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Critiques / Théâtre

Les amoureux de Carlo Goldoni

par Marie-Laure Atinault

Je ne t’aime plus, je t’adore !!!

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Quand on est amoureux, le monde ne tourne plus qu’autour de l’objet de toutes nos insomnies. L’entourage souffre des débordements des amoureux terribles. Eugenia aime follement Fulgenzio mais, poussée par une force obscure, elle s’ingénie à martyriser ce pauvre garçon. Heureusement, Flaminia, la sœur aînée de notre petite chipie, est une avocate hors paire pour plaider en la faveur des fiancés. Le problème de ces deux là est qu’ils s’aiment trop. Eugenia veut Fulgenzio pour elle toute seule. Elle veut une exclusivité totale de son amoureux. Malheur à lui s’il regarde un quart de seconde une autre femme, ou s’il donne le bras à la femme de son frère. Eugenia est dévorée par le grand feu de la jalousie. Fulgenzio lassé par tant d’injustice s’en va courroucé pour revenir ventre à terre par l’autre porte ! Eugenia et Fulgenzio vont se chamailler jusqu’à l’hystérie pendant une journée fort longue pour leurs amis. Ah, amour, amour quand tu nous tiens !

Une affaire de troupe

Sans Carlo Goldoni, le théâtre italien ne serait pas le même. Il fut le premier à écrire des pièces qui étaient plus que de simples canevas. A Venise, les comédiens utilisaient des ressorts bien usés et s’étaient enfermés dans une tradition où les improvisations avaient un air de déjà vu. Les Amoureux est une pièce de troupe où chaque emploi est servi par un joli rôle. Il y a bien sûr les amoureux c’est à dire un jeune premier et une jeune première, un oncle farfelu qui oscille entre Pantalone et le père noble, un domestique qui est un petit frère d’Arlequin. On s’amusera à deviner les filiations des personnages avec la commedia dell’arte.
Goldoni est le réformateur du théâtre italien. Il pousse la tradition. Les Amoureux, écrit en 1759, affranchit les personnages de leur stéréotype. Certes Eugenia agit comme une vraie « prima donna » mais elle n’est pas contrainte par un vieux barbon, de même que Fulgenzio n’est pas sous la coupe d’un père tutélaire. Les inspirations de Goldoni sont amusantes à détecter et la scène inénarrable de la préparation du souper nous renvoi à notre cher Molière, mais Goldoni ne fut-il pas surnommé le « Molière italien ».
Le premier travail de Gloria Paris fut de rendre un texte lisible et par conséquent de le retraduire en restant fidèle au texte original. Une traduction porte toujours le poids de son époque. Les traductions existantes étant trop littéraires, il fallait rendre à Goldoni son rythme et son style direct. Pour l’ancienne élève du mime Marceau, le travail du corps et du geste est primordial. Gloria Paris demande à ses comédiens de jouer très physique. Chaque personnage a sa grammaire corporelle et le texte donne une impulsion débridée à tout ce petit monde. Eugenia ne bouge pas comme sa sœur, de même que dans ses déplacements on sent le côté fantasque de l’oncle. Les domestiques marchent comme s’ils exécutaient un tango très personnel, le décalage accentue le ton voulut par Gloria Paris, celui d’une comédie qui pourrait être noire. La scénographie de Alexandre de Dardel, toute en colonnade et en blancheur, souligne bien la pathologie amoureuse. L’espace est savamment orchestré et permet une fluidité des mouvements.

Gloria Paris a constitué une formidable troupe pour cette farce prénuptiale. Les comédiens sont tous excellents et parfaitement distribués. Olivier Saladin est l’oncle fantasque, pour les cinéphiles il nous évoque le comédien italien Adolfo Celli qui avait une élégance un peu folle. Fulgenzio est campé par Bruno Fleury, toutes les femmes de la salle ont envie de le consoler, son désespoir est terriblement séduisant ! Olga Grunberg marque chacune de ses compositions par sa présence et l’esprit qu’elle donne à ses rôles. Ainsi, Flaminia, la sœur d’Eugenia, devient une véritable assistante de Cupidon. Jonathan Heckel est le vieux domestique, une transformation hilarante pour ce jeune comédien qui se livre avec un Olivier Saladin en très grande forme à des scènes de grande comédie. Si vous ne connaissez pas encore Anne-Laure Tondu, il vous manque quelque chose, cette jeune comédienne a tous les atouts. Elle est ravissante, spirituelle. Pour jouer Eugenia, il ne suffit pas de taper du pied, il faut faire passer la souffrance de cette jalouse. Anne-Laure Tondu est une révélation, même si nous l’avions déjà « repérer », elle laisse éclore un talent et une présence scénique qui sont rafraîchissantes.

Quel plaisir de voir un spectacle aussi enjoué et brillant, Goldoni en rit encore !

Les Amoureux de Carlo Goldoni. Mise en scène Gloria Paris, traduction Gloria Paris et Yannic Mancel, avec Christophe Carassou, Philippe Delbart, Bruno Fleury, Olga Grunberg, Jonathan Heckel, Anna Lien, Marilia Loiola de Menezes, Olivier Saladin, Daniel Tarrare, Anne-Laure Tondu
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Photo © Pidz

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