Cendrillon de Pauline Viardot au théâtre de l’Athénée jusqu’au 22 mars
Ou plutôt d’après Pauline Viardot
Quand l’opéra de chambre de Pauline Viardot se retrouve remanié par des adaptations.
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- 14 mars
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CENDRILLON AVAIT ÉTÉ COMPOSÉ comme un opéra de salon, ainsi qu’en témoigne sa création en 1904 dans les salons parisiens de la chanteuse Mathilde de Nogueiras. Quelques mots sur Pauline Viardot (1821-1910) : ce fut la fille du ténor Manuel Garcia (célèbre en son temps et créateur du Barbier de Séville, père également de la cantatrice la Malibran) et de la chanteuse Joaquina Sitchez. Tous deux d’origine espagnole. Ayant épousé Louis Viardot dont elle adopta le nom comme artiste, elle fut une chanteuse de renom en son temps, pour laquelle composèrent des opéras Gounod, Saint-Saëns et Berlioz (ce dernier dans son remaniement d’Orphée de Gluck). Brahms, Schumann et Fauré avaient composé pour elle également. Ce fut aussi une compositrice, laissant des mélodies et quelques opéras (notamment sur des livrets de son ami Ivan Tourgueniev).
Cendrillon est un cas particulier, dont elle est elle-même la librettiste d’après le conte de Perrault. Après sa création, son dernier opéra a été très peu repris. C’était donc l’intérêt de découvrir enfin l’œuvre telle qu’annoncée par la tournée de ses représentations (pour 73 dates de représentations ! dans différentes villes, dont Nantes) par l’ensemble la Co(opéra)tive. Seulement, le spectacle, tel que nous l’avons vu lors de son passage au théâtre de l’Athénée, s’il s’agit certes d’un bon spectacle, donne peu à se faire une idée de l’œuvre telle que l’a conçue Pauline Viardot. C’est ainsi que les nombreux dialogues parlés (inhérents à tout opéra-comique) ont été entièrement réécrits dans un français d’aujourd’hui (par le metteur en scène David Lecot) et que l’accompagnement musical du chant, destiné originellement au piano, a été adapté pour quatre instrumentistes (clarinette, percussions, violoncelle, piano et clavier électronique) par le compositeur Jérémie Arcache (qui a aussi quelque peu adapté la musique en général). Difficile dans ces conditions de se faire une idée de l’état réel de l’œuvre !
Une production bien faite
La production n’en pas moins bien faite. Pour cette histoire raccourcie du conte de Perrault, la mise en scène (de David Lescot, donc) joue d’une bonne animation, avec des changements de décors assez simples en fonction des péripéties (scénographie d’Alwine De Darnel) et des participants dans des gestiques appropriées. Bon spectacle, comme nous disions. Les sept chanteurs s’investissent au mieux pour leurs passages vocaux, tels que Pauline Viardot les a (apparemment) écrits en une manière de belcanto revu dans la tradition lyrique française du temps. Le Prince charmant de Tsanta Ratia distille une élégante voix de ténor. Alors que la Cendrillon d’Apolline Raï-Westphal épanche son joli soprano. Clarisse Dalles (Maguelone), Romie Estèves (Armelinde), Olivier Naveau (le Baron Pictordu), Enguerrand de Hys (le Comte Barigoule) et Lila Dufy (la Fée) les secondent avec l’ardeur qui sied. De son piano, Bianca Chillemi dirige efficacement instrumentistes et chanteurs. Pour un tout bien mené.
Illustrations : Tsanta Ratia (Le Prince charmant) & Apolline Raï-Westphal (Cendrillon). En bas : Clarisse Dalles (Maguelonne), Apolline Rai-Westphal (Cendrillon) & Romie Esteves (Armelinde). Photos : Christophe Raynaud de Lage
Pauline Viardot (peu ou prou) : Cendrillon. Avec Tsanta Ratia (le Prince charmant), Apolline Raï-Westphal (Cendrillon), Clarisse Dalles (Maguelone), Romie Estèves (Armelinde), Olivier Naveau (le Baron Pictordu), Enguerrand de Hys (le Comte Barigoule) et Lila Dufy (la Fée). Quatre intrumentistes, dir. Bianca Chillemi. Mise en scène : David Lescot. Paris, théâtre de l’Athénée, 12 mars. Jusqu’au 22 mars 2026.



