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Critiques / Théâtre

Le Roi Lear de Shakespeare

par Corinne Denailles

Chaos à la cour

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Invité pour la première fois dans la cour d’honneur du palais des Papes, Jean-François Sivadier a su dompter la complexité de cet espace à ciel ouvert, adossé à la verticalité vertigineuse du mur de fond de scène, un espace contre lequel bien des metteurs en scène, et non des moindres, se sont cassé le nez. Cette réussite tient, entre autres, à l’angle depuis lequel il aborde le théâtre. Que ce soit pour La Vie de Galilée de Brecht, La Mort de Danton de Büchner (Avignon 2006), ou ce Roi Lear, Sivadier s’attache toujours à valoriser la théâtralité de l’œuvre. Shakespeare lui offre un terrain de jeu de prédilection dans ses territoires où la vérité des êtres est toute entière dans leurs représentations. Le metteur en scène manipule à vue les artifices du théâtre pour raconter cette histoire tragique d’un roi devenu fou, autiste, sourd à la voix du cœur, et qui tyrannise ses filles jusqu’à ce que mort s’en suive. Tréteaux du théâtre élisabéthain, masques, changements de costumes à vue, soyeuses tentures rouges annonciatrices de tempête, claquant comme voiles au vent, jeux d’ombres, le théâtre retourné comme un gant rend le spectateur complice des « on dirait que » de l’enfance, et ce faisant, de la jubilation procurée par l’illusion et le plaisir du jeu, sérieux comme tous les jeux de l’enfance. Rien n’est plus fort que le théâtre nu rendu au jeu des acteurs, surtout quand ils sont de cette qualité.
On comprend pourquoi, en référence à Shakespeare, Sivadier donne aux femmes des personnages masculins et réciproquement (Kent, Nadia Vonderheyden, est magnifique de profondeur et d’intensité). On voit pourquoi il fait jouer la fille cadette de Lear, Cordélia, et le fou par Norah Krief mais autant la comédienne est exceptionnelle dans le rôle du fou, autant elle ne parvient pas véritablement à donner vie à Cordélia. De même, Nicolas Bouchaud, acteur de tréteaux au tempérament de feu, rayonnant, d’une vivacité extrême, ne se glisse pas naturellement dans la vieille peau fragile de Lear. Il est tellement complice de son fou, avec lequel il partage les fantaisies délirantes qu’on ne sait plus où est passé le roi.
La nouvelle traduction de Pascal Collin tire le texte du côté du versant populaire, d’aucuns diront au détriment de la poésie. Éternelle question avec Shakespeare. Il est vrai que la musique de la langue n’est pas convoquée ici. C’est, en l’occurrence, un choix cohérent, en harmonie avec les adresses au public et les blagues en aparté. Sivadier et ses acteurs confirment une fois de plus leur talent pour tisser ensemble le faux et le vrai, la distance et l’émotion, l’exubérance et la nuance dans un élan commun généreux. Il y a fort à parier que, d’ici aux représentations au théâtre de Nanterre, le spectacle aura trouvé les ajustements nécessaires pour dissiper les réserves éventuelles et rencontrer l’adhésion totale du public.

Le Roi Lear de William Shakespeare, mise en scène Jean-François Sivadier, avec Nicolas Bouchaud, Stéphen Butel, Murielle Colvez, Vincent Dissez, Vincent Guédon, Norah Krief, Nicolas Lê Quang, Christophe Ratandra, Nadia Vonderheyden, Rachid Zanouda. Du 15 septembre au 27 octobre 2007. Du mercredi au samedi à 20h, dimanche à 15h30. Tél : 01 46 14 70 00.
www.nanterre-amandiers.com

En tournée :
en novembre à Strasbourg, clermont-Ferrand ; en décembre à Béthune, Orléans, Annecy ; en janvier à Chambéry, Martigues, Nice, Le Havre ; en février à Valence, Bourges ; en mars à Villeneuve d’Asq, Rennes ; en avril à La Rochelle.

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