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Critiques / Théâtre

"La tectonique des sentiments" de Eric-Emmanuel Schmitt

par Marie-Laure Atinault

L’Amour : la géologie intime de l’homme ?

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Une nouvelle pièce de Eric-Emmanuel Schmitt est un événement, cet auteur est un homme heureux puisqu’il a su conquérir un public fidèle qui le suit tant dans ses aventures théâtrales que littéraires. En un mot comme en cent il a du succès ; Visiblement, en France, avoir du succès sur la continuité frise la faute grave. Cet homme, intelligent et lettré, le sait parfaitement bien et son film, absolument délicieux, Odette Toulemonde est une jolie parabole sur le fossé entre le goût du public et celui de la critique. Eric-Emmanuel Schmitt se lance dans une nouvelle aventure celle de la mise en scène de sa pièce. Il avoue son désir de se frotter aux répétitions, à l’épreuve directe des planches, au travail avec les comédiens, enfin d’être le Deus ex machina de son œuvre.

La tectonique ou un Tango tragique

La tectonique n’est pas une nouvelle danse ou un musique hyper rythmée, c’est une partie de la géologie qui étudie les déformations des terrains, sous l’effet des forces internes, postérieurement à leur mise en place. L’auteur étudie la dégradation d’une relation amoureuse et la révélation de trait de caractères cachés.

La pièce commence ainsi :
Un couple s’aime de cet amour fou et exigeant qui vous isole de la terre entière parce que l’autre est votre univers. De cet amour qui vous porte et vous freine tout à la fois. On ne voit que par celui ou par celle que l’on aime. Que l’objet de votre amour soit loin de votre regard, que votre main ne puisse pas l’effleurer et un sentiment intolérable de manque vous tenaille. Ah amour, amour quand tu nous tient !
Richard a la cinquantaine vaillante, Diane a la quarantaine conquérante, ils sont fait l’un pour l’autre. Diane est députée et combat pour le droit des femmes, son caractère affirmé et sa détermination lui ont permis de réussir dans un monde sexiste. Mais, dans l’intimité, sa détermination s’effrite, elle a besoin d’être rassurée. Richard l’aime t-il comme au premier jour ? Diane va apprendre à ses dépens qu’en amour comme en politique il y a des questions qu’il est préférable de ne pas poser de peur d’entendre des réponses déplaisantes.

Une Merteuil sans Valmont

Richard n’a pas donné la réponse souhaitée. Diane décide de se venger. On pense naturellement aux Liaisons dangereuses de ce cher Choderlos de Laclos et à un texte de Diderot, auteur de prédilection de Eric-Emmanuel Schmitt. Le souhait de ce dernier était de mettre ses personnages dans notre monde. Disons qu’il n’a pas totalement réussit son pari. Pourquoi, là est la question.
Clémentine Célarié est plus belle que jamais, elle incarne parfaitement cette femme en quête d’absolu amoureux. Superbe Merteuil de Saint-Germain-des-prés, elle ficelle sa vengeance machiavélique. Elle n’est pas seulement belle Clémentine, elle est fine, laissant à son personnage des zones d’enfance et de regret. Son seul problème est son partenaire qui semble étrangement absent de son personnage ; Tcheky Karyo traverse la scène en donnant constamment l’impression de calculer tous ses gestes, toutes ses répliques sans vraiment jouer avec ses partenaires, mais le plus grave est qu’il n’est jamais Richard, qui tel que le décrit l’auteur doit avoir un charme fou et immédiat.
Le reste de la distribution est constitué par un solide trio : Marie Vincent incarne avec son talent habituel une péripatéticienne roumaine. Cette comédienne transforme tous les rôles qu’elle interprète en or. Face à elle, dans la même catégorie, Sara Giraudeau confirme tout le bien que l’on pense d’elle. Annick Alane est la mère de Diane, une mère un peu maladroite et gaffeuse mais tellement attachante. Elle tient le rôle des confidentes- suivantes dans la droite ligne de notre cher Marivaux. Le décor de Charlie Mangel a les défauts de ses qualités : un peu trop lourd, il engonce la suite des scènes, mais il a le mérite de placer les personnages dans leur couleur.

Malgré nos réserves, oui, nous l’avouons, nous aimons beaucoup le théâtre d’Eric-Emmanuel Schmitt, et nous avons apprécié cette Tectonique des sentiments. La langue est belle, les personnages à la fois classiques et contemporains existent et frémissent. Nous avons vu le spectacle en dehors des soirées professionnelles avec « du vrai public » qui réserva un triomphe aux comédiens. Peut-être faudrait-il voir les spectacles loin des turbulences des premières ?

"La tectonique des sentiments", une pièce écrite et mise en scène par Eric-Emmanuel Schmitt. Avec Clémentine Célarié, Tcheky Karyo, Annick Alane, Marie Vincent, Sara Giraudeau. Théâtre Marigny. Tél : 0 892 222 333

crédit photo : Stanislas Wolff

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