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Critiques / Théâtre

Les chaussettes Opus 124 de Daniel Colas

par Marie-Laure Atinault

Petite musique de nuit pour deux monstres sacrés

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Le plateau est vide, en attente du prochain décor. Seule la baladeuse, une lampe sommaire montée sur un manche en bois, éclaire de sa lumière crue un homme écroulé de fatigue, qui pique un petit roupillon, malgré le froid. Le vieux comédien sait que dans ce métier où l’on attend beaucoup, il ne faut jamais rater une occasion de récupérer ! Son rendez-vous arrive, Verdier, un comédien qui, las d’attendre un rôle, a décidé de monter un récital poétique. Ses idées de mise en scène vont être passées au crible du scepticisme par ce vieux routier des planches qu’est Brémont. Ce dernier n’arrête pas de faire sentir à son partenaire que lui, il est une vedette, enfin qu’il était une vedette. Plus jeune, il a eu son heure de gloire, cinéma, théâtre, et puis un jour son téléphone s’est arrêté de sonner.

Voulez-vous jouer avec moi ?

Ce récital, Verdier le sent bien, est pour lui une chance. Il décide de le monter comme s’ils étaient deux clowns musiciens. Quand on met un nez rouge devant son partenaire, on se met à nu, quand on se déchausse devant lui, on se heurte à des quolibets. Il suffit d’un petit trou dans une chaussette, pour tirer non pas le fils de laine mais des conclusions sur l’homme à la chaussette trouée ! Les deux se jaugent, s’évaluent, se mesurent. Brémont, l’emphatique et Verdier le reservé, de bémol en bécard, nous jouent une musique de chambre sur la vie, leur métier et qui sait leur amitié, les miracles à Noël ça existe !

Concerto pour deux virtuoses et un chef d’orchestre

Daniel Colas est un homme de théâtre tout terrain : acteur, metteur en scène, directeur et auteur, il aime passionnément son métier. Il a écrit avec beaucoup de pudeur et de délicatesse ce joli duo pour deux solistes, deux virtuoses. Bien sûr, on parle de théâtre, des petites guerres intestines, des jeux de pouvoir, mais surtout du comédien face à ses peurs, à ses doutes. Le grand sujet de la pièce est celui du désir, désir de jouer, désir de transcender, désir d’être choisit par ses pairs, reconnu par le public, désir d’être aimé. Ces deux hommes, qui sont mis un peu au rencart de la mode et en retraite de public, décident de se battre, en prouvant qu’ils ont plein d’idées, plein de propositions. Ils se battent pour une place sous les projecteurs de la vie. Au début du spectacle, Daniel Colas place ses personnages sur le plateau nu du théâtre, dévoilant le mur de fond, les projos aveugles.

Petit à petit les éléments de décor descendent des cintres, au fur et à mesure des répétitions des compères, de pique en pique, de coups d’archet en coup d’archet, leur monde se meuble. Daniel Colas a choisit des comédiens qui semblent aux antipodes l’un de l’autre. C’est oublier un peu vite que Michel Galabru fut Sociétaire de la Comédie Française et que dans son parcours gargantuesque, il joua Goldoni, Molière, Anouilh. Le grand bonhomme est bien émouvant, juste, bourru et, profondément injuste, il est un Brémont qui va apprendre à chanter à l’unisson. Quand Michel Galabru est bien dirigé, et ici de mains de maître par Daniel Colas, il est émouvant et colossalement touchant. Face à lui, Gérard Desarthe donne à Verdier une large palette de sentiments à un Matamore dépité, un rebelle trop bien élevé. Il incarne un prince de la scène déchu, avec cette élégance désabusée qui est son apanage. Les costumes de Brigitte Faur-Perdigou sont superbes et ingénieux. Ils font bien comprendre que si l’habit ne fait pas le moine, le costume de clown, aussi beau soit-il, ne s’animera pas sans un cœur battant en dessous, et le spectacle ne pourra pas commencer. A voir de toute urgence !

Les chaussettes Opus 124
Une pièce écrite et mise en scène par Daniel Colas
Avec Michel Galabru et Gérard Desarthe
Théâtre des Mathurins 36, rue des Mathurins, 75 008 Paris tel.01 42 65 90 00

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