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Critiques / Théâtre

Mary Stuart de Friedrich Schiller

par Marie-Laure Atinault

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Un magnifique cadeau d’anniversaire, pour fêter ses dix ans à la tête du théâtre du Nord à Lille, Stuart Seide signe une mise en scène sobre et belle de Mary Stuart.

Le pouvoir est une prison

Mary Stuart avait sept jours lorsqu’elle devint Reine d’Écosse, à la mort de son père Jacques V, roi d’Ecosse. Par sa mère elle est Guise, l’une des familles les plus puissantes de France. Son éducation est faite à la cour de France. Mary est une beauté raffinée, rompue à tous les arts d’agréments. Elle épouse le futur François II. Elle a seize ans, elle est Reine de France. Son royal époux meurt en 1560, la faisant veuve à 18 ans. Elle rentrera en Ecosse pour nouer un destin tragique.

Elizabeth I est la fille d’Ann Boleyn et du Roi Henry VIII. Elle avait trois ans lorsque son charmant Papa, le roi Henry VIII fit décapiter sa mère.
Elle fut toujours considérée comme une bâtarde. Rouquine, ne correspondant pas aux canons de beauté à la mode, elle se sait laide, elle est d’une intelligence redoutable. Elle se méfiera toujours de ses prétendants. Dans un monde masculin, elle sait qu’elle doit tenir son pouvoir d’une main de fer. Elle ne se mariera jamais, elle est la reine vierge.

Le théâtre plus fort que l’histoire

Friedrich Schiller a inventé la rencontre entre Elizabeth I et Mary Stuart. Une rencontre qui n’a jamais eu lieu. Il a fait de Mary Stuart une héroïne romantique.

On ne peut pas réduire la pièce de Schiller aux deux reines, elles sont entourées par de nombreux personnages symboliques d’une fonction, d’un sentiment, d’une faction politique ou religieuse. Les personnages sont ombre et lumière, de même que les reines se répondent par un jeu de miroirs aux reflets contraires : l’une est en prison, l’autre est en « résidence » surveillée, en effet Elisabeth I se sait constamment jugée ; l’une est catholique, l’autre chef de la nouvelle religion Anglicane, qui assoit son pouvoir et sa légitimité ; l’une a eu trois maris, l’autre n’aura jamais d’époux et sera pour le peuple la reine vierge. Autour des reines, les personnages ne sont jamais indifférents, ils sont les acteurs des actions qui emportent ces femmes dans des extrémités qu’elles ne voulaient pas. Elisabeth I sera affectée par l’exécution de Mary comme si elle n’avait pas voulu la fin tragique de celle qu’elle considérait comme une rivale et un danger pour son trône.
Depuis longtemps Stuart Seide voulait monter la pièce de Friedrich Schiller. Il fallait trouver deux reines à la hauteur du projet. Cécile Garcia Fogel faisait partie de la troupe du désormais mythique Henry VI, auparavant elle avait été l’élève de Stuart Seide au conservatoire. Comédienne de tempérament, elle sait être le feu qui couve sous la glace. Océane Mozas faisait partie de la distribution des Reines de Normand Chaurette en compagnie de Cécile Garcia Fogel. Stuart Seide suit cette comédienne depuis longtemps mais l’occasion de jouer ensemble ne s’était jamais présentée, son visage s’est imposé pour cette reine mal inspirée dans ses alliances politiques ou amoureuses, Mary Stuart.

Katherine Hepburn et Lauren Bacall ne sont pas libres !

La pièce de Friedrich Schiller n’est pas une œuvre historique et Stuart Seide évite toutes les embûches de la facilité en refusant de choisir la ressemblance physique ou l’âge des personnages. Lorsque l’on monte une pièce dont les héroïnes sont des personnages historiques la question des costumes se posent très tôt. Quelle option prendre, choisir l’époque de l’action, choisir celle de la création de la pièce ou celle de la représentation. La question des costumes a trouvé sa réponse dans l’excellent travail de traduction et la version scénique qu’ont fait Stuart Seide et Eberhard Spreng. Travail préparatoire et fondateur de la mise en scène, le texte se lit comme un roman policier.

Les trois époques coexistent, se répondent dans le choix des costumes. Parfois Elisabeth laisse tomber son lourd manteau élisabéthain, pour qu’une jeune femme en pantalon à la démarche fluide puisse arpenter sa salle du conseil. Elle a une démarche un peu martiale mais sans aucun doute c’est une femme. Mary Stuart est une star. Une femme perdue que Gregory Peck serait venu secourir tandis que Marlowe, avec la dégaine inimitable de Humphrey Bogart lui aurait expliqué qu’elle n’est pas toujours très gentille mais que c’est de la faute de son papa. Vincent Winterhalter traine avec une nonchalance étudiée la silhouette d’un amant maudit, peut être cherchera-t-il toute sa vie sa Dame du lac.

Le rôle de Leicester est un rôle ingrat, Vincent Winterhalter s’en est saisi pour faire de ce personnage ambigu, non pas un fieffé salaud mais un homme qui peut être sincère. La démonstration est jolie. Cécile Garcia Fogel est une Elisabeth tourmentée, en plein conflit intérieur. Volontaire, elle laisse à son personnage une fragilité. Trop souvent Elisabeth est jouée de façon caricaturale, elle interprète son Elisabeth comme un petit taureau dans l’arène qui attend les banderilles pour mieux se défendre. Océane Mozas trouve toute son ampleur et son émotion, vêtu de satin blanc, la couleur du deuil des reines de France, elle est royale ! On pense aux héroïnes des films noirs américains et nos deux reines doivent rendre bien jalouses leur illustres aînées.

La mise en scène de Stuart Seide est épurée, sobre, cernant au plus près la psychologie des personnages. Il a désiré une scénographie apparemment très simple.
Des grands panneaux de bois, à clairevoies, qui s’ouvrent, se ferment selon les lieux. Si nous sommes dans la prison, ou dans le palais de la reine d’Angleterre, les lumières et l’ouverture des clairevoies mettent le spectateur dans l’ambiance du lieu et l’évolution du drame. La scène clef de la pièce est bien sûr celle de la confrontation de ces deux femmes au destin hors du commun mais avant, Mary peut jouir d’une pseudo liberté. Les murs s’ouvrent, la lumière s’intensifie, toute la scénographie « respire » cet air de liberté surveillée et nous spectateurs éprouvons ce sentiment fugace de renaissance de l’espoir avant la tragédie. Cette mise en scène est celle d’un anniversaire puisque Stuart Seide fête ses dix ans à la tête du Théâtre du nord, galvanisé par cet événement, il signe l’un de ses meilleurs spectacles, de ceux qui abolissent le temps, car nous n’avons pas eu la tentation de regarder notre montre, passionné que nous étions par cette confrontation au sommet.

Mary Stuart
De Friedrich Schiller, Mise en scène de Stuart Seide, traduction et version scénique : Eberhard Spreng et Stuart Seide, avec Cécile Garcia Fogel, Océane Mozas, Vincent Winterhalter, Sébastien Amblard, Pierre Barrat, Eric Castex, Bernard Ferreira, Jonathan Heckel, Caroline Mounier, Julien Roy, Stanilas Stanic.

Du lundi au vendredi à 20h00, le samedi à 19h00 et le dimanche à 16h00. Relâches le mardi et mercredi. Théatre Gérard Philipe de Saint Denis : 01 48 13 70 10 www.theatregerardphilipe.com

Crédit Photos : Pidz

Première publication le mardi 20 janvier 2009

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