Du 19 septembre au 3 octobre, 19h30, les samedis à 17h, relâche le 24 septembre et le dimanche, au Théâtre de la Bastille 76, rue de la Roquette 75011 Paris. Tél : 01 43 57 42 14.

Affaires familiales d’Emilie Rousset.

La famille non plus comme affaire privée mais comme projet politique.

Affaires familiales d'Emilie Rousset.

Les archives judiciaires sont une somme de récits de vie d’anonymes qui font l’Histoire. Les violences intra-familiales, les droits des familles LGBT+, les luttes pour l’égalité femme-homme, ont « en vrai » des noms et des visages.
En héritage, pour la plupart, une vision traditionnelle de la famille : le vecteur du rapport de domination, entre adultes et enfants, entre hommes et femmes. Avec pour repère encore en 2025, un code civil napoléonien datant de 1804.

Avec des allers-retours entre plateau, recherche documentaire et écriture, la metteuse en scène solaire Emilie Rousset privilégie l’archive et l’enquête documentaire, inventant des dispositifs où les interprètes incarnent les paroles collectées, soit un montage décalé entre document et théâtre.
Le spectacle expose le système judiciaire comme espace de transformation de la parole. À la rencontre d’avocates et justiciables en Europe, Affaires familiales retrace des récits intimes confrontés au droit : divorce, filiation, violences, héritage - un espace où la parole croise le récit personnel et la loi.
Sept actrices et acteurs européens rejouent ces rencontres, incarnant les voix et les corps de ces histoires qui interrogent la société - une avocate spécialisée dans les enlèvements d’enfants, une avocate experte en droit des familles LGBT, le père italien d’un enfant né par GPA, une policière de la Mossos d’Esquadra, des dénonciations d’incestes réduites au silence, des victoires devant la Cour européenne des droits de l’homme... Ces dossiers exposent une justice mise à la question à l’époque des évolutions sociales.

L’ espace bi-frontal, conçu par la scénographe Nadia Lauro, est une page blanche - vagues et volumes - habitée par les interprètes et leurs récits, où sont aussi projetés des fragments de film. Soit un croisement des regards - interprètes, spectateurs, images. Le public est en vis-à-vis, comme dans une salle d’audience, les vidéos fragmentant le réel et le démultipliant.
Un même récit se déroule en plusieurs versions : personne filmée, interprète, montage. Reflets, angles, en écho à l’institution judiciaire qui découpe, rejoue et reformule. Le plateau est espace de relais des paroles, silences et regards.

Les interprètes Saadia Bentaïeb, Antonia Buresi, Teresa Coutinho, Ruggero Franceschini, Emmanuelle Lafon, Núria Lloansi, Manuel Vallade sont intensément présents à la situation jouée, expliquant, argumentant, s’adressant à la salle d’égal à égal, en sujets raisonnants. Ils sont en duo sur la page blanche déroulée, entre les monts et les vallées d’un paysage infini de page écrite mise à l’honneur et sur laquelle les locuteurs en montent et descendent les pleins et les déliés. La figure du justiciable/public demande à l’experte juridique la bonne compréhension des sujets douloureux abordés.

Des acteurs et actrices à l’aise dans leurs baskets, les femmes notamment, épanouies enfin, comme sûres d’elles-mêmes à la suite d’un combat qu’elles auraient remporté à la seule force de leurs convictions, tranquilles encore et apaisées, traduisant sans même s’en douter le bonheur plein d’être femme.

On pleure avec Saadia Bantaïeb qui interprète une avocate accompagnant une mère qui retrouve son enfant, enlevé par son père en Algérie depuis son jeune âge ; elle n’en accomplit pas moins un droit de visite en prenant l’avion… L’enfant qui aime son père - certainement élevé par sa grand-mère, comme souvent - veut tout savoir sur sa mère. Quand il reprend l’avion avec elle pour Paris, à l’âge de treize ans, il s’assoit sur les genoux maternels, devenu grand jeune homme qui lui caresse le visage comme un bébé, retrouvant enfin le fil de sa propre histoire et le bonheur d’avoir une mère.

Et que dire de l’inceste, toujours éludé ou écarté encore, quand l’enfant dans une garde partagée est finalement reconduit dans l’espace paternel criminel ?
Et arrêter de penser la famille comme une affaire privée, mais comme un projet de société : et « se souvenir que nous avons tous un pouvoir d’agir ».

Un spectacle conceptuel qui éclaircit les enjeux d’un combat existentiel.

Affaires familiales d’Emilie Rousset. Avec Saadia Bentaïeb, Antonia Buresi, Teresa Coutinho, Ruggero Franceschini, Emmanuelle Lafon, Núria Lloansi, Manuel Vallade. Conception, écriture, mise en scène Émilie Rousset, scénographie Nadia Lauro, musique Carla Pallone, collaboration à l’écriture Sarah Maeght, lumière Manon Lauriol, image Joséphine Drouin Viallard et Alexandra de Saint Blanquat. Du 19 septembre au 3 octobre, 19h30, les samedis à 17h, relâche le mercredi 24 septembre et les dimanches, au Théâtre de la Bastille 76, rue de la Roquette 75011 Paris. Tél : 01 43 57 42 14.

Crédit photo : Nadia Lauro

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Véronique Hotte

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