Accueil > Zélinda et Lindoro

Critiques / Théâtre

Zélinda et Lindoro

par Marie-Laure Atinault

Fêtes Nocturnes au Château de Grignan

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

C’est devenu le grand rendez-vous de la région, de la Drôme, le spectacle annuel présenté dans la cour, devant la façade du château de Grignan. Un rendez-vous très attendu, pour certain spectateur ce sera la sortie théâtrale de l’année, on y vient en famille, avec des amis. Une vraie fête. Ils sont prêts à tout, les aficionados de Grignan, à braver les intempéries. On reconnaît l’habitué, aguerri aux usages à quatre indices :

- il prend tout de suite le petit coussin servant à soulager l’assise drastique des bancs
- il est muni de ses propres coussins
- il a un sac rempli de pull, blouson, bouteille d’eau
- il arbhore un sourire d’enfant impatient

Enfin le spectateur du château de Grignan n’est pas blasé et arrive plein d’à priori positif.

Tous les ans, un nouveau metteur en scène, une nouvelle troupe, une pièce à découvrir. L’année dernière le juvénile Don Juan mis en scène par Guy Freixe avait ravi le public. Quel plaisir de sentir une salle qui réagit au quart de tour à une pièce qu’il découvre. Cette année, public et professionnel sont sur le même banc car Jean-Claude Berutti nous propose une incunable, une rareté, une pièce de Goldoni pratiquement inconnue : Zélinda et Lindoro. Il s’agit d’une adaptation de la trilogie des Aventures de Zélinda et Lindoro. Goldoni écrit à Paris cette trilogie qui a des allures de roman théâtral pour le théâtre Saint-Luc de Venise. La trilogie dure plus de 7 heures, elle n’a jamais été représentée en France. En 1960, Yves Gasc montera Les Aventures de Zélinda et Lindoro dans une version de Stendhal. Et puis plus rien, aux oubliettes.

Ginette Herry est la spécialiste du Molière italien. Pour cette adaptation, elle devient Madame Goldoni. L’adaptation est indispensable. L’œuvre est trop longue. Il est indispensable d’expliciter certains évènements historiques qui allaient sans dire aux spectateurs contemporains de Goldoni, mais bien obscurs à ceux de 2006. La trilogie est condenscée en trois journées, trois saisons, trois états amoureux.

Zélinda et Linodoro s’aiment depuis l’enfance. Ils sont jeunes, beaux et de bonne naissance. Hélas la guerre a fait orpheline Zélinda. Lindoro est sa belle se sont fait engager comme domestique. Injustement renvoyés, ils sont ballottés au vent mauvais de la précarité.
Goldoni a créé autour de ses héros toute une société. Il mélange les genres, la comédie, le drame familial, les tourments amoureux. Dans son adaptation, Ginette Herry a dû supprimer de nombreux chapitres afin que l’histoire soit lisible, a dû attribuer à certains personnages le rôle de narrateur, de conteur. Le travail de Ginette Henry est en tout point remarquable car il ne se voit pas et on croit voir tout simplement du Goldoni pur jus.
Peut-être que Carlo Goldoni serait surpris de voir ce brillant condenscé de sa trilogie, mais en homme de théâtre avisé il aurait sûrement et selon son habitude changé des épisodes de son texte après l’épreuve des planches. Mais Goldoni n’a jamais vu sa trilogie représentée.

Un travail représenté en plein air implique certaines contraintes scéniques. Jean-Claude Berutti a considéré l’art du dialogue et du découpage de Goldoni. Dès la première scène nous sommes transportés dans l’Italie du XVIIIème siècle. Quelques meubles, les jolis costumes de Colette Huchard nous plongent dans l’atmosphère, l’air du temps comme un écho à la façade du château. Une symbiose réussie. La mise en scène de Berutti évite bien des travers du temps, pas de cavalcade intempestive, pas de reptation acrobatique, des déplacements simples et naturels, une organisation de l’espace juste et aérienne. Le spectateur est mis dans la confidence, une structure métallique, mi-tour, mi-escalier qui tourne et donne corps aux différents lieux, et sert de refuge, d’observatoire aux différents protagonistes. C’est simple, bien réglé, élégant.

Jean-Claude Berutti a réuni une distribution impeccable et il est à parier que Julie de Maupéou restera très longtemps Zélinda dans la mémoire des spectateurs, Anthony Breurec-Lindoro et Denis Léger Milhau-Fabrizio sont des jeunes premiers plein d’allant et sans mièvrerie.
Valérie Bauchau est une Dona Eleonora charmante zézéyante, Louis Bonnet est un parfait Don Roberto. Enfin, ils sont tous parfaitement distribués.

Jean-Claude Berutti est un metteur en scène dont nous aimons la probité. Il ne se sert pas des textes pour se faire « mousser », son but est que chaque chose, chaque réplique, chaque comédien soit à leur juste place. Le spectacle est beau à voir, beau à entendre, on rit, on pleure à l’unisson des tourments de Zélinda et Lindoro. La grande réussite de ce spectacle rafraîchissant et ravissant est qu’il est une belle fable, un vrai spectacle populaire.

Zélinda et Lindoro adaptation de Ginette Herry, d’après Les Amours de Zélinda et Lindoro de Carlo Goldoni, mise en scène de Jean-Claude Berutti, avec 12 comédiens dont Anthony Breurec, Denis Léger Milhaud, Louis Bonnet et Julie de Maupéou.
Fêtes nocturnes au château de Grignan jusqu’au 2 septembre, à Grignan, Tél. 04.75.91.83.65. A la Comédie de Saint-Etienne, 7 avenue Emile Loubet, 42000 Saint-Etienne, Tél. 04 77 25 01 24, du 17 au 31 janvier 2007.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.