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Critiques / Théâtre

La Peau dure

par Marie-Laure Atinault

Le destin de trois sœurs

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Trois sœurs, trois femmes. Elles sont les héroïnes du quotidien, ces stars inconnues et courageuses qui vont, le cabas à la main, faire le marché et arrivent à faire bouillir la marmite avec un budget serré. A la maison, elles sont multi-cartes, de vraies déesses à cent bras qui font le ménage, la cuisine, soignent, pansent les plaies, aident à faire les devoirs des petits, tiennent les comptes... De ces wonderwomen de la vie de tous les jours inconnues, méconnues, méprisées, de ces femmes qui sont l’âme du foyer et qui viennent d’acquérir le droit de vote (merci général De Gaulle !), Raymond Guérin en fait les vecteurs sensibles de toute une époque.

Jacqueline, Clara et Louison

La Peau Dure raconte en trois saynètes, en trois confidences le destin de trois sœurs. Jacqueline, Clara et Louison n’ont pas peur des coups, leur père les battait sans raison. A la mort de leur pauvre mère, il les envoie au S.T.O (Service de Travail Obligatoire. Pendant l’Occupation, des travailleurs français étaient obligés d’aller travailler en Allemagne sous le prétexte de libérer des prisonniers français). Jacqueline sera la première à se marier, un bonheur de courte durée. Clara, bonne à tout faire, s’accommode de son état. Elle est injustement emprisonnée, soupçonnée d’avoir avorté - on ne rigole pas avec la morale dans la France de l’après-guerre, une avorteuse, une faiseuse d’ange risquait la peine de mort ! Bien sûr, l’homme, le géniteur n’était pas sous le couvert de la loi ! Et puis, il y a Louison, la dévergondée. Très tôt elle a compris le pouvoir qu’elle a sur les hommes et sait comment les faire payer. Elle vit dans la soie, étole de fourrure et collier de perle. Elle est la providence de ses sœurs. Elles ont la peau dure parce que la vie les a tannées à vif.

Une France profonde

Raymond Guérin est un auteur oublié, dont le nom apparaît dans le cercle des amis d’Emmanuel Bové ou de Henri Calet. La Peau Dure est un roman. Son style est à la fois acéré, vif, sans maniérisme et donne par touche une flopée de détails. Il déjoue les pièges de la mode de l’écriture ou du misérabilisme et dépeint une France profonde qui sent la soupe de légumes et la tarte aux pommes. Car ces femmes ont un air de famille avec nos grand-mères, nos mères. Cette impression vient du formidable travail de Yamina Hachemi qui a réalisé une adaptation impeccable, on se souvient de son Homme qui rit, plus hugolien que Victor Hugo. Il est d’ailleurs passionnant de voir ce spectacle intimiste comme chuchoté après la superproduction de L’Homme qui rit.

Trois remarquables comédiennes

Les trois sœurs nous racontent à tour de rôle leur bout de vie, sur un espace réduit avec une table, deux chaises et quelques accessoires qui personnalisent chaque espace : un paravent, une bassine de toilette pour Clara, une cuisine pour Jacqueline, un service à Pernod pour Louison. Le décor installe l’époque, l’ambiance. On se croit projeté cinquante ans en arrière lorsque Louison nous raconte ses amours sous l’œil hostile du barman. On s’attendrait presqu’à voir entrer Jean Gabin et Lino Ventura...

La Peau Dure est un spectacle captivant sur des vies ordinaires jouées par trois remarquables comédiennes qui nous parlent comme à des amis, et par Laurent Richard, l’homme dans tous ses états, de l’épicier au maquereau, épatant de présence et changeant de registre en un clin d’œil.

La Peau Dure, de Raymond Guérin. Adaptation et mise en Scène : Yamina Hacemi. Avec : Véronique Chiloux, Caroline Filipek, Claire Mirande et Laurent Richard. Théâtre du Chaudron, jusqu’au 11 décembre. Tél : 01 43 28 97 04. Théâtre de Herblay, le 21 mars 2006. Théâtre de Corbeilles, le 11 mars 2006.

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