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Remise du XIIe Prix “Europe pour le théâtre” et du Xe Prix “Europe nouvelles réalités théâtrales”

par Marie-Laure Atinault

XIIe édition à Salonique du 10 au 13 Avril 2008

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XIIe Prix “Europe pour le théâtre”
Le lauréat : Patrice Chéreau

Un peu d’histoire sur “le Prix Europe pour le théâtre”

Le Prix Europe pour le théâtre est né en 1986-87. Son but est de promouvoir la connaissance et la diffusion de l’art théâtral en Europe, en contribuant ainsi au développement des rapports culturels et au renforcement de la conscience européenne. Le prix est décerné aux personnalités ou aux institutions théâtrales qui ont contribué à la réalisation d’événements culturels déterminant pour la compréhension et la connaissance des peuples. “Le prix des nouvelles réalités” aide les lauréats (artistes au talent reconnu) à se faire connaître.

Salonique, épicentre du théâtre européen

Le Prix Europe pour le théâtre est un rendez-vous très attendu par la presse internationale et par les acteurs de l’action culturelle et artistique. Pendant quatre jours s’enchaînent sur un rythme soutenu des colloques, des symposiums, des représentations théâtrales, certaines achevées d’autres en devenir « Work in Progress ».
Les rencontres informelles sont souvent fructueuses et passionnantes. On y apprend plus sur les habitudes des citoyens européens : Quelle place les Allemands consacrent-ils au théâtre ? Que connaissent-ils du théâtre Français ? Les jeunes polonais sont-ils attirés par notre pays ? Que représente l’Europe pour eux ? Les Italiens sont passionnés par le lauréat Patrice Chéreau qui vient de signer une mise en scène de Tristan à la Scala de Milan. La première constatation est que l’usage du français est en perte de vitesse dans les jeunes générations et remarquablement parlé par les plus de 45 ans. Et nous, intervenants français, quelle langue étrangère parlons-nous ?? Anglais, Italien et un peu d’Espagnol, parfois mélangé dans un Sabir ponctué de mots clefs : Pinter, Beckett, Chéreau, Strehler, Piccolo Teatro di Milano, Mnouchkine. Le plus extraordinaire est que nous nous comprenons et c’est le principal.

Xe Prix “Europe nouvelles réalités théâtrales”
Les lauréats : Rimini Protokoll, Sasha Waltz, Krzysztof Warlikowski

Rimini Protokoll est le nom d’un groupe formé à l’université par Helgard Haug, Stephan Kaegi et Daniel Wetzel. Ils sont considérés comme les créateurs du mouvement théâtral « Tendance Réalités ». Le public avignonnais a pu découvrir leur travail avec Mnemopark le monde des trains miniatures en 2007. Dans ce spectacle, le plateau est envahi par une immense maquette avec des trains miniatures. Les comédiens ou chefs de gares lilliputiennes présentent leur monde réduit en maquette où les problèmes de la société sont scrutés avec une loupe. On peut le présenter comme un documentaire ou comme un théâtre d’animation sur une Suisse modèle, modélisée avec des caméras miniatures. Créés à partir de trucages bon enfant, le public français s’attend à voir rouler le petit train des interludes de la télévision des années soixante. Le spectacle renvoie à une enfance, à un temps révolu que l’on se remémore en étant plus ou moins nostalgique. Beaucoup de gags, d’astuces et de faux semblant font que le spectacle amuse, ravi ou exaspère, et pourquoi pas les trois à la fois.

Sasha Waltz, la chorégraphe souffrante ne participera pas au prix. Cette star de la danse moderne est bien connue du public français. Une drôle de petite bonne femme qui exprime l’intangible dans ses chorégraphies.

Krzysztof Warlikowski est beau comme un ange démoniaque. Sous sa chevelure toujours décoiffée ou sous la visière de sa casquette, le metteur en scène polonais porte un regard scrutateur sur son auditoire avec un sourire en coin et l’œil qui frise. Ce garçon est un séducteur et il le sait. Il parle un excellent français ( il a fait une partie de ses études de théâtre à la Sorbonne) et Cracovie-Paris est en quelque sorte sa correspondance naturelle. Il est également l’assistant de Peter Brook et de Krystian Lupa. Son travail de jeune metteur en scène est supervisé par Giorgio Strehler. Il monte Euripide, Shakespeare et Koltés. En France ses mises en scène sont attendues à l’Opéra de Paris comme L’Affaire Macropoulos et au mois de Mai on pourra revoir Angels in America (présenté au dernier festival d’Avignon) au Théâtre du Rond-Point. Sa carrière est vraiment européenne et se laisse facilement aborder, répondant sans ambages aux questions.
Le spectacle choisi pour sa nomination est Cleansed (Purifiés) de Sarah Kane crée en 2002. Le spectacle n’a pas pris une ride et la mise en scène est toujours aussi époustouflante et au sens littéral du mot à couper le souffle.

Mention Spéciale au théâtre libre de Biélorussie ( Belarus Free Theatre)

Le Théâtre Libre a été fondé par Nikolaï Hallein et Natalia Kollataj en mars 2005. En mai de cette même année, le metteur en scène Vladimir Scherban et dix acteurs professionnels ont rejoint l’aventure. Actuellement, le Théâtre Libre ne dispose d’aucune structure officielle et joue gratuitement en secret dans des appartements et des cafés. La reconnaissance internationale est un sauf-conduit pour cette équipe qui ne peut plus travailler officiellement dans son pays.

Nous pourrons voir trois spectacles de cette troupe :
Génération Jeans de et par Nikolaï Khalezin, un joli spectacle qui parle de l’évolution sociopolitique de la Biélorussie en se servant du Jeans qui était une monnaie d’échange et un signe de reconnaissance dans le bloc communiste.

Being Harold Pinter mise en scène par Vladimir Scherban, un spectacle austère sur l’œuvre de Pinter. Si les trouvailles de mise en scène sont séduisantes et les comédiens formidables, entendre Harold Pinter en biélorusse a des consonances étranges accentuées par une traduction simultanée médiocre.

Zone of Silence une épopée moderne de la Biélorussie en trois chapitres.
Un panorama parfois austère d’une enfance et d’une jeunesse passées dans la contrainte et la peur. Pourquoi y a-t-il autant de suicides dans leur pays ? Pourquoi autant d’enfants sont-ils abandonnés ? Pourquoi faire du théâtre est aussi compliqué ?

Ces spectacles seront donnés au Théâtre Studio d’Alfortville. Pendant un mois Christian Benedetti les invite à s’exprimer librement.

Patrice Chéreau est l’illustre lauréat du “Prix Europe”. Son œuvre est au centre des colloques et d’un symposium avec les témoignages de Dominique Blanc, Vincent Perez, Philippe Calvario, François Regnault et de Catherine Tasca .
L’excellent film de Stéphane Metge De La Maison Des Morts, captation de l’opéra de Léos Janacék dans la mise en scène de Patrice Chéreau est hélas gâtée par une projection calamiteuse. L’idée était judicieuse de présenter le travail de celui qui enflamma Bayreuth avec un Ring, balayant une tradition convenue. Aujourd’hui cette mise en scène est devenue culte après avoir été honnie. De La Maison Des Morts est une magnifique démonstration d’une mise en scène brassant plus de soixante personnes sur le plateau, admirablement servie par la caméra complice de Stéphane Metge.


Salonique a une Reine, elle s’appelle Dominique Blanc

Après la foule du Goulag De La Maison Des Morts, Patrice Chéreau a choisi deux lectures pour Salonique. La première est née du désir de Dominique Blanc de revenir au théâtre comme on revient à soi après l’expérience d’une Phèdre vampirique. Il lui propose La douleur de Marguerite Duras, un monologue sur l’attente, l’incertitude et la peur qui tenaille le corps de savoir une vérité que l’on appelle de tous ses vœux et qui fait peur. Patrice Chéreau et Dominique Blanc lisent le texte. A ceux qui s’étonnent de ce choix , ils rétorquent qu’une lecture c’est aussi du théâtre, du théâtre en devenir, ce qu’ils souhaitent en ce moment. Dominique Blanc lit, et à certains moments s’échappe de la lecture, abandonnant le manuscrit et se plongeant dans le jeu. Elle nous offre un moment de grâce.

Il leur faut bien du talent pour dompter cette salle toussotante, bruyante et agitée pour faire cet acte de théâtre. La magie opère à un moment clef du texte, les cathares s’arrêtent enfin, le bruit exaspérant de la porte se fige dans un silence bénéfique. La salle écoute et est suspendue pour connaître la suite. Elle est domptée. Patrice Chéreau et Dominique Blanc ont pris à bras le corps le taureau par les cornes et lui ont fait mettre les deux genoux à terre !

Patrice Chéreau lira seul un texte de Pierre Guyotat, Coma, dirigé par Thierry Thieû Niang. Le texte est, pour la plupart d’entre nous, une découverte. On y cotoie les angoisses de la création, de l’écriture et de la dépression. La salle est captivée, le public est attentif. La lecture affirmée et le comédien, la brochure à la main, n’hésitant, ni à lire, ni à s’échapper dans le jeu, sont l’un des moments phares de ce prix du théâtre.

De notre envoyée spéciale Marie-Laure Atinault

Salonique a une Reine, elle s’appelle Dominique Blanc ( voir portrait dans la rubrique ).

Site internet du Prix Europe pour le Théâtre
http://www.premio-europa.org/

Crédit photo : Epaminontas Stilianidis

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