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Critiques / Théâtre

Juste la fin du monde de Jean-Luc lagarce

par Corinne Denailles

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On ne peut que se réjouir devant le succès grandissant de l’œuvre de Jean-Luc Lagarce et l’impressionnante liste de mises en scène de ses pièces comme si on voulait se faire pardonner de n’avoir pas su reconnaître son talent de son vivant. Juste la fin du monde, peut-être l’une de ses pièces les abouties, a été mise en scène, entre autres, par Joël Jouanneau, Philippe Delaigue, Bernard Lévy Jean-Charles Mouveaux, François Berrreur. Non seulement Jean-Luc Lagarce entre par la grande porte à la Comédie-Française mais en plus dans une mise en scène de Michel Raskine qui fera date. Certains metteurs en scène privilégient la musicalité poétique de la langue, refuse l’incarnation des personnages au profit de voix dans une choralité parfois très réussie mais qui peut obscurcir le texte au point de le rendre hermétique et d’effacer l’humour qui fuse derrière la mélancolie.
Michel Raskine, n’omet aucune dimension et, dans une série d’instantanés, inscrit sa mise en scène dans la double perspective d’une langue paradoxalement très écrite et conçue comme une parole en train d’advenir, charnelle, vivante. Ainsi le personnage est l’autre face de l’acteur, le théâtre, l’autre versant de la vie. La scénographie affirme la théâtralité ; les acteurs/personnages, devant un rideau de théâtre sont peut-être en répétition, et pourtant ils s’adressent parfois au public dans une belle proximité. Et puis, à la fin, quand tout est fini, le rideau se lève sur juste la fin du monde. Les mots cherchés dans la fébrilité de l’urgence sont à jamais tus et l’incommunicabilité reste sans issue. Pourtant, une véritable alacrité traverse cette histoire lourde de retour du fils prodigue. Louis, qui habituellement brille par son absence, rend visite à sa famille dans l’intention d’annoncer sa maladie mais, happé dans le maelström des règlements de compte, des conflits familiaux et des douleurs dont il est partiellement la cause, il s’en retournera sans en avoir rien dit, ni de sa mort prochaine ni, peut-être, de son affection pour les siens. Les liens et les conflits se son tissés autour de cette absence devenue présence horriblement envahissante. Les scènes vives, les altercations alternent avec les monologues de Louis, le rendant presque absent à lui-même et aux autres. Il écoute, esquive, élude, cherche à se frayer un chemin à travers les mots qui échappent toujours pour livrer son secret, en vain.
Pierre-Louis Calixte donne à son Louis une pseudo désinvolture ironique et justement irritante qui justifie la colère de son frère Antoine (Laurent Stocker), complexé et soupe au lait, jaloux de celui qu’il ne comprend pas et qui occupe toute la place alors qu’il n’est jamais là. Et puis il y a la femme d’Antoine, touchante Elsa Lepoivre, qui cherche le compromis. Et aussi Suzanne (Julie Sicard), la petite dernière, survoltée, qui a rêvé que Louis l’arracherait à cette vie. Catherine Ferran, d’une présence terrienne saisissante, digne et silencieuse, incarne la mère, voire la maternité.
Même s’il est vrai qu’il y a de l’autobiographie dans cette pièce, il vaut mieux résister à la tentation réductrice de ne voir que l’auteur derrière son personnage, sachant qu’il se savait malade quand il a écrit cette tragédie humaine grave et légère dont Raskine a magnifié l’élégance, la profondeur et l’humour. La langue comme expression de notre rapport au monde, l’essence même du théâtre.

Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce, mise en scène Michel Raskine avec Pierre-Louis Calixte, Elsa Lepoivre, Catherine Ferran, Laurent Stocker, Julie Sicard. A la Comédie-Française jusqu’au 1er juillet 2008. 20h30, dimanche 14h.

crédits photo : Brigitte Enguerrand

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