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Critiques / Théâtre

La nuit de Valognes d’Eric-Emmanuel Schmitt

par Marie-Laure Atinault

Une première pièce ou un auteur cherche son style

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En 1991, la première pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt crée à la Maison de la Culture de Loire Atlantique, puis reprise à la Comédie des Champs Elysées avec Mathieu Carrière annonçait la venue d’un nouvel auteur. Certes, il utilisait le mythe de Don Juan comme une gamme obligatoire pour débutant comme la méthode rose, mais il imprimait une idée originale au développement de sa pièce. Il cherchait sa voix ou sa voie dans les chemins de l’imaginaire, piquant ça et là à ses prestigieux aînés des thèmes, des ambiances mais il affirmait déjà un ton, un art de la virevolte et un sens de la scène où il se passait bien des choses et donnait à ses interprètes du grain à moudre.

En 2007, Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur à succès, donc suspect aux yeux de certain. Régis Santon a décidé de monter cette première pièce qui n’est pas restée dans les cartons de l’auteur puisqu’il reprit le troisième acte en 2005. Le maître du théâtre Silvia Monfort, Régis Santon aime les paris un peu fou et emmena sa troupe au dernier festival OFF d’Avignon et joua à guichets fermés. Un beau et grand succès populaire remportait sur les pavées du Pape où la concurrence fait rage.

Le paon de la Duchesse ne va pas bien du tout !

Ne riiez pas l’affaire est importante et la duchesse de Vaubricourt a l’humour chatouilleux lorsqu’il s’agit de son paon. Mauvais présage pour cette nuit ou bien des comptes vont être soldés. La duchesse a convié plusieurs femmes qui ont toutes succombé au même homme, pas à n’importe quel vil séducteur, mais au divin, au diabolique Don Juan.

Elle a décidé de faire un procès à ce jouisseur sans scrupules qui abandonne ses conquêtes, et ces dernières seront des juges intransigeants. Don Juan impénitent séducteur va devoir payer le prix de ses mensonges et épouser sa dernière victime. Enfin la duchesse avait imaginé ainsi ce procès de l’amour bafoué sans prendre en considération que le cœur peut réserver des trésors de pardon. La nuit sera longue, on évoquera les fantômes des conquêtes passées, des trahisons. Le brave Sganarelle n’aura pas le temps de savourer son tabac, il faudra encore suivre ce diable d’homme qui s’enfuit pour enfouir son secret.

Tout Blanc

Le ton de la pièce bascule entre Anouilh et Giraudoux avec un zeste de Pouchkine. Romantisme échevelé ou baroque, faut-il jeter les personnages dans une époque lointaine ? Régis Santon a misé sur une grande simplicité, peu d’éléments de décor, les costumes de Pascale Bordet sont immaculés. Blanc ou blanc cassé, cette couleur est connotée chez nous comme celle de la pureté, du mariage mais elle est aussi celle du deuil royal, toutes ces dames ne sont-elles pas en deuil de leurs illusions perdues ! Le texte étant très touffu, le travail de Santon a serré au plus prés les envolées de l’auteur. L’ambiance étrange de rêve éveillée, le ton parfois amer non dénué d’humour faisant mouche et les lumières de Laurent Béal apporte une étrange séduction.

Le premier travail du metteur en scène est de choisir sa distribution. C’est à vrai dire son premier talent, un rôle mal distribué et un spectacle peut sombrer. Point de naufrage ici ! A la barre le capitaine pardon la duchesse campée par l’excellente Marie-France Santon qui évite les pièges du personnage, sous l’autorité de la duchesse se cache une âme déçue plus tendre qu’elle ne le souhaiterait ; Anne Jacquemin, la comtesse de la Roche-Piquet est absolument craquante et ferait damner un Saint, la pauvre elle qui voulait ce vil séducteur ; Stéphanie Lanier est une comédienne qu’il faut surveiller de près. Inventive, elle offre les pastels de son talent à un rôle qui aurait pu être caricatural. Sacha Stativkine est l’élément perturbateur, beaucoup de charme, de la fougue, à quand le Cid ? Régis santon s’est réservé le rôle de Sganarelle, bonhomme et philosophe, il est l’avocat de Don Juan qui sous les traits de Bernard Malaka joue un peu les oiseaux de nuit.

La nuit de Valognes est un voyage qui intéressera tout ceux qui aime Eric-Emmanuel Schmitt, il est toujours palpitant de voir les premiers pas du succès. Bravo à Régis Santon qui monte courageusement une pièce avec dix comédiens, dont sept femmes dans ces temps de frilosité artistique ou la mode est de plus en plus à la lecture assise pour comédien seul. Il fait du vrai théâtre, une démarche que ne démentirait pas Silvia Monfort.

La nuit de Valognes d’Eric-Emmanuel Schmitt - Mise en scène de Régis Santon
Théâtre Silvia Monfort jusqu’au 13 janvier 2008.

photos Philippe GUERILLOT

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