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Critiques / Théâtre

La Maladie de la mort

par Marie-Laure Atinault

Diamant noir

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Elle est là, devant nous, gainée de noir. L’altière silhouette rehaussée de fins talons hauts qui renforcent le galbe du mollet. Elle traverse le plateau nu avec l’assurance d’un félin prêt à bondir sur sa proie. Fanny, la panthère noire qui se fait patte de velours, mais au moindre relâchement ses griffes acérées ressortent plus vite que l’éclair.
Elle captive aussi bien les hommes que les femmes. Les premiers pour cette beauté sans apprêt faite d’une élégance racée, et les secondes envoûtées par son mystère.
Fanny Ardant fait partie du club très fermé des acteurs-bottin, ceux qui peuvent dire n’importe quel texte et qui le transcende. Ici, ce n’est pas n’importe quel texte. La Maladie de la mort de Marguerite Duras. Fanny Ardant sublime ce long cri, ce long râle d’amour, de désir, de sexe, d’indécence exaltée. Elle magnifie, fait corps avec ce texte qui revient sans cesse sur ses obsessions.
Le plateau nu du théâtre. Une loge au fond de la scène, la porte est ouverte, offerte aux voyeurs de l’interdit. La lumière joue sur les aspérités du mur, lui donnant une crudité, une impudeur qui cerne le texte et auréole la bellisisma. Elle nous fascine. Attentif aux moindres de ses gestes toujours empreints d’une infinie délicatesse. On se laisse emporter par cette voie à nulle autre pareille. Nous, pauvres mortels enfoncés dans notre fauteuil inconfortable, les genoux ramassés sous le menton, nous avons besoin de dieu, de déesse, nous avons besoin de Fanny Ardant, le diamant noir qui étincelle pendant 60 minutes d’envoûtement.

La Maladie de la mort, de Maguerite Duras, mise en scène de Bérengère Bonvoisin, lumières de Ricardo Aronovish, avec la comédienne Fanny Ardant, Théâtre de la Madeleine à Paris, 19 rue de Surène, 75008 Paris, jusqu’au 30 juillet. Tél. : 01 42 65 07 09.

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