.aurillac.fr/theatre/index.php/2015/08/20/carte-blanche-a-alexandre-tharaud/

• 15 mars 2016, Bordeaux, Opéra-Théâtre, http://www.opera-bordeaux.com/detail-spectacle/concert-3/alexandre-tharaud-1003/15-16-12.html
• 2 juillet 2016, Opéra de Versailles, http://www.chateauversailles-spectacles.fr/spectacles/tags/alexandre-tharaud

photos : Stéphane Aubé - Marco Borggreve

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