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Critiques / Théâtre

Hughie de Eugene O’Neill

par Marie-Laure Atinault

Quoi de neuf ? Le dernier spectacle de Laurent Terzieff, bien sûr !

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Aller voir un spectacle de Laurent Terzieff n’est pas une démarche théâtrale indifférente. Tout un nuancier d’émotion et de raison nous est proposé. Terzieff est au panthéon très restreint des artistes qui supplantent le nom de l’œuvre et du sujet. Terzieff a ses fans, ses fidèles, ses adorateurs. Il est une autorité sereine et lorsqu’il prend la parole de cette voix étrangement douce et grave le silence se fait, un silence pétri d’admiration et de respect. Terzieff apparaît, cette haute silhouette éthique, un brin vouté par les ans et surtout par la correction qu’il a de regarder ses interlocuteurs dans les yeux, de son regard perçant qui va au fond des âmes. Son parcours est celui d’un homme qui n’a jamais suivi la pente de la facilité. Il a toujours donné du crédit au public. Laurent Terzieff cherche inlassablement le cœur du texte, à creuser le sillon de la langue, et il nous offre encore une fois avec ce nouveau spectacle une merveilleuse récolte.

Hughie, celui qui savait écouter

Eugène O’Neill écrit Hughie en 1942, soit entre " Long voyage vers la nuit " et " Une lune pour les déshérités ", deux pièces autobiographiques, où les personnages rêvent leur passé. Mais " Hughie " participe bien à cette démarche.
Hughie était le gardien de nuit d’un hotel. Hughie est mort. Le nouveau gardien regarde sans aménité le hall décati de l’hôtel qui connut des jours meilleurs. Aigri, voire atrabilaire, il s’installe dans ses nouvelles fonctions. Les bruits de la ville lui arrivent déformés, ils sont le tremplin de ses fantasmes, de ses mini scénarios catastrophes qu’il invente, en déversant toute une panoplie de malheurs sur des inconnus, comme exutoire à sa médiocrité. L’arrivée importune d’un client bavard le tire de son monde. Erié Smith, tout de blanc vêtu, veut engager la conversation. Mais il se heurte aux réponses évasives du nouveau gardien. Ah du temps de Hughie c’était autre chose ! Erié ne se laisse pas abattre par ce mutisme ennuyé. Il faut qu’il explique qui il est, lui le joueur gagnant, lui le tombeur de ces dames. Hughie mort, Erié n’a plus de miroir à ses propres fantasmes, à ses aménagements avec la vérité, s’il ne retrouve pas un nouvel auditoire plein d’admiration, il risque de mourir à son tour.

Les minutes ne font pas toujours 60 secondes

La construction de Hughie est basé sur des grands monologues parallèles, l’un en son direct, celui de Erié, et le monologue intérieur de Charles Hughes. Le texte navigue entre deux mondes, deux univers, où le temps est différent. Erié vit une fanfaronnade où il a le beau rôle, le nouveau gardien a la main mise sur toutes sortes de malheurs. Tous les deux ne vivent pas à la même heure. Pour le gardien, c’est le temps du travail, pour Erié, celui de rentrer à son refuge. Une horloge trône dans le hall, comme un cœur branlant, les aiguilles semblent s’affoler, puis se trainent, étirant les secondes en éternité. La scénographie de Ludovic Hallard et les costumes de Marie Trimouille nous plongent en 1928, et nous sommes happés par l’espace-temps des deux rêveurs du désespoir. Claude Aufaure, le nouveau gardien, compose un Jean de la lune noire. Son écoute, ses mimiques, ses exaspérations face à Laurent Terzieff, un Erié flamboyant et pitoyable, font de « Hughie » un spectacle élégant et inattendu jusqu’au coup de théâtre final.

Hughie de Eugene O’Neill - Mise en scène et interprétation de Laurent Terzieff, avec Claude Aufaure.
THEATRE LE LUCERNAIRE 01 45 44 57 34

Photo LOT

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