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La 22ème Nuit des Molières

par Marie-Laure Atinault

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Un bon spectacle qui peut être amélioré !

Enfin la voici sur la deuxième chaîne, la grande fête du théâtre à la télévision et en prime time s’il vous plait. Le lundi 28 Avril, les abords des Folies Bergères froufroutent du gotha du théâtre. Pour y entrer, il faudra montrer patte blanche ou une invitation à des agents de sécurité. Sans ce petit rectangle de papier, point de salut, vous ne rentrerez pas dans le temple du théâtre réunifié. Une fois passés les quatre contrôles de sécurité, les invités peuvent déguster une flûte de champagne en regardant le photo call. Il serait d’ailleurs plus juste de parler du photo gueuloir. Cette soirée a des allures de super générale, robe du soir pour les femmes et smoking avec ou sans cravate, nœud pap dénoué, pour les hommes. On est rebelle dans le théâtre. Clovis Cornillac, qui est bougrement séduisant, est le président d’honneur de la soirée au côté de la délicieuse Barbara Schulz. Avant le passage à l’antenne, Marc Fayet a été mandaté pour faire les recommandations d’usage : pas de portable, les gagnants feront attention à ne pas déraper sur les marches menant à la scène et surtout quand la personne nommée est absente pas de porte parole du genre il est super content mais il ne voulait pas venir pour conjurer le sort. Non, les absents ont toujours tort.
Le générique commence, toute la salle se redresse, le port altier. Sait-on jamais, si la caméra s’arrêtait sur nous la famille serait tellement contente.


Des Molières rajeunis, allégés, fédérateurs ?!?

Depuis que les Molières existent, ils se heurtent à des controverses et à des mécontentements de chapelle. Le théâtre est une grande famille, celle des Atrides. Dans cette grande famille, il faut distinguer la branche du théâtre subventionné et la branche du théâtre privé. Frappées autrefois par la malédiction de la tour de Babel, ces deux branches, pourtant sœurs, ne parlent pas la même langue, certaines factions étant ennemies. Le public, qui est une entité courageuse, fréquente les deux avec bien sûr certains extrémistes, qui refuseraient de mettre les pieds dans le camp adverse. Mais maintenant c’est fini, théâtre privé et théâtre subventionné vont mano dans la mano.
Pour assurer une belle cohésion, le mode de scrutin a été changé. Auparavant les membres de l’Académie des Molières recevaient un guide récapitulant tous les spectacles et ils devaient se pencher avec sérieux et application pour le premier tour. Le retour était décevant puisque seulement 20% du corps électoral votait. Pour remédier à ce faible taux de votant, cette année deux jurys spéciaux nous ont mâché le travail, nous proposant une sélection des nominés. Le système est perfectible et il est certain qu’il y aura de toute façon des mécontents et de grands oubliés.

Top antenne

Karine Le Marchand est la Maitresse de cérémonie, elle est jolie, sait admirablement bien lire un prompteur mais est-elle vraiment la bonne personne ?
Pour nous mettre en appétit, la soirée commence avec Le Molière du Comédien attribué à Michel Galabru pour Les chaussettes Opus 124. Sa montée sur scène déclenche un tonnerre d’applaudissement et une standing ovation spontanée et fournie. On sent le vieil homme bourru, touché et profondément ému. Il fait un petit discours spirituel, rendant hommage à son partenaire Gérard Desarthe et à Daniel Collas, l’auteur. Michel Galabru rend hommage à tous les navets qu’il a joués et qui ont fait une bonne soupe pour nourrir sa famille. Ce comédien éminemment populaire met en joie la salle et fait partir la soirée sur un éclat de rire. N’oublions pas que Michel Galabru fut pensionnaire de la Comédie Française…..

Certaines nominations nous ont semblé étranges ou inappropriées ainsi Raphaëline Goupilleau reçoit le Molière de la Révélation !
La récipiendaire dira avec beaucoup d’humour : on est jamais à l’abri du merveilleux dans ce métier…..c’est mon premier Molière qui a un petit coté lifting, il me rajeunit !
Raphaëline Goupilleau est une comédienne confirmée que les spectateurs du Poche Montparnasse connaissent bien. Elle campe dans Une souris verte une attachée de presse prête à tout pour le succès de son poulain et sa propre fortune. La pièce est actuellement au Théâtre Tristan Bernard.

Le Roi Lion fait un carton plein puisque avec trois nominations il remporte trois Molières hautement mérités pour ce spectacle époustouflant : Molière du créateur de costumes, du créateur de lumière et du théâtre Musical ; Olivier Breitman aurait bien mérité une nomination pour son interprétation de Scar mais ce sera pour l’année prochaine !

Le Molière du spectacle seul en scène revient au sympathique Eric Métayer dans Un monde fou. Drôle et concis, il a su nous émouvoir en faisant un hommage discret à son père Alex Métayer, qui nous manque beaucoup.
La vie devant soi est le grand vainqueur de cette soirée avec trois Molières : L’adaptation de Xavier Jaillard du roman de Romain Gary a offert un beau rôle à Myriam Boyer. Cette année la mère et le fils étaient nommés : Clovis Cornillac pour L’hôtel du libre échange et Myriam Boyer s’est vu remettre le Molière de la comédienne.
La courageuse Madame Rosa a ému mais Cristiana Réali faisait une composition magnifique dans Good Canary, spectacle récompensé par le Molière du meilleur metteur en scène reçu avec cette timidité détachée propre à John Malkovich.


La reconnaissance plus qu’une vertu, une correction élémentaire….

Le Molière de l’auteur est attribué à Roland Dubillard.
Très diminué, Roland Dubillard est dans une loge d’avant-scène. Le public se lève pour saluer l’auteur du Gobe douille. Il dira un merci sur un souffle et sa compagne Maria Marchado remerciera Jean Michel Ribes que les organisateurs ont placé très loin de la scène afin qu’il ne soit pas tenté de sauter sur le plateau pour prendre la parole à la place des gagnants, selon son habitude. Pourquoi Roland Dubillard reçoit ce Molière ? Une question légitime que peuvent se poser les spectateurs qui ne sont pas au fait de toute l’actualité théâtrale. Peut-être que la porte-parole de Roland Dubillard a oublié que l’excellente Anne Bourgeois a mis en scène Les Diablogues avec Jacques Gamblin et François Morel qui ont fait un tabac au théâtre du Rond-Point. Un oubli scandaleux pour ces trois artistes qui par leur talent ont en quelque sorte offert ce Molière (ô combien mérité). Les attachés de presse seront les autres oubliés des concerts de remerciements, ils sont pourtant un lien indispensable pour certains spectacles qui passeraient à la trappe sans eux.
Oubli également pour Le Dieu du Carnage de Yasmina Reza. Ni l’auteur, ni André Marcon, ni Isabelle Huppert, ni Eric Elmosnino ne seront nommés pour ce spectacle qui est l’un des grand succès de la saison. Seule rescapée, Valérie Bonneton sera nommée et récompensée par le Molière pour la meilleure comédienne dans un second rôle.
Le Molière des compagnies est attribué à La petite Catherine de Heilbronn de Von Kleist, mis en scène par André Engel. Juste récompense pour un spectacle superbe qui sera repris en 2010 à L’Odéon. A ce moment là, la ministre a eu peur, confortablement ancrée dans son fauteuil club en cuir rouge des Folies Bergères. Elle se croyait sortie de tous les tracas du genre ; intermittents en colère, minorités revendicatrices, sociétaire de la Comédie Française en rupture de contrat ou journaliste en quête d’un journal où la culture ne serait pas considérée comme une valeur négligeable. Dans le même temps que le gagnant parle des subventions des compagnies, Madame Albanel s’enfonce dans son fauteuil. Mais qu’est-ce qu’il raconte ? Qu’il n’y a plus de comédiens ? Mais elle est entourée par des comédiens. Non, André Engel parlait de l’importance d’augmenter les crédits afin que les troupes et les compagnies puissent continuer à vivre.
Muriel Mayette, administrateur de la Comédie Française, viendra prendre le Molière du théâtre public pour Juste la fin de monde de Jean-Luc Lagarce dans l’excellente mise en scène de Michel Raskine. Ce spectacle se joue à guichet fermé, une belle récompense pour la politique de Muriel Mayette.

Auto publicité ou un peu de nuance s’il vous plaît !

Pour remettre un Molière les organisateurs s’attachent toujours la présence de remettants prestigieux
Apparemment, pour France Télévision, les plus prestigieux étaient sur la scène du théâtre Edouard VII en train de répéter Tailleur pour dames de Georges Feydeau et Jean Poiret dans une mise en scène de Bernard Murat. Cette pièce passe comme par hasard en prime time le samedi 3 Mai ! Etonnant, non !?
Le duplex sera long et laborieux, les comédiens affichant un ennui flagrant à cet exercice, et ne passant rien à la pauvre Karine Le Marchand. On comprendra bien le message : Regardez comme nous, France Télévisions, aimons le théâtre puisque l’on diffuse des pièces en début de soirée et en direct ! Oui, oui c’est très bien mais Pierre Arditi dira très justement que si le mariage est possible entre télévision et théâtre, il faut que chaque territoire se respecte.
Nous ajouterons que le public aussi doit être respecté.


Les bons points de la soirée

Ne dérogeons pas à la mode de tout noter !
Sara Giraudeau et James Thierrée, révélations 2007, viennent remettre un Molière mais la pauvre Sara chute avec James. La salle est en émoi ! Il s’agit d’une cascade drolatique que ce couple de charme élastique et sportif réalise avec maestria.
Chevallier et Laspalés donneront un sketch de Poiret et Serrault, d’une actualité folle, sur le bon moment pour présenter un spectacle. Julien Cottereau fera un hommage au mime Marceau. Sophie Arthur remettra un Molière d’honneur à son père, José Arthur, qui a reçu à son micro du Pop Club toute la vie culturelle pendant quelques décennies. Un moment simple, chaleureux et sans chichis.
Le bilan de la soirée est positif, le timing respecté, pas de temps mort, pas trop de longueur sauf le duplex. La soirée est une réussite. Bien sûr, le palmarès, comme tous les palmarès, fait son lot de mécontents. Mais le plus important n’est-il pas de donner envie d’aller au théâtre ? Alors Tous au théâtre.


Marie-Laure Atinault

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