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Critiques / Théâtre

Van Gogh à Londres de Nicholas Wright

par Marie-Laure Atinault

Une muse dans une cuisine pour un peintre en devenir

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Dans la banlieue du Londres des années 1870, Ursula tient avec sa fille une petite pension de famille. La table est abondante, la maison bien tenue, et les heureux clients se sentent un peu en famille. La cuisine est le cœur palpitant de la pension, on n’y fait pas seulement une bonne cuisine bourgeoise, les pensionnaires aiment venir bavarder autour d’une tasse de thé. Ursula reçoit aujourd’hui un drôle de jeune homme, un poil exalté. Malgré un fort accent, il possède bien la langue anglaise. Il fait tout pour plaire à sa future logeuse. Il lui parle de sa famille très convenable - il vient de Hollande, voilà qui explique cet accent - de son travail qui assure des rentrées fixes, de sa bonne éducation. Amusée par ce trublion à la tignasse rousse, Ursula accepte. Il a un nom un peu bizarre Vincent Van Gogh. Regrettera-t-elle cette décision devant ce locataire peu conventionnel, qui regarde avec trop d’insistance sa fille et qui dit sans ménagement ce qu’il pense aux gens ? Mais la bouilloire ronfle sur le feu et le ragout mijote, le travail ne manque pas, les états d’âme seront pour plus tard. Et ils seront nombreux.

Van Gogh dans le brouillard

Dans la vie tumultueuse et fiévreuse de Vincent Van Gogh, il existe des parts d’ombre comme ces hachures que l’on fait sur les croquis. Pendant qu’il travaillait comme courtier chez un marchand d’art à Londres, Vincent, alors âgé d’une vingtaine d’année, écrivait à ses parents. Nicholas Wright a imaginé tout ce qu’un jeune garçon ne dit pas à ses parents. Loin du regard tutélaire de son père, il jette sa gourme. Son éducation protestante où la rigueur, l’abstinence et la peur de Dieu sont des règles avec lesquelles on ne transige pas, est sérieusement chahutée à Londres. Le Vincent de Nicholas Wright découvre la chaleur d’un foyer joyeux ou une mère aime sa fille. Il découvre la volupté, l’exaltation des désirs et la révélation de sa passion qui va forger toute sa vie.

Toute la pièce se déroule dans la cuisine, dans laquelle Ursula règne comme le grillon du foyer cher à Monsieur Dickens. Dans ce lieu familier, au milieu du labeur domestique tous les fils, les réseaux entre les différents personnages se nouent, s’emmêlent, certains jusqu’à la rupture. Les autres passagers de la cuisine sont des jeunes gens en devenir, la fille de Ursula, Eugénie, le jeune Sam qui ferra les frais de la franchise exaltée de Vincent, et plus tard la sœur de Vincent, une passionaria du ménage que l’on souhaiterait enfermer à double tour dans le placard à balai. Mais surtout il y a Ursula.

Une déesse ordinaire

Tel ce roi de l’antiquité qui transformait en or tout ce qu’il touchait, Josiane Stoléru, comédienne alchimiste transforme chaque rôle qu’elle interprète en or. On s’interroge. Quel est le secret de Josiane Stoléru ? Est-ce sa diction parfaite, ou bien ce charme pénétrant et discret dont elle saupoudre ses compositions. Tout cela bien sûr, mais, plus encore, cette modestie, cette reconnaissance immédiate qu’elle confère à ses rôles. Hélène Vincent assure que pour le rôle d’Ursula, elle avait besoin d’une comédienne qui avait ce charisme. Au début de la pièce Ursula est une femme qui a fait le « deuil » de sa vie de femme, veuve depuis longtemps, elle n’attend plus rien de l’amour. Transfigurée, rajeunie, Ursula est heureuse, nous voyions la métamorphose, Josiane Stoléru joue cette transformation, avec très peu d’effets, une intonation dans la voix, un sourire en coin. Du très grand art !

Hélène Vincent a choisit, avec Tim Gotham, un décor presque réaliste. La cuisine est équipée avec un soin particulier dans les détails ; le poêle que l’on recharge de bois, les cocottes qui fument sur le coin de la cuisinière, l’armoire où sont rangées la vaisselle et les provisions. Mais il y a une certaine stylisation, comme pour affirmer que l’on est bien au théâtre. Les costumes, également signé par Tim Northam, respectent l’époque, ainsi les femmes portent un corset.
Ce n’est pas qu’un accessoire de mode, le corset est le reflet d’une société où les femmes, plus que les hommes doivent respecter le jeu social. Hélène Vincent a senti que la pièce est le point de fusion d’un homme et de son destin. Vincent Van Gogh, apparaît comme un jeune homme pas très sympathique. Guillaume Marquet interprète ce rôle un peu ingrat d’un génie. Les rôles avec accent sont des exercices difficiles, il suffit de peu de choses pour tomber dans la caricature et cacher le texte, mais en l’occurrence, il parvient à donner corps et chair à son Vincent. La sœur de Vincent, a les traits de Laure Roldan. Amandine Pudlo joue la fille d’Ursula, un rôle difficile et complexe car il met en jeu les fils tenus du remords et du devoir. Raphaël Personnaz est le malheureux Sam qui croise sur sa route cet étrange hollandais enquête d’absolu. Hélène Vincent a su donner une ambiance, une odeur , un climat. Elle a su orchestrer de main de maître cette distribution.
Ce beau très spectacle, réalisé avec soin et loin des facilités, mériterait au plus vite toute votre attention. De toutes façons lorsque Josiane Stoléru est à l’affiche il faut y aller toutes affaires cessantes.

Van Gogh à Londres de Nicholas Wright. Mise en Scène de Hélène Vincent avec Josiane STOLÉRU, Laure ROLDAN, Guillaume MARQUET, Raphaël PERSONNAZ, Amandine PUDLO.
Théâtre de L’Atelier 1 Place Charles Dullin, 75018 Paris. RESERVATION : 01 46 06 49 24

Jusqu’au 17 novembre du mardi au samedi à 21h00 ainsi que le samedi et dimanche à 15h30.

http://www.theatre-atelier.com

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