Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes (23 è édition), du 19 au 28 septembre 2025, Charleville-Mézières - Ardennes, Grand Est, marionnette.com

Alcool, marionnettes à fil, théâtre visuel, cpgnie Méandres. Texte Marguerite Duras, mise en scène Aurélie Hubeau,

Quand l’alcool assombrit l’existence, croyant éclairer celle-ci.

 Alcool, marionnettes à fil, théâtre visuel, cpgnie Méandres. Texte Marguerite Duras, mise en scène Aurélie Hubeau,

Marguerite Duras a l’art de mettre en majesté les maux de la boisson. Alcool d’Aurélie Hubeau, spectacle en diptyque, est une traversée sensorielle de l’ivresse - enivrement - inspirée par La Population Nocturne et L’Alcool.

L’alcool s’impose pour l’auteure en tant que sujet scénique Parce qu’il traverse nos vies, nos fêtes, nos blessures et nos solitudes. Parce qu’il habite nos histoires personnelles et nos récits collectifs.
Soit une plongée radicale de tension, d’angoisse et d’appréhension de l’expérience à la fois douloureuse et euphorique du voyage amer de la dépendance, intime et universelle - l’ivresse et le sentiment de la perte, fascination et destruction.

Le premier tableau explore les méandres du delirium tremens où troubles et altérations des sens surgissent, quand la raison bascule pour laisser place à des visions et hallucinations - un déploiement de feux d’artifice sur l’espace scénique et mental à travers une composition visuelle et sonore hypnotique. Couteau sanglant, voeu de tuer l’infirmière pour un prétendu rapt de bagues.

Dans l’obscurité d’un espace mouvant au sol noir glacé et aux mille reflets, les apparitions lumineuses s’imposent au regard - visions incertaines rêvées, surprise de vignettes lumineuses et d’installations miniatures - plante d’appartement, chaise, table et lampe du soir, chien endormi ou peluche familière, symboles d’un confort d’appartement, si tout allait bien, sans intrus.
On pense pénétrer dans l’appartement de la rue Saint-Benoît à Paris, même si ont été évoquées les longues semaines solitaires dans la maison de Neauphle-Le-Château, avant les week-ends tant attendus des visites festives d’amis. Or, en même temps, l’espace sonore semble saturé de bruits rudes et claquants, des portes métalliques qui se ferment, à la manière des créations sonores de Bob Wilson, les allées et venues furtives du personnel soignant de l’hôpital Laennec ou de l’Hôpital américain ; un brouhaha entêtant agressif. Sans oublier le tambour d’une machine à laver qui tourne comme les jours. Une spatialisation immersive - auditive et sensorielle -, où le spectateur devient la proie de visions et de mots évocateurs, subversifs et dérangeants.

La tension du malaise est intense : il est dur de vivre avec l’alcool, et encore davantage si l’alcool vient à manquer pour celle qui boit jour et nuit, toutes les deux heures, jamais saoule toujours tenace et droite. Entre les hallucinations à l’hôpital comme chez elle, Marguerite souffre et fait souffrir les autres autour d’elle, le compagnon Yann Andréa d’abord et les amies qui la visitent, Michèle Manceaux, Michelle Porte… au milieu de cette Population Nocturne.

Quant au second tableau - L’Alcool  -, il met met en scène une marionnette funambule en équilibre sur un fil, puis marionnette à fils horizontaux, incarnation d’une figure féminine partagée entre la nécessité de boire pour exister et celle d’arrêter pour vivre. Une confession lucide où l’ivresse est éprouvée comme une passion néfaste, nuisible, destructrice et toxique entre Boire encore ou encore vivre… Un trait de lumière fend la scène, une marionnette miniature avance sur le fil éclairé au-dessus du vide.
Un joli rappel paradoxal de La Petite Danseuse de quatorze ans de Degas, une silhouette fragile et élégante, légère comme le début de la vie, qui évolue dans l’espace, sans attaches, livrée aux souffles inattendus de l’existence. Vacillements, vertiges, glissades, chutes évitées et effondrements.sur le fil fragile ; puis, danse de la figurine dans les airs grâce aux fils horizontaux - une tension existentielle revendiquée afin de toujours tenir la station debout.

L’alcool pallie l’absence de Dieu, le manque d’instance spirituelle qui élève l’âme : il fait résonner en soi le silence et la solitude, il donne l’illusion de la création, comme si on redevenait Dieu. Duras pose des mots clairvoyants sur une passion inextinguible.

Un beau spectacle d’exigence et de rigueur qui fouille à plaisir l’imaginaire.

Alcool, marionnettes à fil, théâtre visuel, cpgnie Méandres. Texte Marguerite Duras, mise en scène Aurélie Hubeau, marionnettes Elise Combet, Ionah Mélin, création sonore Maxime Lance, Vivien Trelcat (du collectif Sonopée), avec la voix de la comédienne Anne See, création marionnettes Paulo Duarte, Michel Ozeray, lumières Aurélie Hubeau Ionah Mélin.
Crédit photo : Michel Ozeray

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Véronique Hotte

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