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Naissance d’un chef-d’oeuvre

par Corinne Denailles

Histoire d’une révolution

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La petite compagnie Mack et les gars s’est attaquée au projet monumental de restituer ce que fut la création en 1953 d’En attendant Godot, la pièce de Beckett devenue mythique. Le metteur en scène Stéphanie Chévara s’est appuyée sur quelques textes de référence pour faire se lever sur le plateau 31 les figures qui ont présidé à cet événement sans pareil. Elle a réussi ce pari audacieux d’en exprimer la genèse et les enjeux sans jamais céder au piège du didactisme.
A l’avant-scène se déroule la chronologie des événements ; derrière un voile, une scène, une rangée de fauteuil. Surgissent à travers des évocations poétiques, tapies dans la pénombre du souvenir, des éléments significatifs, les chapeaux melon, l’arbre, deux silhouettes, un fragment de texte, l’analyse d’un personnage par le metteur en scène à l’intention d’un acteur qui, effaré, refuse le rôle, l’agitation de la première, etc. Elle met en scène l’écrivain (fine interprétation de Barthélémy Goutet ) et sa femme Suzanne (Morgane Bader), Roger Blin (Laurent Collard) le premier à sentir l’intérêt exceptionnel du texte, Jean-Marie Serreau (très drôle Barthélémy Goutet) grâce à qui, au bout de quatre ans d’efforts, parfois désespérés, la pièce verra enfin le jour au théâtre de Babylone, occasionnant d’abord scandale et fauteuils cassés avant de remporter un succès phénoménal jamais démenti.
On partage les doutes de Beckett, les mystères du texte qu’il refuse de lever, à quelques exceptions près, parfois plutôt amusantes, les difficultés des choix de distribution, etc. On est plongé dans l’effervescence de la création et le spectacle distille une mine d’informations passionnantes. On apprend par exemple que l’idée de l’arbre est inspirée d’un tableau de Caspard Friedrich, Deux hommes contemplant la lune. Le clown Grock a été aussi une source d’inspiration pour créer ces deux clowns tragiques. Beckett s’est employé à entretenir les ambiguïtés du texte laissant libre-cours à toutes les interprétations et elles furent nombreuses. Il disait qu’il ignorait lui-même qui est Godot. Pourtant, à travers quelques-unes de ses déclarations, on a compris que ce texte engageait une nouvelle manière d’écrire, un nouveau rapport au monde en lien direct avec la guerre. L’écrivain considérait qu’on ne pouvait plus écrire comme avant ; il était nostalgique de la vie d’avant 1939 qui ne reviendra jamais et qui serait l’objet de l’attente de Vladimir et Estragon.
Un spectacle réussi, inventif, instructif, souvent drôle, joliment interprété qui au passage nous rappelle combien l’art est ancré dans le réel et est susceptible de nous en offrir des commentaires éclairés.

Naissance d’un chef-d’oeuvre, inspiré par l’histoire vraie de la création d’En attendant Godot de Samuel Beckett en 1953.Adaptation et mise en scène Stéphanie Chévara ; scénographie Victor Melchy ; costumes Carine Grimonpont ; avec Morgane Ader, François Boisseau, Laurent Collard, Armand Eloi, Barthélémy Goutet, et en alternance, Arthur Minthe et Théophile Pouillot-Chévara. A Avignon, Espace roseau teinturier à 18h20 du 7 au 30 juillet 2017. Résa : 04 90 03 28 75.
www.plateau31.com

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