Accueil > Une confrérie des farceurs

Critiques / Théâtre

Une confrérie des farceurs

par Marie-Laure Atinault

Une soirée truculente et roborative aux sources de la langue « Françoise »

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Oyez, oyez bonnes gens, les bateleurs, les jongleurs et les comédiens sont dans votre ville. Venez nombreux sur la place du marché. Les farceurs sont arrivés, ils ont dételé leur chariot pour en faire une scène et y donner la comédie ! La carriole des comédiens va se transformer en théâtre de fortune, la bâche se transformant en fond de scène (tiens, tiens on croit reconnaître le tableau des farceurs avec un certain Molière) !
Vêtus de costumes aux couleurs chatoyantes, les comédiens viennent nous chercher pour nous entrainer dans la salle et nous régaler de piécettes bon enfant, à première vue. Des historiettes truculentes, de cocufiage, des farces ou le rire est franc.

Un voyage au cœur de la langue

François Chattot et Jean louis Hourdin, les chefs de cette joyeuse troupe, ont basé leur travail sur L’anthologie « Les Farces, Moyen âge et Renaissance » de Bernard Faivre, une bible en l’occurrence, sur ce théâtre peu et mal connu. La farce était un genre fort prisé. Pas de fêtes de village, pas d’événements sans farceurs sur les tréteaux. Puis vers la fin du XVIIe siècle le genre fut considéré comme trop vulgaire, et il subit l’opprobre, allant jusqu’à la désuétude. De ce théâtre, on connaissait « Maitre Pathelin » et que notre patron Molière avait joué la farce sur les tréteaux de France et de Navarre avec son Illustre Théâtre, dont il s’inspira pour son « Médecin Volant » ou ses « Fourberies de Scapin ». La farce était un patrimoine non seulement tombé dans les oubliettes de l’histoire de la littérature mais amputé, falsifié par des générations de traducteurs pudibonds. Le vocabulaire censuré retrouve ses mots, embrasser veut bien dire prendre dans ses bras, les braies sont des pantalons et des mots qui sont devenus grossiers avec les siècles retrouvent leur place et leur signification originelle.

Une réussite réjouissante

Les chefs de troupe ont choisi une troupe mélangeant les comédiens de la Comédie française et ceux du Jeune théâtre national. Le résultat est gaillard et ravigotant. Le spectacle ouvre sur « La naissance d’un jongleur » de Dario FO transcendé par une Catherine Hiegel magnifique. Par la suite, nous allons rencontrer Frère Guillebert, Lison et Naulet, Mahuet et Monsieur Pridumarché et une belle compagnie d’ivrogne. Ces historiettes ou sketchs sont drôles, joyeux, explosant d’une saine gaité. Trompeurs et trompés, cocus et amants dépités, moines paillards se lancent la balle des répliques avec une bonne humeur gaillarde et communicative. L’ambiance festive d’un carnaval se dégage de ces histoires. On pense bien sûr à Rabelais, on retrouve la rouerie de Maître Renard, et l’on rit de bon cœur aux plaisanteries de nos maîtres Farceurs. François Chattot et Jean louis Hourdin ont réussi leur pari, le spectacle est chatoyant, hilarant, roboratif. La farce est franche, elle s’affirme pour ce qu’elle est, le public est complice et trinque avec plaisir avec ces farceurs farcis de bonnes blagues. Les comédiens sont tous excellents et La Comédie Française devrait engager toute affaire cessante ces jeunes comédiens étonnants. La troupe a créée le spectacle cette été, le jouant sur les parvis des cathédrales, sur les places des marchés. Elle a arrêté sa carriole sur la scène du théâtre du Vieux Colombier pour notre plus grand plaisir. N’hésitez pas à venir en famille, vos enfants apprendront plus en une heure quarante cinq qu’en cours ou le sujet est peu traité, et ils le feront à gorge déployée.


Une confrérie de farceurs
Nouvelle mise en scène d’après « L’anthologie Les Farces, Moyen âge et Renaissance » Edition et traduction de Bernard Faivre. En introduction « La naissance d’un jongleur « de Dario FO
Chef de troupe François Chattot et Jean louis Hourdin avec Catherine Hiegel, Pierre Vial, Roger Mollien, Stéphane Varupenne, Eloïse Brunet, Priscille Cuche, Jacques Furnier, Félicien Juttner, Stéphane Szestak.
Théâtre du Vieux Colombier jusqu’au 27 octobre tél 01 44 39 87 00

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.