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Critiques / Théâtre

La Peau d’un Fruit

par Marie-Laure Atinault

Les divagations d’un tyran

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Qui est ce guérillero, en rupture de dictature, qui tient ce piton rocheux ? Habillé en belle de carnaval, il soliloque. Comment a-t-il pu en arriver là, lui qui avait tous les pouvoirs ? Raoul est plein de bonnes idées. N’avait-il pas imaginé des séances de torture préventives. Raoul est armé jusqu’aux dents, bardé de grenades, de coutelas, de mitraillettes, sa vie est un long chemin jonché de morts. Dans son refuge, ce terroriste tout terrain, ce tyran intemporel et sans domicile fixe divague. Il revoit dans son délire la tête de ses victimes.

Le sujet pourrait être terrifiant et cauchemardesque s’il n’était pas l’œuvre de Victor Haïm, l’un de nos plus grands auteurs. La Peau d’un fruit fut créée en 1970 par Etienne Bierry. Lorsque la pièce fut reprise vingt ans plus tard par Pierre Santini, on a félicité Victor Haïm pour avoir adapté le texte à la conjoncture des années 80, alors qu’il n’avait pas changé une ligne. En 2006, hélas, le texte reste d’une désespérante actualité et possède la force lyrique propre à Victor Haïm.

Une oeuvre déroutante

Anne Bourgeois est une metteur en scène aussi futée que talentueuse. Pour faire le contrepoint à la paranoïa du terroriste encerclé, tel un oiseau de mauvais augure, un bruiteur niche sur le piton voisin. Raoul divague, parle à un oiseau, parle à un arbre dont les branches s’allongent comme par magie et porte des fruits de cauchemar. L’arbre est animé par l’étonnant comédien-bruiteur Brock. Ce n’est pas un accessoiriste, ni un illustrateur, c’est un partenaire à part entière. La nature frissonnante, les bruits inquiétants prennent une épaisseur palpable. Formidable de drôlerie et de présence, Brock est le pendant poétique de cette œuvre déroutante.
Victor Haïm n’a plus rien à prouver et il est formidable de voir ce grand monsieur se remettre tous les soirs en danger. Anne Bourgeois a su cerner l’indiscible du texte, rassuré l’auteur, poussé le comédien Haïm dans cette œuvre lyrique, burlesque et terrible.

La Peau d’un Fruit, de Victor Haïm. Mise en scène Anne Bourgeois. Avec Victor Haïm, Brock. Théâtre du Rond-Point (18h30). Téléphone : 01 44 95 98 21. Jusqu’au 25 février.

Crédit photo : Philippe Delacroix

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