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Série : Sacha Guitry tout azimuth

par Marie-Laure Atinault

Chapitre premier : Le fabuleux destin d’un enfant de la balle : Sacha Guitry

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Le nouveau Père est tout attendri, sa femme vient de lui donner un fils en ce 21 février 1885, au 12, Perspective Nevski à Saint Petersbourg, capitale magique de la très Sainte Russie. L’événement, pour heureux qu’il soit, pourrait être un simple faire part si le père du petit Alexandre Georges Pierre n’était autre que le grand Lucien Guitry, vedette du théâtre Michel. Tous les ans, le théâtre Michel donne sa saison française. Lucien est la coqueluche de la cour des Romanov. La noblesse parle le français, les gouvernantes sont françaises, les femmes sont vêtues à la dernière mode de Paris et la saison du théâtre Michel est un événement incontournable pour la bonne société. Lucien Guitry présente une nouvelle pièce par semaine. Il fait faire à l’identique ses costumes de scène pour son fils, à qui l’on donne volontiers le diminutif que lui a donné sa nourrice, Sacha.
A cinq ans Sacha fait ses débuts devant son parrain qui est tout simplement le tsar Alexandre III. Et on voudrait que cet homme soit modeste !
Comment voulez-vous qu’il le soit quand on sait que les amis de son père s’appelaient Tristan Bernard, Jules Renard, Capus, Renoir et Edmond Rostand, que les témoins de son mariage avec Yvonne Printemps étaient Georges Feydeau, Sarah Bernhardt. Aujourd’hui on pourrait dire que Sacha tutoyait les étoiles mais le jeune homme est trop bien élevé. Virevoltant, intelligent, subtil, brillant, il laisse une œuvre considérable qui déconcerte quand on l’étudie car il n’y a pas un Sacha Guitry, mais plusieurs. Il y a d’abord le fils aimé d’un immense comédien, puis comédien lui-même, auteur dramatique, dessinateur, journaliste, chroniqueur, cinéaste, et amoureux mélancolique. On a voulut discréditer son œuvre, mais elle est de plus en plus à l’affiche et attire un public varié et nombreux. Cette année on célèbre en grandes pompes le Cinquantième anniversaire de sa mort survenue le 24 Juillet 1957. On imagine le grand Sacha qui ferait un prologue dont il avait le secret disant, « ils ont préféré fêter ma mort de peur que je veuille faire moi-même le texte et la mise en scène ! »

Alors, à sa façon et fort modestement, nous avons décidé de vous relater par le menu cette célébration événement qui rend enfin hommage à l’un des plus grands auteurs de la langue française. Un hommage tout azimut touchant tous les domaines avec des pièces, des livres, des DVD, des projections, des rééditions.

Alors quoi de neuf ? mais Guitry bien sûr !

Exposition : Sacha Guitry, une vie d’artiste - Cinémathèque Française jusqu’au 18 Février 2008

Quel beau titre simple et évident. Oui, Sacha Guitry était un artiste et il était au centre de la vie artistique. Il le fut d’abord naturellement puisque son père le grand Guitry est un monstre sacré de la scène comme sa grande amie Sarah Bernhardt. Le jeune Sacha est un fils de famille, une famille d’artiste. Il côtoie la fine fleur du monde de la littérature, du théâtre, de l’art. Sacha Guitry est un homme de son temps, curieux des nouvelles technologies et il s’initie à la photographie et au cinématographe. Grâce à ces deux marottes, il laisse à la postérité les portraits de ses amis dont la liste des noms ressemble plus à la table des matières d’une encyclopédie que d’un carnet d’adresse. Le parcours de l’exposition n’est pas chronologique mais propose en sept actes la découverte des différents cercles d’artistes qu’il a fréquenté, animé, vivifié de son incroyable aura.
Henri Jadoux fut le secrétaire de Sacha Guitry, et il préserva des écrits, des photos et une collection d’archives que la BNF acquis en 1995. Lucien et Sacha Guitry, le père et le fils, se vouaient une passion, une admiration réciproque, et même si les deux hommes furent rivaux en amour, ils continuaient à s’observer ! Lucien, lui, le grand séducteur, connaissait avec l’abandon et la trahison de Charlotte Lysés les affres de la jalousie, un retour de bâton bien douloureux. Et en plus son rival s’appelait Guitry, un vrai drame de boulevard !

Encore un doigt de porto Monsieur Mirbeau, vous reprendrez bien une madeleine Sarah ?

L’exposition est une promenade dans l’intimité du roi de Paris, comme l’avait surnommé René Benjamin. Mais le privé des Guitry rime toujours avec Tout Paris ! Ainsi, en regardant les documents, on se surprend à s’imaginer chez Lucien dans son hôtel particulier qu’il a fait construire rue Elisée Reclus, et entendre la maitresse de maison demander à ses hôtes :
Encore un doigt de porto Monsieur Mirbeau, vous reprendrez bien une madeleine Sarah ?
Tout commence, bien sûr avec Lucien Guitry. Des portraits, des lettres, des photos et la diffusion du film de Sacha Ceux de chez nous, une galerie de portrait des amis de son illustre père qui est une référence, on écrit des pièces pour lui. Rostand fera son siège afin qu’il accepte de créer Flambeau dans L’Aiglon . Les amis de Lucien Guitry sont Reynaldo Hahn, Franc-Nohain, Courteline, Renoir, Monet et son grand ami Rodin. Le portrait de la mère de Jean et Sacha, Renée de Pont-Jest, celui de Lucien par Vuillard. Dans ce dernier, on remarque la force de l’homme et une autorité telle que l’on parle bas devant la toile.

Comédien ou publiciste, dessinateur ou parolier et pourquoi pas chef de revue ?

L’exposition présente toutes les facettes des talents de Sacha. Le comédien est charmant, il a l’art de la formule « le K.K.O L.S.K. est S.KI. » trouvée en 1915, la réclame pour cette poudre chocolatée est ancrée dans notre mémoire familiale. La caricature de Tristan Bernard est saisissante. Sous le trait de Sacha transparait l’humeur de son célèbre modèle, ses dessins croquent avec humour ses contemporains. La mode est à la revue et Sacha est de toutes les modes quand il ne les initie pas lui-même. Pour Yvonne Printemps, sa nouvelle épouse, Sacha Guitry écrit des chansons délicieuses. La belle Yvonne, qui fit tourner bien des têtes, chantait divinement « J’ai deux amants c’est beaucoup mieux » s’agissait-il d’un credo ? Ah, Sacha combien de fois as-tu donné à tes femmes l’occasion de te tromper ? Ainsi, il lui présentera Pierre Fresnay. Lequel des deux hommes eut le plus de regret de cette rencontre ?
Elle était bien jolie Yvonne, le portrait de Vuillard qui la représente dans un fauteuil est remarquable. Elle est mutine, piquante, et Jeanne Lanvin crée des robes du soir fastueuses pour le rossignol de Paris.

L’homme qui aimait les femmes

Une salle est baptisée Ménages d’artistes, comment parler de Sacha Guitry, sans parler de ses femmes. Guitry est un homme qui épouse et, dans l’ordre d’entrée en scène : Charlotte Lysés qui fut déterminante pour sa carrière ; Yvonne Printemps avec qui il joua à l’accord presque parfait semé d’accrocs, la plus piquante ; Jacqueline Delubac, la plus élégante, belle comédienne ; Geneviève de Séreville, qui porta à la scène et à l’écran le nom de Madame Guitry, se lassa très vite de son Pygmalion et du travail artistique ; Lana Marconi, la femme aux mains de statue à la beauté marmoréenne, la compagne des jours difficiles lorsque le Roi de Paris est devenu un paria pour les imbéciles à la mémoire courte. Il y eu d’autres femmes dans la vie de Guitry, et pour paraphraser François Truffaut qui fut le premier dans les années de disgrâce intellectuelle à reconnaître son génie on pourrait dire qu’il était « L’homme qui aimait les femmes ».

Comment on écrit l’histoire

François Truffaut fait référence à l’arrestation de Sacha Guitry dans « Le dernier métro ». Le personnage interprété par Jean Poiret est arrêté et emmené manu militari en robe de chambre et chaussons, et c’est ainsi que Guitry fut emmené. On est consterné et révolté en lisant les extraits de presse qui sonnent l’hallali et claironnent des contres vérités. Ces dernières furent instillées comme un venin et brisèrent Guitry. Il fut d’une dignité impressionnante et pu faire le compte de ses amis.
La critique se déchaina, il en avait l’habitude, mais c’est un vieil homme perclu de rhumatismes qui continua de travailler. Toute sa vie il travailla avec acharnement. Lui le cancre à l’école était d’une culture qui donne le vertige. Collectionneur avisé, amoureux des arts et des lettres, il avait la culture d’un honnête homme, élégant et discret.
Pour les cinéphiles il est émouvant de voir les livres génériques de ses grandes fresques historiques qui furent « descendues » par la critiques et certains historiens courroucés…..peut-être de ne pas avoir été pris comme conseillers. Il n’en demeure pas moins que le film « Si Versailles m’était conté » a permis la restauration de certaines salles et qu’il a fait rêver, donnant le goût de l’histoire de France. Ce fut un énorme succès public et un catalogue de la fine fleur des comédiens de l’époque. Dans ses films historiques, Guitry se faisait des têtes royales pleines de facétie et d’admiration.
Les documents sont bien présentés avec des cartels clairs et explicites. Quel plaisir de voir des photos de plateau, de répétitions, de lire les lettres de Pauline Carton. Les tableaux sont un témoignage sur l’effervescence artistique qui a entourée les Guitry. Le magnifique portrait de Léon Gard nous montre Sacha au travail en 1942. Il y a la gravité et la concentration du maître, parallèle avec la photo de l’affiche d’un Sacha jeune au regard un peu triste et inquiet, celui d’un artiste qui veut plaire et aimer.
L’exposition est un voyage au cœur du XX siècle artistique mené tambour battant par celui que l’on a souvent nommé le nouveau Molière. Le génial créateur du chef d’œuvre « Le roman d’un tricheur », lui, n’a jamais triché et il a payé en monnaie d’or, de son talent, et au centuple, à un public qui l’adorait et qui ne cesse de se renouveler.

Sacha Guitry, une vie d’artiste
Exposition à la Cinémathèque Française
Musée du cinéma
51, rue de Bercy, 75 012 Paris Tél.01 71 19 33 33
Parallèlement à l’exposition retrospective des films de Sacha Guitry

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