Les peintres au charbon de Lee Hall
L’épopée artistique des mineurs d’Ashington.

La pièce de Lee Hall, Les peintres au charbon évoque une histoire vraie, de 1934 à 1947, en Angleterre. Un groupe de mineurs d’ Ashington, dans le cadre de l’Association pour l’Education des ouvriers, suit un cours d’histoire de l’art. Le premier contact avec la jeune femme venue dispenser la formation est quelque peu mouvementé et les préjugés fusent dans le groupe des mineurs. Une femme ! Est-elle vraiment compétente ? Les premiers échanges mettent en évidence l’immense fossé qui sépare cette jeune femme cultivée et habituée aux galeries d’art avec ces hommes qui n’ont guère fréquenté l’école et encore moins un musée ou la bibliothèque. Son discours ne peut les toucher. L’idée ingénieuse de la jeune femme est d’abandonner la théorie pour passer à la pratique. Dessinez, peignez ce que vous voyez, choisissez vos couleurs… Pour ces mineurs, bien que cette démarche leur soit difficile, ils se lancent et grâce à la persévérance et aux encouragements de leur professeur, ils vont oser peindre, montrer leur tableaux, les exposer et devenir des artistes ‘à la mode’.
La pièce de Lee Hall pose les questions de la place de l’art dans la société, de l’accès à la culture et des conditions de la création et de ses rapports avec la valeur financière des œuvres à travers le personnage de la riche collectionneuse. Pour ces hommes, cette activité artistique est un sorte de bulle dans laquelle leur sensibilité créatrice peut s’exprimer, un moment privilégié qui les éloigne de leur quotidien pénible. Oliver, l’un des mineurs, confie à ses camarades : « Et puis j’ai commencé à peindre ces lignes. J’étais pas en train de penser – j’étais juste en train de peindre ». Il passe toute la nuit sur son tableau mais il croyait »que ça avait duré une heure » !
Lee Hall qui est le scénariste du film Billy Elliot, dénonce les conditions dangereuses et pénibles dans lesquelles travaillaient les mineurs. Jimmy raconte sa terreur à dix ans de rester seul dans le noir pendant de longues heures, l’absence de congés depuis des décennies. Dans les échanges reviennent les revendications syndicalistes, les remarques politiques dénonçant l’exploitation des ouvriers, le chômage et les situations misérables dans lesquelles vivent ces familles.
Les comédiens sont absolument formidables. Chacun réussit à donner à son personnage une personnalité particulière qui va évoluer au fil de la pièce. Selon les scènes, on perçoit leur rudesse, la gêne de leur inculture au début, leurs hésitations, leur pudeur à se dévoiler, leurs interrogations, leur curiosité et leur désir d’apprendre. Les deux comédiennes réussissent brillamment à imposer leur présence dans ce milieu masculin. Le rythme est rapide, les échanges fusent et les personnages sont sans cesse en mouvement dans un décor qui évolue de manière très intéressante. L’espace s’élargit à mesure que les hommes s’ouvrent à l’art et au monde.
Les peintres au charbon, nous rappelle avec brio que l’art est fondamental et devrait être présent pour tous.
Les peintres au charbon de Lee Hall
Traduction de Fabrice Melquiot
Mise en scène : Adrien Popineau
Avec Benoit Dallongeville, Louise Dupuis, Fabien Floris, Mati Galey, Valentine Galey, Nikola Krminac, Adrien Popineau
Régie générale : Léo Delorme
Scénographie : Fanny Laplane
Création lumière : François Leneveu
Festival Off Avignon du 5 au 26 juillet
Théâtre 11, 11 Bd Raspail,84000 Avignon
13h05 – durée 1h35


